La troisième édition du Rebranding Africa Forum a vu le Burkina Faso à l’honneur à travers la présentation de son Plan National de Développement Economique et Social. Pour Rosine Sori Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Développement, le Pays des hommes intègres est de retour dans l’agenda des investisseurs. Entretien.

Comment évolue le Burkina Faso depuis l’avènement du gouvernement démocratiquement élu?

Je voudrai d’abord relever l’opportunité qui nous a été offerte à l’occasion du Rebranding Africa Forum. Le deuxième jour de cette rencontre de haut niveau était consacré au Burkina Faso. Il s’agissait de montrer les efforts accomplis au niveau du pays depuis l’insurrection populaire et l’avènement d’un gouvernement démocratique. 
 D’abord sur le plan de la gouvernance politique, le pays s’est résolument engagé dans la voie démocratique. Le Président de la République a été félicité par son principal challenger dès la proclamation des résultats des présidentielles. Le cycle électoral a été bouclé par des élections législatives et locales non contestées. Ça, c’est au niveau de la gouvernance politique. En outre, des institutions ont été mises en place pour favoriser la réconciliation nationale. Mais l’aspect qui a été discuté lors de ce forum est la gouvernance économique, c’est-à-dire les questions économiques et la bonne gestion des affaires publiques. 

Nous avons montré effectivement, à travers les différents indicateurs macroéconomiques, que quand bien même le pays a traversé des séries de crises pendant deux ans, la croissance économique qui était faible en 2014 et 2015 est remonté à 5.5% en 2016. Ceci montre que notre économie a fait preuve de résilience et de bonne gestion.

Nous avons essayé , au niveau du gouvernement, sous le leadership de son excellence Roch Marc Christian Kaboré, de rationaliser les dépenses publiques. Je ne veux pas parler de réduction du train de vie de l’Etat mais de rationalisation des dépenses publiques. Le but c’est de s’assurer que les ressources publiques sont utilisées là où elles doivent l’être. Les budgets que nous élaborons doivent répondre aux besoins des populations.

Dans son architecture, le PNDES sera financé à hauteur de 64% par des ressources internes . Pouvez-vous nous en expliciter la provenance ?

Le PNDES 2016/2020 s’articule autour de trois axes. Le premier concerne la gouvernance. Le second se focalise sur le capital humain dans un contexte de forte demande sociale.La population doit être en bonne santé et accéder à l’éducation, donc à des services sociaux de base. Le troisième axe concerne la transformation structurelle de notre économie restée arriérée et agricole.

Nous pensons changer la situation et inverser la tendance actuelle où 40% de notre population vit en dessous du seuil de pauvreté. Nous avons pensé que si nous continuons sur ce trend, avec une population qui s’accroit à un rythme de 3.1% par année, cela ne permet pas effectivement d’avoir de la valeur ajoutée et surtout de la redistribuer aux couches vulnérables. Le troisième axe est important et nous mettrons tous nos efforts pour réduire les facteurs bloquants à l’instar des coûts de production de l’énergie et améliorer les infrastructures de base.

Le coût global du PNDES s’élève à plus de 15.000 milliards de FCFA. Le montant sera financé à hauteur de 64% par les ressources propres car nous avons décidé de cultiver le civisme fiscal et de nous assurer que les Burkinabés eux même contribueront au financement de leur propre développement. Maintenant, le complément, soit les 36% restants que nous allons rechercher, sera mobilisé à l’occasion de notre rencontre avec les partenaires à Paris prévue les 7 et 8 décembre. Nous espérons obtenir du succès en mettant en avant la bonne gestion de notre pays. La vision gouvernementale est bien claire. J’espère que les amis du Burkina Faso répondront à cet appel et nous accompagnerons dans ce projet de développement économique et social. 
Le secteur privé Burkinabé est-il partie prenante de ce PNDES ?

Bien sûr, le secteur privé est impliqué car lorsqu’on parle de création de richesse, c’est le secteur privé qui est concerné. Durant les rencontres du Rebranding Africa Forum, nous avons pu rencontrer le secteur privé étranger et la diaspora qui ont tous répondu favorable. Au Burkina Faso, nous maintenons le dialogue avec les promoteurs privés locaux pour leur dire qu’il faut qu’ils saisissent l’occasion de ce nouveau plan de développement économique et social. Dans ce cadre, nous avons déjà identifié une liste de projets structurants et porteurs. 

L’on assiste à un affaissement des IDE vers l’Afrique d’une manière générale. Qu’est-ce que votre gouvernement fait pour maintenir et attirer plus d’investissements ?



Il n y a pas de secret pour attirer les investisseurs. Il faut avant tout les sécuriser et les rassurer sur la transparence des procédures. Un partenaire qui vient chez vous doit être rassuré en matière de cadre juridique. Les lieux d’arbitrage et les tribunaux qu’il faudra saisir en cas de conflit doivent être spécifiés. Il faut aussi rassurer l’investisseur que les infrastructures de base sont disponibles. Il faut le rassurer qu’il y a la disponibilité de la main d’œuvre qualifiée. Dans le PNDES, nous comptons mettre toutes ces choses en place pour offrir à tous les investisseurs des garanties solides pour réussir et rentabiliser leurs projets. Nous sommes en train de mettre en place une politique sécuritaire avec nos partenaires et pays voisins afin que la zone du Sahel soit plus que sécurisée contre les malfaiteurs et terroristes. Ce qui, à mon avis, permettra de booster les investissements directs et indirects dans notre pays.

 

Propos recueillis par Dia El Hadj Ibrahima

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