Krach ou simple correction à la BRVM ? (2ème partie) : analyse des secteurs en 2017 et perspectives 2018

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L'indice service public est guidé par le titre SONATEL en rouge.

 Par Daniel Aggre, Managing director and founder of Sikadvisory et Ahmed Diallo (analyste financier)


Après l’analyse des différents évènements qui ont influencé la BRVM en 2017, les  experts abordent  dans cette deuxième partie une lecture  sectorielle de la BRVM ainsi que le décryptage  de l’évolution des entreprises qui en ont été les vedettes tout au long de l’année. La 3ème partie se concentre, elle, sur les  perspectives de l’année 2018.

Evolution de la BRVM par secteur d’activités

BRVM Distribution : Baisse de 43.34% en 2017

Depuis la fin de la crise post-électorale en Côte d’ivoire, il est le second secteur ayant le plus progressé à la BRVM. En effet de 2011 à 2016, la BRVM Distribution a enregistré une croissance cumulée de 313.67%. Aussi à la date du 30/12/2016, la BRVM Distribution avait le Price earning ratio (PER) le plus élevé de la BRVM soit un PER moyen de 33.03.

A contrario, les entreprises composants ce secteur ont distribué des dividendes [1] moins importants que l’année précédente à leurs actionnaires. Soit 20.42 milliards FCFA en 2016 contre 21.02 milliards FCFA en 2015.

Hypothèse : Un PER aussi cher traduisait déjà une attente très élevée des investisseurs. Malheureusement la situation sécuritaire du pays en début d’année et la publication des dividendes ont été perçues comme un mauvais signal par les investisseurs qui ont préféré changer de stratégie et sortir de leurs positions.

 

BRVM INDUSTRIE : Baisse de 34.97% en 2017

C’est l’un des secteurs les moins rentables de la BRVM. Et pour cause, les entreprises le composant, sont celles qui ont subi le plus d’assaut de la concurrence ces 7 dernières années. L’on peut évoquer le cas de SOLIBRA Vs BRASSIVOIRE. Quand ce n’est pas de la concurrence déloyale par le biais de contrefaçons et de produits importés à bas prix dans le cas de UNIWAX, UNILEVER ou NESTLE.

Il faut noter que cinq (5) compagnies sur les 11 couvrant ce secteur ont annoncé une baisse de leurs résultats nets lors de la publication des résultats semestriels 2017.

Hypothèse : Avec cinq (5) compagnies d’un même secteur qui annoncent des résultats à la baisse et des concurrents très agressif, ce secteur n’a pas fourni de gage suffisant de stabilité pour rassurer les investisseurs. Surtout dans une année aussi mouvementée.

 

BRVM TRANSPORT : Baisse de 15.99% en 2017

Malgré les bons résultats de Bolloré (+38% du résultat net au troisième trimestre), le titre a enregistré une baisse du cours de son action de près de 16%. La situation sécuritaire du pays a été un élément majeur pour les investisseurs. Ceux ci ont anticipé une baisse de l’activité de la compagnie en sortant plutôt de leurs positions. Ainsi, Bolloré a perdu environ 33% du cours de son action au 1er semestre 2017.

L’activité portuaire étant fortement corrélée à l’activité économique et politique, le cours de l’action a été l’otage de la perception que les investisseurs ont eu sur les dégâts occasionnés par troubles sociaux sur l’activité de la compagnie. Ainsi, l’action BOLLORE semble traduire au mieux la psychologie des investisseurs tout au long de l’année.

Dans une représentation graphique (ci-dessous), nous constaterons qu’il n’y a aucune différence entre le cours de l’action BOLLORE et son indice. En effet, Bolloré est l’action phare qui influence ce secteur, MOVIS ayant de faible volume de transaction.

 

BRVM AGRICULTURE : Baisse de 15.64% en 2017

L’agriculture a été l’un des secteurs les plus résilients de la BRVM avec deux (2) compagnies qui terminent dans le vert. Cette prouesse est principalement due à l’envolée des cours du marché international de caoutchouc et d’huile de palme. Ils ont constitué un rempart à la tendance baissière de la BRVM.

Malheureusement ce secteur a subi de plein fouet, le manque de visibilité et de communication de SICOR et SUCRIVOIRE. En effet, depuis la publication des résultats annuels 2016 de SICOR, la compagnie n’a fait aucune communication sur ses activités. De même que SUCRIVOIRE, qui pâtit jusque-là d’une mauvaise image depuis son OPV.

 

BRVM SERVICE PUBLIC : Baisse de 10.86% en 2017

Quant au secteur service public, il a été durement impacté par la publication des résultats semestriels du binôme CIE- SODECI. Une baisse de 83% du résultat net de la CIE au premier semestre et un repli de 3% pour la SODECI.

Ces deux compagnies ont ainsi tiré tout le secteur à la baisse. Fort heureusement, SONATEL qui continue d’être la valeur refuge du marché a amorti la dégringolade de ce secteur.

L’indice service public est guidé par le titre SONATEL en rouge.

 

BRVM FINANCE : Baisse de 10.46% en 2017

Le secteur finance a été le secteur le plus dynamique en 2017, grâce à deux OPV.  Celles de NSIA BANQUE et ECOBANK CI. Bien vrai qu’il a surperformé l’indice principale, le secteur finance a quand même baissé de près de 10%. Il faut souligner que la règlementation de BALE 2 ET 3 entrant en vigueur en 2018, va contraindre les banques à mettre en réserve plus de fond propre. Cette réglementation les pousse donc à se préparer.

Cela a donc eu un impact sur la distribution de leurs dividendes (voir tableau comparatif historique). Une telle décision, bien entendu, ne réjouit pas les investisseurs  ).

BRVM FINANCE : Baisse de 10.46% en 2017

Le secteur finance a été le secteur le plus dynamique en 2017, grâce à deux OPV. Celles de NSIA BANQUE et ECOBANK CI. Bien vrai qu’il a surperformé l’indice principale, le secteur finance a quand même baissé de près de 10%. Il faut souligner que la règlementation de BALE 2 ET 3 entrant en vigueur en 2018, va contraindre les banques à mettre en réserve plus de fond propre. Cette réglementation les pousse donc à se préparer.

Cela a donc eu un impact sur la distribution de leurs dividendes (voir tableau comparatif historique). Une telle décision, bien entendu, ne réjouit pas les investisseurs.

 

La performance des principales compagnies au cours de l’année

*le calcul s’est fait après réajustement des splits et des augmentations de capital

  • ECOBANK CI

L’OPV de ECOBANK a été un véritable succès. En effet, introduit à 20 000 FCFA, après 9 jours de cotation le titre enregistrait une hausse de 59.48% pour atteindre 31 895 FCFA. La deuxième banque de la Côte d’Ivoire a ainsi tenu tout le marché en haleine. Elle a en outre contribué à inverser la tendance baissière du marché, tirant ainsi le secteur financier à la hausse.

  • SOGB

Depuis quelques années, la SOGB constitue une valeur refuge pour les investisseurs et cette année n’a pas dérogé pas à la règle. Avec une hausse moyenne du cours de l’hévéa et du palmier à huile sur le marché international (SICOM 20 et Rotterdam), le titre s’est vu propulsé comme la valeur la plus rentable du marché cette année (en dehors des OPV) avec une croissance de + 27.27%.

Après avoir atteint une croissance de plus de 50% dans le mois d’avril 2017. La SOGB a offert un rendement d’au moins 8% à ses investisseurs en 2017.

 

  • CORIS BANK

Avec une croissance de son résultat net de +29.31% au troisième trimestre 2017 et de belles perspectives en ligne de mire, CORIS BANK a été l’une des banques les plus prisées par les investisseurs. La principale banque burkinabè a réussi ainsi à maintenir sa croissance, malgré l’effondrement du marché cette année.

 

De l’autre côté du classement, figurent, les principales baisses de l’année.

  • VIVO ENERGY CI

Englué dans une spirale baissière provoquée par une surévaluation du cours de l’action et par une situation sécuritaire mouvementée en Côte d’Ivoire, le titre a connu un début d’année catastrophique. En effet, fin 2016 le PER de VIVO ENERGY était le plus élevé de la BRVM à 57.88, puis l’action a enregistré une forte baisse les deux (2) premiers mois de l’année à – 30.83%.

Malgré un résultat net du 1er semestre 2017 en légère hausse +3%, le marché a dicté sa loi à VIVO ENERGY. Le titre termine ainsi l’année avec une perte record de 70%. Il a vraiment perdu la confiance des investisseurs au cours de l’année 2017.

  • SUCRIVOIRE

SUCRIVOIRE a été la plus grande déception des OPV ces dernières années. Ainsi, après un (2) mois de cotation, le titre enregistrait une perte de 15.38% et perdait peu à peu la confiance des investisseurs. La publication des résultats annuels (résultat net en baisse de 27.24%) et du troisième trimestre de la compagnie (résultat net en baisse de 157%) a été l’élément déclencheur de cette spirale baissière.

Le titre a ainsi enregistré la deuxième plus forte baisse de la BRVM et semble ne plus avoir la confiance des investisseurs. Ce, malgré la distribution d’excellent dividende de 549 FCFA (soit un rendement du dividende de 12.48% au 29 septembre 2017[1]) .

Stratégie adoptée et perspectives 2018

Afin de mieux comprendre la baisse du marché, une enquête a été menée auprès des gestionnaires de fonds de la sous-région Uemoa. L’objectif affiché : connaitre le moment de l’année où les gérants de fonds ont senti la baisse du marché, les stratégies adoptées et les perspectives pour l’année 2018.

Il ressort de l’exploitation des informations que les gérants de fonds ont constatée pour la plupart, la baisse du marché à la fin du 1er trimestre 2017 (avril). Et d’autres en début du second trimestre.

 

 

Stratégie adoptée

Afin de comprendre les stratégies mises en place à la suite du repli du marché. Il leur a été demandé de décrire la composition du portefeuille en début d’année et en fin d’année.

L’examen des résultats montrent que la part des actions dans le portefeuille des gérants de fonds a fortement diminué entre les deux périodes. Début 2017, les parts varient entre 35% et 81% de ceux des répondants. Tandis que fin d’année 2017, les parts des actions dans le portefeuille tombent respectivement entre 20% et 66%.

Après avoir constaté la baisse du marché, les gestionnaires ont commencé à réduire leur position dans des actions. Les résultats obtenus montrent qu’au second trimestre de 2017 certains ont réduits de 10% ou plus au second trimestre. Ils ont alors fortement désinvesti dans les actions pour injecter leurs ressources dans le marché des obligations. D’autres ont préféré garder des liquidités.

Ces décisions sont le résultat entre autre de la pression subie. A ce niveau, il est important de relever que les fonds dont les clients sont constitués d’entreprises et de particuliers ont subi la pression de ces derniers. De plus, la préparation des OPV annoncées et la baisse du cours des actions du marché ont accentué le désinvestissement.

Les ressources désinvesties ont servi à l’achat d’obligation, au renforcement des titres qui se sont bien comportés. Ou même à des investissements en dehors du marché de la BRVM.

Toutefois, les gérants de fonds réfutent l’idée qu’il y a eu un krach boursier en 2017.

En effet, ils ont presque tous soutenus que le marché a juste connu une baisse due à des évènements externes (voir l’article sur Krach boursier ou simple correction de la BRVM en 2017 pour plus d’éléments).

L’enquête s’est également intéressée aux attentes des investisseurs pour l’année 2018. Il est ressorti que les investisseurs sont optimistes. En effet, ils s’attendent à une reprise du marché et misent sur une amélioration des indices de la BRVM entre 0-5% durant l’année 2018.

Aussi, ils comptent mieux se positionner sur le marché des actions en tablant sur des croissances des portefeuilles de 10% durant l’année.

A lire demain, vendredi 2 février, “les  perspectives 2018 ” selon SIKA ADVISORY

 

 


[1] TOTAL SN n’a pas été intégré au calcul pour une meilleure comparaison des dividendes distribués sur l’année 2015 et 2016

 

[2] Le 29 septembre 2017 correspond à la date de paiement des dividendes de SUCRIVOIRE.

 


 

Daniel Aggre, Managing director and founder of Sikadvisory

Ahmed Diallo (analyste financier)

 

Daniel K. AGGRE (photo) est financier de formation, titulaire d’une maîtrise en Économie pure, obtenue à l’Université de Cocody (Côte d’Ivoire) et d’un Master en Banque et Finance à London Metropolitan University en Grande Bretagne. Il a exercé 10 ans en tant qu’analyste financier spécialité marché des actions et Commercial de produits financiers dans la Société d’information Financière, Bloomberg.

Daniel AGGRE a une très bonne connaissance des marchés financiers Africains. En tant que responsable sub-saharan ex south africa, il a développé des produits financiers pour cette région. Daniel a travaillé à la city de Londres, à Genève et sur la place financière de Dubaï.

Il organise régulièrement des séances de formations aux techniques de la bourse à Abidjan. M. AGGRE est le Managing Director et founder du cabinet SIKAdvisory

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