Intelligence économique contre fuite des capitaux en Afrique

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Par Guy Gweth*

«Point d’argent, point de Suisse», écrivait Racine. Chaque année, l’Afrique se vole 10 fois plus d’argent qu’elle n’en reçoit via l’aide internationale… Selon l’Initiative pour le recouvrement des avoirs volés et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 2.6 milliards USD ont été gelés entre 2006 et 2012. Seul 1/6 de l’enveloppe a été rétrocédé par les pays de l’OCDE dont la Suisse (1/3) aux pays spoliés. L’intelligence économique peut contribuer à de meilleurs résultats.

 

Intelligence économique contre fuite des capitaux en Afrique
«Point d’argent, point de Suisse», écrivait Racine. Chaque année, l’Afrique se vole 10 fois plus d’argent qu’elle n’en reçoit via l’aide internationale… Selon l’Initiative pour le recouvrement des avoirs volés et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, 2.6 milliards USD ont été gelés entre 2006 et 2012. Seul 1/6 de l’enveloppe a été rétrocédé par les pays de l’OCDE dont la Suisse (1/3) aux pays spoliés. L’intelligence économique peut contribuer à de meilleurs résultats.
Le rapport Illicit Financial Flows from Developing Countries: 2000-2008 publié en janvier 2011 par Global Financial Integrity (GFI) – il reste d’une étonnante actualité – a révélé que la fuite des capitaux africains se chiffrait à 854 milliards USD entre 1970 sur la période étudiée. Ce chiffre, en hausse constante, interroge la responsabilité des spécialistes africains de l’intelligence économique et financière d’autant plus qu’entre 2006 et 2012 les pays de l’OCDE n’ont rendu que 423.5 millions USD aux pays volés sur un total de 2.6 milliards.
Comment ça marche ? Ayant compris que l’Afrique est la nouvelle frontière de la croissance mondiale, des dealers en col blanc et Business English débarquent chaque jour d’Amérique du nord et du sud, d’Asie et d’Europe avec l’intention d’investir sur le continent. Au cours des 15 dernières années, cette catégorie d’investisseurs privés s’est intéressée aux terres arables, à l’agroalimentaire, aux minerais, aux banques, ainsi qu’aux technologies de l’information et de la communication.

Mais quel est leur profil au-delà des légendes fraîches de Google? D’où partent-ils ? Quelle est l’origine des capitaux qu’ils investissent ? Ces questions auxquelles répondent efficacement les experts africains de l’intelligence économique et financière ne sont hélas pas posées par 3/4 des autorités africaines. Il faut absorber les investissements coûte que coûte. Problème : les investissements étrangers, comme l’aide internationale, atterrissent alors que des milliards de dollars décollent du continent à travers l’évasion fiscale, la sous-évaluation des recettes d’exportation, la surfacturation des produits importés et le détournement massif des deniers publics. C’est l’anémié qui fait don de son sang…
Quel impact sur la compétitivité ? Au cours des quatre dernières décennies, l’Afrique centrale et de l’Ouest ont été les sous-régions les plus volées du continent. Depuis 1970, le Top 5 de la fuite des capitaux africains est constitué du Nigeria (plus de 89,5 milliards USD) de l’Egypte (plus de 70,5 milliards USD), de l’Algérie (plus de 25.7 milliards USD), du Maroc (plus de 25 milliards USD) et l’Afrique du sud (plus de 24.9 milliards USD) pour l’ensemble des sommes comptabilisées par Global Financial Integrity.

Les ressources destinées au développement s’envolant vers d’autres cieux, nous convenons avec GFI que «tant que l’hémorragie continue sur le long terme à un rythme rapide, les efforts pour booster la croissance économique vont être contrariés dans la mesure où la distribution des revenus sera de plus en plus biaisée». Ce fléau a/aura un impact désastreux sur la compétitivité économique et la stabilité politique du continent malgré des prévisions optimistes.
Qu’apporte l’intelligence économique ?

 

Face à la complexification de la criminalité financière, les consultants expérimentés de Knowdys mobilisent plusieurs outils et sources d’informations commerciales et publiques tels que l’Index sur la corruption de Transparency, les rapports d’évaluations mutuelles du GAFI, Factiva, World check (et d’autres plus confidentiels) dont le croisement donne des résultats de grande qualité.

Avec le renseignement humain, ils permettent notamment de mapper l’environnement des personnalités politiquement exposées (PPE) et d’analyser les risques de blanchiment d’argent liés à ce type de clientèle. Une part importante de ces travaux s’appuie sur les typologies de blanchiment d’argent élaborées par le MROS et le Groupe d’Egmont et sur une coopération exemplaire entre experts de due diligence au niveau international. Trois ans après la chute de leurs régimes autoritaires respectifs, les cas égyptien et tunisien totalisent ce que l’absence d’intelligence économique et financière (IEF) peut coûter à lutte contre la fuite des capitaux.
Combien coûte l’absence d’IEF ? – 12 mois après la chute de Hosni Moubarak, 450 millions USD appartenant à l’entourage de l’ancien Raïs ont été bloqués par la Suisse. Les conseils en intelligence économique et financière sont entrés en jeu après que les nouvelles autorités égyptiennes ont introduit une première demande d’entraide judiciaire, fin mars 2011, et essuyé un rejet au motif qu’elle était incomplète.

La mission des conseils africains et suisses était d’aider les autorités égyptiennes à démontrer, à travers des procédures pénales, l’origine illégale des avoirs gelés par Genève. Dans le même temps, l’Association des Tunisiens de Suisse qui prétendait pouvoir récupérer les fonds de l’ancien dictateur et de son entourage, par leurs seuls moyens, a fait choux blanc. Enfin presque… Après 36 mois et plus de 40 commissions rogatoires internationales lancées par Tunis, seuls 02 avions, 02 yachts et 20.7 millions d’euros (dissimulés sur un compte libanais) ont été récupérés.

A elle seule, la Suisse a rétrocédé 1.5 milliard d’euros aux pays volés, soit 1/3 des montants restitués au niveau mondial, largement en deçà de ce qui peut être pêché dans les eaux du lac Léman.
Quelles leçons faut-il en tirer ? La Banque mondiale évalue entre 20 et 40 milliards USD le montant des fonds volés chaque année à leur nation par les élites corrompues des pays en développement. Ces dirigeants voyous suivent l’actualité, apprennent, innovent et s’entourent de blanchisseurs internationaux particulièrement rusés. Au plan stratégique, il est impératif pour les pays lancés à leurs trousses de convaincre les États « amis » d’inverser la charge de la preuve : dès qu’il est avéré qu’un groupe de personnes agit comme une entreprise criminelle en détournant l’appareil d’État d’un pays, il doit revenir aux membres de ce groupe de prouver l’origine légitime de leurs avoirs. La mondialisation de la criminalité financière n’a de cesse de complexifier les enquêtes. Chaque jour, de nouveaux produits opaques facilitent le blanchiment de capitaux issus de pays pauvres et l’interconnexion des circuits financiers accélère la circulation des capitaux illicites. Au plan opérationnel, la lutte contre la fuite des capitaux africains nécessite l’intervention d’experts en intelligence économique et due diligence qui respirent, rêvent et réfléchissent comme leurs cibles, le patriotisme en plus.

Guy Gweth
Directeur des Opérations chez Knowdys Consulting Group
Professeur de Due Diligence à l’ESG Management School Paris

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