La Conférence économique africaine s’achève sur un appel à mettre l’agriculture au cœur du développement de l’Afrique.

La 11e Conférence économique africaine (CEA) a pris fin mercredi à Abuja, au Nigeria, après trois jours d’intenses débats autour de l’agro-industrialisation en Afrique.

Plus de 300 participants ont assisté à cet événement annuel, organisé conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme de développement des Nations Unies (PNUD), sur le thème « Nourrir l’Afrique : vers une agro-industrialisation pour une croissance inclusive ».

« Cette conférence ne doit pas être une simple conférence de plus, a déclaré Ousmane Dore, représentant résident de la Banque africaine de développement au Nigeria, à la clôture de la conférence. Elle doit être suivie d’une série de mesures phares pour enclencher la transformation économique de l’Afrique grâce au développement de l’agriculture ».

M. Dore a souligné l’importance du portefeuille de projets de la BAD au Nigeria dans le secteur de l’agriculture, dont le programme « ENABLE Youth » (« Donner aux jeunes les moyens », Ndlr), qui aide les jeunes diplômés « agripreneurs » à se lancer dans différents volets de l’agroalimentaire. « Le thème de la Conférence arrive à point nommé », a-t-il lancé.

À l’issue de la conférence, Adam Elhraika, directeur de la Division des politiques macro-économiques de la CEA, a exhorté les participants à partager leur enthousiasme et à diffuser les messages majeurs de la conférence auprès des partenaires et des gouvernements, afin de garantir que les mesures adoptées soient mises en œuvre.

Ayodele Odusola, économiste en chef à la tête de l’équipe stratégie et analyse du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, a déclaré quant à lui que le thème de la Conférence s’inscrit dans la droite ligne de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable des Nations Unies. Il s’est fait l’écho du sentiment exprimé lors de la Conférence, selon lequel l’agro-industrialisation devrait permettre de réaliser les objectifs ultimes de développement de l’Afrique.

Plusieurs études portant sur l’agriculture, le changement climatique et la sécurité alimentaire ont nourri les débats sur l’agro-industrialisation, permettant aussi d’ouvrir les discussions relatives au développement durable.

Dans son allocution d’ouverture, le vice-président du Nigeria, Yemi Osinbajo, s’est réjoui du thème de la conférence et de la participation de personnalités de haut rang. Et d’indiquer que son gouvernement attendait avec intérêt les résultats de leurs délibérations, qui « seront fort utiles pour l’élaboration d’un nouveau plan de relance économique, dans lequel l’agro-industrialisation jouera certainement un rôle clé. »

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a souligné, dans son discours liminaire, le rôle clé de l’agriculture – qui représente plus de 28 % du PIB de l’Afrique – dans l’accélération de la croissance, la diversification économique et la création d’emploi pour les populations africaines.

« L’agriculture fournit les matières premières de base nécessaires au développement industriel, a-t-il rappelé. Les denrées alimentaires comptent pour la plus grande part de l’indice des prix à la consommation et il est crucial de pouvoir fournir des produits alimentaires bon marché pour contenir l’inflation. Quand l’inflation est faible, les taux d’intérêt baissent et les investissements du secteur privé augmentent. Renforcer la compétitivité, l’efficacité et la productivité du secteur agricole est essentiel pour stimuler les économies des régions rurales, où vit la majorité de la population du continent africain. L’avenir de l’Afrique dépend de l’agriculture. »

Deux études ont remporté les suffrages lors de l’examen final des organisateurs de la conférence. La première place est revenue à Mintewab Bezabih, de la School of Economics and Political Science de Grande-Bretagne, Remidius Ruhinduka de l’université de Dar es Salaam en Tanzanie et Mare Sarr, de l’université de Cape Town en Afrique du Sud, pour leurs travaux présentés lors de la conférence et intitulés « Climate change perception and system of rice intensification (SRI) in Tanzania:A moment approximation approach » (« Perception du changement climatique et système de riziculture intensive (SRI) en Tanzanie : une approche selon la méthode du moment »). La deuxième place est attribuée à l’étude intitulée « Greenhouse Gas Mitigation in the Agricultural Sector: Win-Win or Trade-Off among Small Farmers from West Africa? » (« L’atténuation des gaz à effet de serre dans le secteur de l’agriculture : formule gagnant-gagnant ou compromis pour les petits agriculteurs d’Afrique de l’Ouest ? »), écrite et présentée par Tiertou Edwige de l’université de Cheikh Anta Diop au Sénégal et Bruno Barbier du Centre de recherche d’économie appliquée (CREA) au Sénégal.

Durant trois jours, la conférence a rassemblé d’éminents orateurs, dont Eric Maskin, professeur d’économie à Harvard et co-lauréat du prix Nobel 2007 ; Xiaobo Zhang, professeur d’économie et directeur de recherche à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) ; Chris Barrett, professeur d’économie appliquée à l’université Cornell ; et Paul Amaza, professeur de médecine à l’Université de Jos au Nigeria.

Parmi les autres participants de haut rang figuraient – entre autres –, Cho Gyoung-Rae, secrétaire général de l’Initiative de coopération pour l’industrie et l’agriculture de la Corée et de l’Afrique (KAFACI) ; Charles McClain, ministre adjoint de l’Agriculture pour la Planification et le Développement au ministère de l’Agriculture du Libéria ; Henry Eyebe Ayissi, ministre de l’Agriculture et du Développement rural du Cameroun ; et Godwin Emefiele, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria.

La 12e Conférence économique africaine aura lieu à Addis-Abeba, en Éthiopie, en décembre 2017.