Dans une interview exclusive accordée à Niamey à Financial Afrik, Dr Vera Songwe, Secrétaire exécutive de la commission des Nations-Unies pour l’Afrique (CEA), analyse les profondes mutations positives que va engendrer le libre échange commercial en Afrique. «Le commerce intra africain passé de 9 à 17 % en l’espace de quelques années facilitera paradoxalement le commerce avec l’Europe», déclare t-elle.

Propos recueillis à Niamey par Albert SAVANA

Pouvez-vous nous expliquer le processus en cours d’édification d’une zone de libre échange en Afrique ?


Vous savez le libre-échange continental est une étape importante qui mène vers la nécessaire intégration économique de l’Afrique. L’ambition historique d’intégrer les marchés reste encore très forte. Nous faisons nôtre cette célèbre pensée de Nelson Mandela « It is impossible untill it is done »à savoir « Tout reste impossible jusqu’à l’action qui apporte les réalisations concrètes. »

Nous avons saisi l’occasion de la réunion des ministres africains du commerce à Niamey pour saluer vivement le leadership du Président Mahamadou Issoufou, désigné par ses pairs africains, champion du libre-échange continental.

Il s’agit d’un cadre viable pour accélérer les échanges sur le Continent, une étape importante sur la voie de l’intégration continentale et une opportunité sans précédent pour l’Afrique.

Cette étape de Niamey marque ainsi un point clé dans l’ambition historique d’intégrer les marchés fragmentés de l’Afrique et d’assurer la prospérité africaine. Nous devons maintenant franchir les dernières étapes de ce long voyage pour lancer à temps une Zone de Libre Echange Continentale significative pour tous les peuples du continent.

 

Pourtant la faiblesse du commerce intra africain persiste …?


De 9% en 2000,  le commerce intra africain est aujourd’hui évalué à 17% et c’est la qualité des produits échangés qui crée la valeur. On a constaté une amélioration de la qualité dans les produits échangés. L’urgence réside pour les Africains à diversifier et industrialiser les économies et travailler à un meilleur accès aux marchés.Mais il faut aussi veiller à trouver des emplois aux jeunes.

Hormis les initiatives des Chefs d’Etats africains qui vont se pencher sur la question en janvier prochain à Addis Abeba, quelles sont les autres stratégies déployées pour davantage promouvoir le commerce intra africain ?


Il y’a beaucoup d’autres initiatives déroulées sur le terrain pour fortifier le commerce intra africain. C’est le cas du programme de développement des infrastructures en Afrique (Pida).Dans ce domaine précis la question centrale de l’énergie est primordiale. De même, l’année 2017 a été déclarée année de la jeunesse en Afrique et il s’agit pour nous de voir comment appuyer davantage les jeunes dans le cadre de la création de Pme ou dans celui de l’inclusion numérique. Nous pensons aussi que les Etats doivent travailler pour attirer davantage de jeunes apprenants vers les matières dites scientifiques. Aussi devrait –on veiller à améliorer la gouvernance et à travailler sur la base de statistiques et de données fiables pour éclairer le processus de prise de décisions.

Nous pouvons aussi citer parmi ces initiatives novatrices,  la décision des Chefs d’Etat africains de confier le volet liés aux réformes de l’Union africaine à Son Excellence le Président Paul Kagamé, Chef de l’Etat du Rwanda. Ces réformes qui seront engagées sous son leadership vont participer à l’autonomisation de l’Afrique. Pour ce qui concerne les réunions sur le libre-échange économique entre les ministres africains des finances et ceux du commerce, la Bad a récemment apporté un appui de l’ordre de 20 millions de dollars.

Je voudrais rappeler que la zone de libre-échange n’est qu’une première étape car les Chefs d’Etat travaillent aussi à faire taire les armes ; une excellente idée quand on sait que les guerres freinent dangereusement l’économie.

La CEA et l’Union africaine travaillent aussi avec la Bad pour arrêter le fléau des flux financiers illicites qui porte un rude coup au décollage économique du continent africain.

 

La promotion du commerce intra africain n’est –elle pas en porte à faux avec les accords de partenariat économiques(Ape) qui lient l’Afrique et l’Union européenne ?


Non,  nous avons pu trouver des passerelles entre notre ambition d’un commerce intra africain dynamique et les Ape. Nous venons de tenir une réunion avec l’UE à Abidjan. Les APE restent une question importante.  D’ailleurs la zone de libre-échange continentale facilite les échanges commerciaux avec l’UE.

Au rendez-vous du donner et du recevoir, l’Afrique viendra avec des propositions d’ordre continental car elle est une et globale. Donc,  oui à l’ouverture des frontières avec des entités comme l’UE mais il faut d’abord travailler à autonomiser le continent dans le cadre de la facilitation du commerce intra africain. Le travail est axé d’abord sur le cadre réglementaire. C’est ainsi que nous travaillons à améliorer l’accès aux corridors africains de concert notamment avec la coopération américaine (USAID).

Les points d’arrêt sont en train d’être minimisés sur les postes de contrôle. D’autres formes d’appui sont aussi apportées pour rendre effective la dématérialisation dans les postes de douane. Le dédouanement peut ainsi se faire avant l’arrivée des bateaux, ce qui induit un important gain de temps pour les opérateurs économiques. Vous voyez donc que l’Afrique bouge et les attentes sont fortes avec un million de jeunes africains qui arrivent annuellement sur le marché de l’emploi.

Dans un pays comme le Sénégal ils sont  100 000 jeunes à se retrouver annuellement demandeurs d’emploi. Vous remarquez que tout est lié c’est pourquoi il faut développer davantage l’éducation en Afrique et passer avec succès l’étape de la transformation structurelle des économies africaines. Une manière habile et intelligente de stopper les migrations vers l’Europe.

 

 

 

 

 

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