Flasback: le Safari de la SFI en Afrique (article et réaction)

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A vous de juger du rôle de la SFI en Afrique.    Le 15 juillet 2013, Financial Afrik s’intéressait aux missions de cette officine de la Banque Mondiale qui participe, selon notre point de vue, à reproduire l’immobilisme et à perpétuer l’inertie par ses taux élevés et des prises de participation qui l’éloignent de sa vocation première.      Revoici l’article et la réaction circonstanciée d’alors. 

 

Le Safari de la SFI en Afrique 

La Société financière internationale (SFI), est une  filiale de la Banque mondiale créée en 1956 pour octroyer  des financements au secteur privé sans garanties étatiques. En Afrique, des tarifs élevés et des prises de participation fortes dans le capital de certaines banques l’ éloignent de sa vocation première. Eclairage.

Entre 2009 et  2012, l’IFC ou SFI, via sa filiale IFC Asset Management , est devenue actionnaire  du groupe Ecobank Transnational Inc à travers une première  injection de 100 millions de dollars sous forme d’obligations convertibles et une deuxième du même montant sous forme de prise de capital.  La filiale de la Banque mondiale est désormais actionnaire de 16,4 % dans Ecobank.

Une situation  inédite qui l’expose  à l’appellation de «PEE », «Personne économiquement exposée » au-delà du seuil de participation d’une institution multilatérale dédiée au développement.   Aux yeux des spécialistes, cette  présence forte dans le capital d’une banque si convoitée traduit le changement de vocation de la SFI, dotée depuis 2009 d’une filiale asset management pilotée par  un ancien de Goldman Sachs.

En effet, pour de nombreuses banques commerciales, cette prise de participation conséquente dans Ecobank crée un conflit d’intérêts entre la vocation naturelle  de la SFI d’être un partenaire de développement et sa qualité d’actionnaire agissant pour le compte d’investisseurs majeurs présents dans IFC Asset Management.

Au beau milieu de 2012, ce conflit d’intérêt s’est manifesté dans le cadre du financement d’une grosse opération d’import  de 180 millions d’euros sur le Togo.  Après avoir repoussé les offres de toutes les banques commerciales qui se sont positionnées sur cette opération, la SFI a soutenu à bras le corps la filiale Ecobank au Togo, en proposant comme garantie l’assemblage des lignes de financement des filiales pays  de la banque panafricaine. Au final,  l’opération s’est effectuée avec une forte dégradation du risque.

L’alternative de la BID, en attendant la solution de la BAD

Une méthode aux antipodes de l’orthodoxie financière mais validée grâce au tampon de la SFI.  Cet exemple illustre les difficultés pour la filiale de la banque mondiale à faire cohabiter sa vocation d’institution financière, impartiale et orthodoxe, et sa nouvelle qualité d’actionnaire d’une institution commerciale,  obligée de faire de l’argent et de valoriser sa participation, conséquente par ailleurs.

Cet exemple illustre qu’à  l’image de certaines institutions financières internationales qui répétent aujourd’hui que l’Afrique est la nouvelle frontière de l’investissement, la SFI a décidé de faire de l’argent sur l’Afrique.. Si son encours sur le continent a augmenté, la qualité de ses services laisse à désirer. Pour preuve, les délais d’octroi de financement sont longs, les tarifs sont élevés comparés aux banques chinoises ou aux filiales de la BID dédiées aux garantie et à l’assurance à l’export.     Actuellement, la SFI  exige en moyenne 15 à 20 000 dollars pour la due diligence d’une petite banque, candidate à son programme GTFP (Global Trade Finance Program), conçu pour la confirmation des lettre de crédit.          Toutes les missions de la SFI  en Afrique sont prises en charge par la banque inspectée. Quand il y a 4 experts sur un dossier, les frais peuvent varier de 60 à 80 000 dollars.    Parfois, pour traverser une petite rue et aller inspecter une banque commerciale en face, le représentant de la SFI exige 10 000 dollars pour frais de déplacement,  caricature le directeur d’une banque ouest africaine.

Ce n’est pas tout. La SFI  perçoit une  commission de 1,5% sur toutes  les opérations commerciales qu’elle traite.  En mettant bout à bout, commissions et frais d’assistance à la charge de la banque partenaire, l’ on tombe sur de confortables marges de rentabilité qui confirment cet éloignement de la SFI de sa vocation première.    Rappelons que la SFI ne prend plus de risques directs  sur le secteur privé africain.

 

En effet, avant de mettre en place son programme GTFP, la filiale de la banque mondiale  exige paradoxalement (elle a été créée pour financer le secteur privé sans garantie de l’Etat)  une garantie morale de l’Etat et des institutions publiques. Le risque d’impayé n’est pas toléré, car  il en va de tous les engagements de la Banque mondiale pour ce pays.  En réclamant la caution de l’Etat, fut-elle morale, la SFI «politise » le secteur privé et le soumet au bon vouloir du Pouvoir.

Un quasi-monopole dans le créneau de la confirmation

«En Afrique, une institution internationale comme IFC  raisonne en termes de rentabilité et de couverture de frais », avance un banquier qui requiert l’anonymat.  En fait, l’IFC use d’un quasi monopole dans ce créneau de la confirmation.  «Posez-vous plutôt la question pourquoi la Banque africaine de développement n’ est toujours pas en mesure de concurrencer l’IFC dans ce domaine de la confirmation des engagements », poursuit-il ?

 

En ne s’investissant pas  dans la couverture du risque pays,  l’institution présidée par Donald Kaberuka, investie aussi par IFC Asset Management,  prive  ses actionnaires de beaucoup d’argent et, par la même occasion, prive ses potentiels clients de faire des économies.    Certaines institutions commerciales africaines qui ont demandé à la BAD d’apporter une alternative à l’IFC ont été orientées vers Afriexim Bank. «C’est franchement, abandonner la peste pour le choléra », claironne le cadre d’une filiale africaine qui reproche à Eximbank sont appétit sélectif pour les risques de l’Egypte et de l’Afrique de l’Est et son ostracisme vis-à-vis du Maghreb en général.

Fort de son triple A, la Banque africaine de développement devrait s’intéresser au financement du trade africain, en mettant en place des lignes de confirmation.    L’arrivée de l’ICIEC (filiale de la BID), sa souplesse et l’absence de conflits d’intérêts déclarés ou latents vis-à-vis des acteurs africains, est sans doute la bonne nouvelle de 2013.  Devenu un eldorado des investisseurs, l’Afrique doit se prémunir contre la gourmandise de certaines institutions qui, sous couvert de l’aide au développement, sont entrain de se refaire une santé sur le dos de ses consommateurs, qui  paient en dernier ressorts les commissions et les fees de la SFI.

 

 

Adama Wade

 

 

Réactions de la SFI

A M.  Ibrahima Dia, Directeur général de Financial Afrik

Il y a encore quelques années, la compagnie Tobinco Pharmaceutical, la plus grosse compagnie importatrice de médicaments anti-paludiques et d’antibiotique au Ghana,  était tributaire de ses importations provenant de l’étranger. Elle voulait fabriquer ses propres médicaments mais ne pouvait obtenir les crédits pour financer l’achat et l’importation du matériel nécessaire. Finalement, une lettre de crédit d’IFC, à travers la Merchant Bank Ghana, a permis à Tobinco de réaliser son projet.

Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de l’impact du programme IFC pour la facilitation des échanges commerciaux (GTFP). Grâce à ce programme, qui permet aux banques d’assurer leurs arrières lorsqu’elles financent des opérations d’import/export, ce sont maintenant 4500 banques africaines, y compris en République centrafricaine, au Sierra Leone, au Libéria, entre autres, qui n’hésitent plus à financer le commerce africain.

C’est l’arrivée de matériel de fabrication au Ghana, d’équipement de construction au Libéria, ou d’engrais au Togo que facilite ce programme.

Il est donc malheureux que l’un de vos collaborateurs, clairement mal renseigné vu le nombre d’erreurs factuelles dans son article ‘Le Safari de la SFI en Afrique’, choisisse d’argumenter sur le fait qu’IFC fait des profits et facture ses services. Effectivement, IFC fait des profits, en toute transparence puisque ceux-ci sont publiés dans son rapport annuel, et réinvestit ses profits dans les pays en développement. Effectivement, IFC facture ses services, ceci surtout afin de s’assurer d’une collaboration sérieuse avec ses clients et de ne pas fausser le marché. Il se dit surpris de la prise de capital d’IFC dans certaines entreprises alors que c’est le modus operandi de l’institution depuis sa création – et un de ses instruments principaux pour aider au développement du secteur privé.

Votre collaborateur oublie aussi de mentionner la raison d’être et les résultats impressionnants de l’Asset Management Company (AMC) d’IFC, à laquelle il fait allusion. Rien qu’en Afrique subsaharienne, l’AMC, qui a pour vocation d’attirer les investisseurs institutionnels encore réticents à prendre des risques, a attiré plus de 650 millions en investissements. Cet argent est allé dans des projets comme la compagnie de chemin de fer Africa Railways Limited qui assure la connexion entre le Kenya et l’Ouganda, ou  NBS Bank, la troisième banque du Malawi, pour lui permettre d’accroître son financement aux petites et moyennes entreprises, notamment les PME agricoles.

Vous auriez pu dire bien des choses en somme, et il est regrettable que votre article se soit contenté de on-dit.

 

Lucie Blyth

Chargée de Communication IFC

 

 

Liste des griefs relevés dans ‘Le Safari de la SFI en Afrique’ – inexactitudes

  1. Les statuts d’IFC prévoient que l’institution peut détenir jusqu’à 20% des parts du capital d’une entreprise. Selon le mode d’opération d’IFC  depuis sa création, prendre des parts dans une entreprise est un moyen de l’aider à se développer. Il n’y a donc aucun conflit d’intérêt entre la participation actuelle d’IFC à ETI et sa mission première.
  2. En juillet 2008, IFC a accordé un prêt convertible de 100 millions de dollars au groupe Ecobank Transnational Inc (ETI). Il ne s’agissait pas de l’AMC puisque celle-ci n’existait pas encore. Ce prêt a été converti en parts en novembre 2009, IFC devenant alors actionnaire à hauteur de 11,9% dans ETI.
  3. Les fonds de l’AMC (ALAC Fund et Africa Capitalization Fund) ont pris une participation d’un montant de 100 millions de dollars au capital de ETI en juillet 2012, AMC devenant ainsi actionnaire de 7,26% dans ETI. Présentement, IFC et AMC détiennent respectivement 6.86% (après dilution de nos actions)  et 7,26% des parts du capital d’ETI, soit un total de 14,12%.
  4. Nous n’avons pas soutenu d’opération d’import d’une valeur de EUR 180 millions au Togo.
  5. Selon ses statuts et les directives de son conseil d’administration, le mandat d’IFC est de prêter de manière rentable et nous prévoyons donc cette année fiscale, tout comme les précédentes, de faire un profit sur nos investissements en Afrique et dans le reste du monde. Ces bénéfices sont ensuite ou réinjectés dans d’autres investissements ou transmis à l’IDA/Banque mondiale pour des prêts aux pays les plus pauvres.
  6. Nous facturons les missions d’évaluation que nous menons dans le cadre de notre programme GTFP. En Afrique de l’ouest, nous facturons généralement 10.000 dollars. Lorsqu’il s’agit de cas complexes, par exemple dans le cas d’une banque avec de multiples filiales, il nous arrive de facturer davantage.  Ces frais d’évaluation servent essentiellement à deux choses :
    1. A couvrir une petite partie de nos coûts
    2. A garantir une participation active de la direction de la Banque dans le programme, afin de s’assurer que le programme, une fois approuvé, sera effectivement utilisé
    3. D’une façon générale, nous facturons les prix de base du marché sur l’ensemble de nos garanties. En Afrique de l’Ouest, il se trouve que le prix du marché est dans les environs de 1.5%. Nos clients trouvent ce taux concurrentiel et équitable, et par conséquent, nos lignes de crédit sont utilisées activement.
    4. Nous continuons de prendre des risques directs sur le secteur privé africain en investissant régulièrement sur le continent dans toutes sortes d’entreprises, dans des secteurs variés.
    5. Nous n’exigeons de garantie d’Etat pour aucune de nos opérations, y compris nos lignes GTFP.
    6. Nous ne sommes pas les pionniers du marché de la confirmation bancaire et nous n’en avons certainement pas le monopole. Un des objectifs du GTFP est en fait de permettre aux banques de progressivement se défaire de la couverture de risque offerte par IFC.  C’est dans ce sens que nous présentons aux banques notre programme, et GTFP est structuré afin d’atteindre cet objectif. Certains de nos clients sont parvenus à ce niveau de maturité et c’est un signe de succès pour notre programme.

 

EN conclusion

Réponse de la rédaction de Financial Afrik

Le fait de s’inquiéter des répercussions de la position de l’IFC, comme actionnaire de référence dans une institution panafricaine centrale, ou encore de relever les niveaux de  commissions et les factures de service,s  fait partie des interrogations légitimes  des  banquiers africains, y compris des clients de cette institution. Par contre, loin  de nous toute idée de contester l’utilité de l’IFC dans l’écosystème de la finance africaine.  Qu’il y ait quelques  imprécisions dans l’ article, nous le concédons  et voudrions de ce fait nous en excuser auprès de nos lecteurs et de l’IFC en particulier.  Par contre, l’enquête,  conséquente dans sa ligne directrice, revêt  toute son utilité dans le débat fécond du rôle des institutions internationales en Afrique.

 

 

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