Tour d’horizon avec Cyrille Nkontchou

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image«Enko Capital accompagne l’émergence des classes moyennes africaines»

 

 

Cyrille Nkontchou fait partie des financiers africains précurseurs du capital investissement sur la partie subsaharienne du continent. Depuis son poste d’observation en Afrique du Sud, il nous présente son fonds Enko Capital et livre des pronostics sur l’évolution d’une activité qui compte plus d’acteurs que d’opportunités.

 


Votre fonds Enko Capital est basé en Afrique du Sud. Quels sont ses objectifs et pourquoi un tel positionnement géographique?


 

 

Nous avons effectivement mis en place le gestionnaire de fonds Enko Capital en 2008. A l’origine, il y avait mon frère, Alain Nkontchou, et moi-même. L’objectif était de lancer une société de gestion Africaine intégrant toutes les stratégies d’investissement en Afrique. Nous avons un bureau à Londres et à Johannesburg. Le choix de l’Afrique du Sud est lié au fait que c’est un pays assez pratique pour faire les affaires même si, devrais-je le préciser, nous n’y investissons pas.

Concrètement, Enko Capital a démarré en septembre 2009 avec le fond Enko Opportunity Growth Fund permettant aux investisseurs d’avoir une exposition panafricaine. Nous investissons sur des valeurs cotées dans les Bourses africaines comportant un potentiel élevé. Notre objectif de rendement se situe dans une fourchette de 15 à 20% en dollar.

 


 

Comment s’est comporté le fonds dans une conjoncture du premier semestre 2015 particulièrement difficile pour les devises des pays en développement ?


 

 

Nous sommes arrivés à faire une performance de 0% là où les principales monnaies africaines (Naira, Cedi, Rand, Kwacha, Shilling etc) ont perdu 20 à 75% de leurs valeurs par rapport au dollar. Nous avons sur-performé le marché et restons sur nos principaux objectifs de rendement.

 


 

En dehors des valeurs cotées, quels sont les autres secteurs de l’économie africaine qui vous intéressent?


 

 

En avril 2014, nous avons lancé Enko Africa Private Equity Fund, un fond de capital-risque panafricain. Le premier closing s’est fait à 50 millions de dollars avec, parmi les investisseurs institutionnels, la Banque Africaine de Développement et la famille de Georges Soros. Nous sommes entrain de faire le deuxième closing à 100 millions de dollars avec la Proparco et un grand gestionnaire de fortune Européen. Globalement, il s’agit d’un fonds d’une durée de vie de huit ans. Nous ciblons les entités africaines à forte croissance et à vocation d’être introduites en Bourse.

 


 

Y-a-t-il des secteurs particulièrement ciblés par Enko Africa Private Fund?


 

Nous nous focalisons sur les services financiers largement représentés dans les bourses africaines, les secteurs liés à la consommation (distribution, pharmacie) en écho à l’émergence des classes moyennes africaines. L’amélioration des revenus crée de nouveaux besoins auxquels nous sommes attentifs. Tout comme les services financiers et la distribution, l’agriculture et l’agro-industrie nous intéressent aussi car ce sont deux tiers de la population africaine qui en vivent. Dans ce cadre et bien avant l’implémentation du fonds Enko, nous avions investi en 2008 dans la société RMG Concept, basée au Ghana et qui est un fournisseur d’intrants et semences aux agriculteurs. Le concept novateur est de fournir aux petits paysans des intrants sous forme de crédits en nature pour leur permettre de multiplier leur rendements à l’hectare et de nous rembourser en nature en nous vendant tout ou partie de leur recolte. Bref, nous considérons l’agriculture comme une chaîne de valeurs ayant un impact socio-économique supérieur au secteur des ressources minières. Le secteur des infrastructures de base (énergie, eau) entre aussi dans notre portefeuille.

 


 

Sentez-vous le même engouement pour l’Afrique qu’il y a quelques années quand les cours des matières premières étaient en pente ascendante?


 

Les investisseurs viennent facilement même s’il convient de dire que nous assistons à un changement des profils. Je prends l’exemple d’un pays comme la France, investisseur traditionnel en Afrique. Le phénomène nouveau est l’apparition des sociétés privées et des fonds de pension au rang des investisseurs dans les fonds Afrique. Le capital institutionnel français commence à s’intéresser à l’Afrique. Ceci dit, la capacité d’attirer des capitaux est fonction de la qualité des équipes. L’autre facteur c’est le marché. La croissance en Afrique, de plus en plus forte dans un contexte plutôt morose ailleurs, favorise l’intérêt des investisseurs. Par contre, compte tenu de la perception élevée du risque Afrique, encore importante, les investisseurs exigent un taux de retour sur investissement de 25 à 30%.

 


 

Est-il facile pour un fonds de capital investissement de s’installer en Afrique francophone ?


 

 

Votre question comporte plusieurs aspects. En terme de facilitation des mouvements de capitaux, c’est plus ou moins correct. Sur le volet fiscal, il y a sans doute des harmonisations à faire pour éviter par exemple la double imposition. Aujourd’hui, quand vous avez une société en Côte d’Ivoire et une au Sénégal, vous êtes imposé deux fois si vous rapatriez des bénéfices entre les deux pays membres de la même union économique. Enfin au plan des affaires, il reste plus difficile d’identifier des opportunités d’investissement en Afrique Francophone qu’en Afrique Anglophone, car le capital-risque demeure un concept relativement nouveau pour beaucoup d’entrepreneur Francophones.

 


 

Quel est donc l’avantage comparatif de l’Afrique du Sud? Qu’est-ce qui pousse de nombreux fonds à y élire domicile ?


 

 

Il y a le cadre général. C’est un pays jouissant d’infrastructures d’un niveau élevé et qui attire beaucoup de cadres et de talents. Ceci dit, les fonds sont en réalité domiciliés à Maurice, imbattable sur le plan fiscal. Ce sont les gestionnaires de fonds qui sont basés en Afrique du Sud. Ce pays offre, en plus de ses infrastructures et de sa capacité d’attractivité vis-à-vis des investisseurs, une facilité de se déplacer dans n’importe quel point du continent.

 


 

A quoi rassemblera Enko dans les 5 prochaines années ?


 

Nous voulons continuer à grandir. Nous sommes en train de lancer un fonds qui investit dans les dettes africaines. L’encours de la dette africaine augmente offrant de nombreuses opportunités aux investisseurs. Sur la partie Private Equity, il est possible de monter un fonds spécialisé dans l’Education. Le projet fait l’objet d’une étude. Nous avons par ailleurs monté une structure qui s’appelle Enko Éducation qui vise à démocratiser l’accès des classes moyenne Africaines à un enseignement privé primaire et secondaire de qualité.. Le projet a démarré en Afrique du Sud et au Cameroun. A terme, nous compterons plus de 20 000 élèves dans une cinquantaine d’établissements primaires et secondaires repartis dans une trentaine de pays Africains. . Enko Éducation me tient particulièrement à cœur à la fois pour des raisons personnelles (ma mère est enseignante et fondatrice d’une école privé bilingue au Cameroun) et stratégiques. Je pense en effet que nos pays ne réussiront leurs transformations qu’en investissant dans l’éducation et la formation des ressources humaines de qualité.


 

Comment voyez-vous l’avenir du Capital investissement en Afrique?


 

 

Le secteur va continuer encore à se développer sur le continent. L’activité est appelée à se spécialiser car il y a aujourd’hui beaucoup plus d’acteurs, plus de gros fonds que d’opportunités. Il y a un travail d’ajustement à faire pour que l’offre rencontre la demande. J’espère qu’il y aura de plus en plus de gestionnaires et des investisseurs africains. Mon souhait est de voir les compagnies d’assurance et les fonds de pension Africain rallier le secteur. A Enko, un tiers de nos fonds proviennent d’Afrique. C’est une exception car le rapport est souvent de 1 à 10.

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