Entretien exclusif avec Mamadou Bocar Sy, Administrateur Directeur général de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS)

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Mamadou Bocar Sy: "le rôle d’une banque de l’habitat est de financer l’accès au logement". Sa carrière commence à la Direction du Crédit de la Banque de l’Habitat du Sénégal en 1988. Il a pendant 10 ans, développé une expertise forte en matière d’analyse et de modélisation financière et maîtrisé les divers instruments de financement de l’immobilier. En 1998, il rejoint la filiale sénégalaise de la BNP Paribas, la BICIS comme Directeur Adjoint du Département de la Clientèle des Particuliers et des Institutionnels, en charge du pôle Financements Immobiliers et participe ainsi à l’élaboration des stratégies et des plans de développement de l’activité immobilière de la filiale. C’est en 2004 que naît la première Direction des Affaires Immobilières au sein d’une banque universelle au Sénégal et c’est tout naturellement que la décision de lui en confier les rênes a été prise. Il a siégé également au Conseil d’Administration de la BHS pour le compte de la BICIS avant d’y revenir en 2006 comme Directeur Général Adjoint. Il accentue la force d’exploitation de la BHS, initie les chantiers de l’amélioration de la qualité de service et renforce la proximité de la BHS avec les promoteurs. En décembre 2010, il est nommé Directeur Général de la BHS et a pour ambition déclaré, avec son équipe de faire de la banque le fleuron ouest- africain des établissements spécialisés dans le financement de l’immobilier pour tous. Sa vision du développement de la BHS a été traduite à travers des Plans d’orientation stratégique BHS 2015 & BHS 2020 avec des projets innovants et structurants. En reconnaissance de son implication dans le positionnement institutionnel de la Banque, Monsieur SY a été copté comme administrateur le 26 mars 2014, devenant ainsi Administrateur-Directeur Général de la Banque de l’Habitat du Sénégal.Et l’avènement des Pôles Urbains a permis de tester l’opérationnalité de l’expertise de la Banque dans le financement du logement, abordable notamment.

La BHS, championne des banques de l’Habitat


Pour appréhender le modèle économique des banques de l’habitat, nous nous sommes approchés de l’un des acteurs en la matière. Directeur général de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS),  Mamadou Bocar Sy est  Diplômé du réputé Centre d’Etudes Financières Economiques et Bancaires (CEFEB), d’un DES en Management des banques de Paris 1.  Oeuvrant depuis 30 ans à l’émergence  d’un cadre institutionnel et technique fort pour favoriser la participation des établissements financiers à l’appui dudit secteur, Mr Sy fait partie de la cohorte des managers bancaires qui ont fait du Sénégal un pôle de référence du financement de l’immobilier. Dans cet entretien exclusif, il répond à toutes les questions, y compris à la particularité de la BHS, l’une des rares banques de l’habitat de la région, à avoir survécu à toutes les crises.

 

 

A quand remonte la Banque de l’Habitat du Sénégal ?

 

La BHS a été créée en 1979 et ses activités ont démarré en 1980. La création de cette institution porte en elle même les motivations du gouvernement sénégalais en matière de logement social. Avant la création de la BHS, le logement social était essentiellement financé par les ressources de l’Etat et les concours des bailleurs étrangers. A partir de la crise du pétrole, les ressources se raréfièrent entraînant l’idée de la création d’une banque spécialisée.

D’emblée, dois je le dire, la BHS a évolué dans le cadre du partenariat public-privé impliquant, outre l’Etat, les acteurs de la prévoyance sociale, les compagnies d’assurance, les caisses de retraite, les promoteurs et les banques commerciales. L’Etat y a mis une dotation initiale via un fonds de bonification pour accompagner les primo-accédants qui ont des revenus faibles à acquérir leurs logements.

 


Donc, dés le départ, la BHS avait cette vocation sociale très forte. Comment le capital social de la banque a-t-il évolué depuis lors ?

Nous sommes partis d’un capital très faible de moins d’un milliard de FCFA à plus de 10 milliards aujourd’hui par incorporation successive de réserves et de là à 10,5 milliards suite à une augmentation de capital réservée au personnel. La forme capitalistique est restée quasiment inchangée hormis la sortie de la SFI dans les années 2000 et de la BCEAO (sous l’effet de son évolution réglementaire) dont les actions avaient été reprises par l’Etat.


Les règles de Bâle 2 et de Bâle 3 entrent en vigueur. Quelles en sont les significations pour une banque spécialisée comme la BHS?

A prime abord, la signification est la même pour toutes les banques. Depuis le mois de janvier dernier, ces normes sont en branle. Cela signifie une meilleure politique de gestion des risques de la banque lesquels étaient jusqu’ici focalisés sur les risques de crédit. Maintenant, toutes les familles de risques sont prises en compte, notamment l’information et l’informatique qui peuvent induire parfois des risques plus lourds que le risque de crédit. D’autre part, la complexité des marchés devient forte. Cela dit, ces normes constituent une contrainte supplémentaire pour la BHS car ne prenant pas en compte sa spécificité. Nous sommes dans le financement du logement. Ce sont des investissements très lourds sur des durées très longues qui font qu’il y a des différences avec les banques classiques en termes de risques et d’allocation de ressources. Malheureusement, nous seront regardés de la même manière, la réglementation étant appliquée uniformément à tout le monde.

 


Au vu d’une part de ces contraintes réglementaires et, d’autre part, du fait que les banques de l’Habitat ont fait faillite un peu partout en Afrique, est ce qu’une banque spécialisée a de l’avenir ?

Les banques spécialisées ont de l’avenir. Le rôle d’une banque de l’habitat est de financer l’accès au logement. La réussite relative de la BHS s’explique du fait qu’elle a trouvé lors de sa création un écosystème existant. Le Sénégal avait déjà deux promoteurs publics immobiliers en plus des privés, des cimenteries… L’Etat a appuyé le processus en mettant en place une politique favorable permettant aux bâtisseurs d’accéder au foncier. Il y avait, en plus de ce dispositif, une fiscalité attractive et un accès au financement bancaire au profit des promoteurs et des acquéreurs. Le Sénégal compte en outre beaucoup de coopératives d’habitats.

Par exemple, nous accompagnons en ce moment la coopérative militaire dans un programme de construction de 4 000 logements. La création de la BHS a aidé à la mise sur le marché de 2 à 3000 logements par an. Bien sûr les choses ont changé. La BHS n’a plus l’exclusivité de l’offre du financement immobilier même si elle conserve encore une bonne longueur d’avance.

L’Etat ne verse plus de fonds de bonification depuis 1989 même si on continue d’appliquer les effets de la bonification. C’est là qu’il faut saluer l’imagination des hommes et des femmes qui font le quotidien de la BHS. La banque de l’Habitat a de l’avenir au vu de l’augmentation de la demande et du dynamisme des acteurs qui interviennent dans le segment.

 


Quelle est votre politique de croissance au niveau national et international ?

Nous avons commencé à densifier notre réseau. Pendant un quart de siècle, nous n’avions que 4 agences, notamment à Dakar, Ziguinchor, Paris et New York. Là, nous venons d’ouvrier notre huitième agence. Notre ambition est d’être à 20 agences avant la fin 2019. Nous avons huit points de vente aux USA. Nous sommes entrain de revenir en France pour accompagner les sénégalais de l’extérieur dans l’acquisition de leur logement. Il faut dire que le tiers de nos clients sont constitués de ces sénégalais de l’extérieur.

Cette clientèle génère deux tiers de nos dépôts. Nous devons d’ailleurs faire attention à ce niveau à des promoteurs peu qualifiés qui démarchent cette clientèle et s’engagent à leur construire des logements sans aucune garantie et sans passer par le notaire. Je pense que la mise en place des pôles urbains apporte une solution à ce problème car tous les acteurs intervenant dans la chaîne sont identifiés. Cela d’autant que le chef d’Etat a instruit expressément d’accorder 30% des logements de ces pôles urbains aux Sénégalais de l’extérieur.


S’agissant de pôles urbains, il est beaucoup question de la nouvelle ville de Diamniadio. Quel a été l’apport de la BHS dans ce projet ?


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