La Côte d’Ivoire, prochaine « start-up nation » ? 

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Les start-up ne font pas rêver que les jeunes Occidentaux. En Côte d’Ivoire, malgré certains freins persistants, de plus en plus d’entrepreneurs se lancent dans l’aventure. Et inspirent leurs voisins d’Afrique de l’Ouest. 

Les start-up ont, depuis longtemps, dépassé le cadre californien de la Silicon Valley. Le président français, Emmanuel Macron, n’a jamais caché son souhait de faire de l’Hexagone une « start-up nation » à l’image des Etats-Unis. L’Afrique et, singulièrement, la Côte d’Ivoire, entendent à leur tour emboiter le pas aux « succes stories » à l’américaine.

« Je suis persuadé que l’entrepreneuriat est un moyen d’occuper sainement les jeunes gens, de les aider à trouver du travail » : derrière le souhait de Bruno Koné, ministre ivoirien de l’Economie numérique, il y a des actes, et une ambition, celle d’un pays dont le numérique représente déjà 8% du PIB. 

Quelques dizaines de start-up pour 24 millions d’habitants

Le ministère a ainsi lancé en mars 2016 la Fondation Jeunesse numérique, un incubateur de start-up doté de 500 millions de francs CFA, ayant d’ores et déjà formé quelque 200 candidats, « majoritairement des Ivoiriens diplômés d’un Bac+2 dans le pays, à la création d’un business plan, aux bases de la finance, à la communication », explique la directrice de la structure, Linda Vallée. 

Et cela fonctionne. Les start-up fleurissent sur le sol ivoirien, à l’image de la société Africab. Créée en 2015 à l’initiative de l’entrepreneur ivoirien Vangsy Goma, elle s’est déjà hissée à la première place des entreprises de VTC à Abidjan, la capitale économique du pays. Ce véritable « Uber » ivoirien, à la tête de 270 salariés et d’une centaine de véhicules, a déjà assuré 200 000 courses. « Victime de son propre succès », comme son patron le dit, Africab affichait un chiffre d’affaires de plus de 70 millions de francs CFA au premier trimestre 2017. 

Dans un pays où une importante part de la population reste rurale, les start-up ont compris que leur développement ne passait pas nécessairement par la ville – d’ailleurs, Abidjan ne possède pas à proprement parler de pépinière d’entreprises. C’est pour cela que la société Lifi Led a visé les villages reculés de Côte d’Ivoire, en leur apportant en un temps record le Wifi et la télévision. Grâce à un ingénieux système d’ampoules LED transmettant le Wifi, elles-mêmes branchées à des capteurs solaires, la jeune entreprise entend équiper des milliers de villages de par le pays.

Le monde rural, et l’agriculture – qui représente 40% de l’activité en Côte d’Ivoire –, c’est aussi le pari de Khan Jean-Delmas Ehui, fondateur du projet Lôr Bouôr. Ce projet rassemble une plateforme d’information sur les méthodes agricoles, un outil de gestion pour les coopératives ou encore une application SMS de diffusion et de consultation des prix. « Nous mettons les TIC au service de l’agriculture ivoirienne afin de la rendre plus performante et compétitive », explique son créateur, qui se félicite d’avoir convaincu plusieurs centaines de membres en quelques semaines. 

Ces succès ne doivent pas faire oublier que la Côte d’Ivoire part de loin. Alors qu’il affiche la meilleure croissance de la région, le pays ne compte que quelques dizaines de start-up pour 24 millions d’habitants. Les entrepreneurs sont notamment ralentis par des infrastructures numériques qui, si elles progressent, restent en-deçà de leurs exigences. Malgré les 150 milliards de francs CFA investis dans la fibre optique par l’Etat, les coupures de réseau restent fréquentes. 

La question du financement reste également centrale. « Il n’y a pas de business angels (ni) de culture du capital-risque », déplore Linda Vallée. Et ce malgré les efforts du gouvernement Ouattara pour améliorer le climat des affaires et le lancement, promis mais toujours attendu, d’un Fonds de l’Innovation doté de 200 millions d’euros, en partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD).

La Côte d’Ivoire inspire ses voisins

Malgré ces handicaps, le dynamisme de la Côte d’Ivoire inspire ses voisins. L’accélérateur de start-up Airbus BizLab, du nom du célèbre avionneur européen, vient ainsi d’accueillir sur ses sites de Toulouse et Hambourg une entreprise nigériane. Aerial Industries bénéficiera de l’expertise des salariés d’Airbus pour développer ses drones de haute performance, destinés à pulvériser les cultures des exploitations agricoles des pays en développement. Une « technologie plus rapide, moins chère et plus précise que les tracteurs », affirme son fondateur, qui vante aussi les atouts écologiques de son invention.

Emmanuel Macron, toujours lui, ne s’est pas trompé quand il a choisi de faire escale au Ghana lors de sa première tournée africaine. Saluant une des économies les plus « vibrantes » du continent, le président français en a profité pour visiter un incubateur local, Impact Hub. « Ici se trouvent peut-être les futures licornes africaines », se félicite la conseillère innovation de la structure. Regrettant elle aussi la difficulté d’accès au financement pour les jeunes pousses locales, Aurore Chiste explique la spécificité des start-up africaines : « La Silicon Valley suit une stratégie de type devenir gros vite, alors qu’ici c’est presque impossible à cause d’un manque de fonds. A la place nous voyons une croissance régulière financée par peu de capitaux et des consommateurs payants ». 

Pas de quoi faire peur, cependant, aux start-up ghanéennes, elles aussi souvent spécialisées dans le numérique, l’énergie ou l’agroalimentaire. C’est ce dont se félicite Georges Kwale, le fondateur de l’entreprise Translight Solar, spécialisée dans l’énergie solaire, qui loue la « facilité à monter une entreprise ici en quelques jours, à embaucher du personnel qualifié et impliqué ». Une situation qui promet un développement exponentiel de l’économie numérique en Afrique. 

F. Lamontagne

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