Jeffrey Sachs, le père de «l’économie clinique»

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Jeffrey D. Sachs. Auteur fe plusieurs best-sellers :The End of Poverty (2005), Common Wealth: Economics for a Crowded Planet (2008), and The Price of Civilization (2011). To Move the World: JFK's Quest for Peace (2013). Le professeur Sachs a travaillé avec plus de 125 pays et conseillé des dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement sur leurs stratégies économiques, dans les Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Sachs a reçu plus de 20 doctorats honorifiques et de nombreux prix et distinctions à travers le monde.

L’un des économistes majeurs de l’après guerre qui ont influencé les institutions de développement est Jeffrey Sachs. En 1983, il devient,  à 28 ans, le plus jeune professeur d’économie de l’université Harvard.

Aujourd’hui âgé de 63 ans, l’auteur du monumental «La Fin de la Pauvreté » paru en 2005 n’a pourtant pas découvert la poudre. La plupart de ses scénarios ont été contredits par les faits. Mais ses diagnostics, puissants de simplicité, passeront à la postérité. «La gouvernance africaine est pauvre parce que l’Afrique est pauvre », écrivait-il.

De passage à Addis Abeba le 14 juillet 2015, à l’invitation de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), il déclarait  que le taux de croissance de 5-6% tant vanté de l’Afrique est bien en deçà de son potentiel, inquiétant et incapable de parvenir à l’industrialisation au rythme et à l’ampleur nécessaires. Et dit que l’Afrique devrait viser et connaître un taux de croissance de plus de 10% dans les 15 prochaines comme l’indiquent les ODD.

Et de se hasarder à une prévision pour le moins risquée : «Les 50 prochaines années de l’Afrique devraient ressembler aux 30 dernières années de la Chine…».

Avant  de tomber, lui aussi, sur un lieu commun : la nécessaire baisse de la fécondité. L’Afrique se doit de revoir à la baisse ses taux de fécondité qui actuellement sont de 5 enfants en moyenne par femme, citant la Chine avec sa politique de l’enfant unique.

Les prescriptions de Sachs pour l’éradication de la pauvreté en vingt ans ont inspiré les OMD (Objectifs du millénaire pour le de développement) mais ne sont pas venus à bout du fléau. Son approche pessimiste de l’Afrique, immensité géographique associée à la maladie, a donné naissance au concept de l’économie clinique.

Son analyse sur la corrélation entre santé et développement est certainement pertinente. Toutefois aucun  des 47 pays passés récemment en revue n’est susceptible d’atteindre les 17 Objectifs de développement durable. N’empêche, l’inspirateur de ces ODD, professeur du Centre pour le Développement Durable à l’Université de Colombia, est déjà sur un autre combat : la couverture médicale pour tous, en reprenant l’idée du candidat aux dernières primaires du parti démocrate américain,  Bernie Sander.

 

Une idée logique en mathématique vu que la souscription de masse va baisser à la longue le niveau des primes et le coût des prestations tout en contribuant à renflouer les caisses des compagnies d’assurance et de l’Etat. Reste un impondérable : convaincre Donald Trump du bien fondé d’une Obamacare new look.

 

Economiste au long cours, Jeffrey Sachs n’a pas obligation de résultat. Lorsqu’à 29 ans, il appliqua son premier remède drastique sur la  Bolivie, il réussit à vaincre l’hyperinflation de 40 000% mais pas la pauvreté. Bien au contraire. Longtemps partagée, la Pologne, autre laboratoire de Sachs, consentira sur le tard à lui reconnaître le mérite de l’avoir tiré du gouffre grâce à des recettes ultra-libérales qui seront pour beaucoup, sur un autre terrain, dans la dévaluation préconisée à la zone CFA au milieu des années 90.

 

En clair, les essais cliniques de Sachs ont fait beaucoup de victimes. Mais en bon économiste, le gourou continue de défendre sa chapelle libérale en étant l’un des intellectuels les plus écoutés, voire adulés, au sein de l’ONU. Après avoir conseillé Koffi Annan, bombardé  conseiller spécial de Ban Ki-Moon, il accompagne maintenant Antonio Guterres, en trainant ses succès (Mongolie), ses échecs (Russie), ses coups de gueule (un étonnant  réquisitoire contre le FMI de l’ère Michel Camdessus ) qui font sa légende et sa controverse.

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