A Paris, la diaspora 4.0 réinvente la roue de la finance

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Jeunesse et innovation furent au rendez-vous de ce premier forum de la diaspora africaine plurielle.

La table ronde du Forum des diasporas de Paris (#FDDA2018, co-organisée par @Ipemed et @ClasseExport), vendredi 22 juin, a été un moment de synthèse et de réflexion sur les innovations financières et technologiques de la diaspora.

Parmi les informations annoncées en marge de ce forum qui a tenu le pari de la richesse et de la diversité,  la création d’Efficience Africa Fund (EAF) par le Club Efficience présidé par Élie Nkamgueu. Il s’agit d’un fonds généraliste destiné à soutenir les PME et qui sera actif en septembre prochain à condition d’obtenir d’ici là le visa du gendarme du marché financier français (AMF) indispensable pour permettre à la structure de procéder à un appel public à l’épargne. La gestion de ce véhicule sera confiée à I&P de Jean Michel Severino. 

 Autre information, mais maintenue dans le cercle des initiés, le projet de reprise d’une banque ouest-africaine par un consortium comprenant notamment un chasseur de tête et un journaliste vedette, tous deux membres de la diaspora visible.

En attendant, la plateforme de financement  participatif Afrikwity créée en 2017 par le franco-tunisien Thameur Hemdane vient de fêter son premier closing de 400 000 euros au profit de la start up Isahit, première plateforme française socialement responsable à proposer des petits boulots (“jobbing”) numériques en Afrique. 

Symbole de la diaspora 2.0 (d’autres parlent de la diaspora 4.0),Afrikwity à l’instar de la plupart des projets et initiatives des africains du monde est orientée Afrique avec, en ce qui concerne la diaspora africaine de France, une fascination de la langue anglaise visible dans l’appellation et la posture des jeunes entrepreneurs. Cas par exemple de l’incubateur Bond’innov qui accompagne les start up depuis le démarrage jusqu’au prêt d’honneur en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et à ses quelque 2 000 collaborateurs.

Dans la même rubrique de l’encadrement et du coaching, le cabinet  Empower T&C de la Franco-ivoirienne Fanta Traoré qui assiste la diaspora dans son projet de retour. Un  filon cultivé aussi par Isabelle Berrier, Fondatrice de Welcoming Diasporas et d’Africa is Calling you, qui a eu à accompagner beaucoup de togolais et d’africains  dans leurs projets de retour en Afrique et pas nécessairement dans leurs pays d’origine, comme l’affirmait -elle à Financial Afrik en marge de l’édition 2017 du Forum de Bamako.

L’internet qui édulcore les particularismes et les barrières communautaires facilite les échanges, rappelle Leokadie Ekabissé, fondatrice de Talent’s Awake, une entreprise qui accompagne les chefs d’entreprise dans les phases clé de leur développement. Il faut le dire, diverses plateformes ont vu le jour pour influer sur les politiques publiques européennes et africaines pour en général «faciliter le retour des talents». 

Ainsi, la plate-forme d’organisations Adyfe (African Diaspora Youth Forum in Europe) pour l’action visant les institutions et l’international, représentée lors du forum par la belgo-burundaise Karena Kenza, membre du directoire, milite pour des politiques publiques intercontinentales. Pour à la fois faciliter le retour des diasporas en Afrique et, sur l’autre sens , permettre d’accueillir au Nord des Africains en quête d’expertise.

Si l’Afrique est une terre d’opportunités, la France offre aussi des solutions à l’instar  de Paris Région Entreprises (PRE), l’Agence de développement économique créée par le Conseil régional d’Île-de-France. Pour  Cyril Akpama, business manager au sein de cette structure de la région Île-de-France, il y a des opportunités à saisir pour une entreprise française qui cible le continent :  

«Vous savez, sur le marché d’Afrique de l’Ouest, une signature d’entreprise française procure des avantages certains. D’emblée, elle sera plus crédible, car tenue par plus de principes de gouvernance qu’une entreprise africaine, et aussi bien moins exposée à la corruption courante». Du brut de coffrage qui n’en exprime pas moins une réalité et une tendance encore lourde.

Dans l’ensemble,  «l’investissement communautaire fonctionne plutôt bien, ce qui n’est pas le cas de l’investissement qui cherche à impliquer les élites de la diaspora», déclare Rolland Portella, Président de « la 4e génération » de la CADE (Coordination de l’Afrique de demain), un « do tank » incontournable dans les réflexions autour du thème «diaspora et développement».

Côté attraction, la vedette revient incontestablement à Amélia Lakhrafi, Députée de la Xe circonscription des Français de l’étranger ,  dans sa synthèse du forum d’ouverture de ce forum : «je suis convaincue que notre diaspora est une véritable richesse pour la France, pays historiquement construit à partir de vagues successives d’immigration. Cette richesse, elle vaut également pour le continent africain avec lequel nous avons tous gardé, ou allons le faire, des liens forts faisant de chacun de nous un véritable pont entre les continents». 

En conclusion de cette rencontre, l’on peut s’inspirer des propos de Liévin Feliho, président du Cercle Humaniste d’Engagement et de Réflexion sur l’Avenir de l’Afrique. « Nous devons créer un outil financier alimenté quasi exclusivement par les diasporas et ciblant un périmètre restreint de secteurs prioritaires – par exemple la santé, l’éducation, l’environnement – pour lesquels il est plus difficile d’impliquer les banques commerciales. Je suis particulièrement attaché à cette idée, non seulement parce qu’elle serait révolutionnaire à bien des égards, mais également parce qu’elle s’inscrit dans la logique de l’Afrique qui aide l’Afrique. » A méditer.

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