Par Jean Mermoz KONANDI.
Après le scandale des déchets nucléaires enfouis dans les zones désertiques du continent, l’Afrique vit un autre et énième scandale qui a ceci de particulier qu’il revêt l’apparence de la légalité. Des négociants suisses, Vitol, Addax & Oryx ou encore Trafigura, ont mis en œuvre toute une industrie de carburant toxique en direction de l’Afrique, multipliant les profits sans égard pour les risques encourus. Quelle suite sera-t-il donné à ce scandale ? 

Il ne s’agit pas uniquement de résidus extraits des fonds d’entrepôts de stockage des raffineries en Occident, mais de substance expressément fabriquée, répondant aux « standards africains ».

 « (..) Les négociants suisses ne se contentent pas de vendre du diesel et de l’essence toxiques ; ils les fabriquent à dessein, en mélangeant divers produits pétroliers semi-finis à d’autres substances pétrochimiques afin de créer ce que l’industrie appelle « la qualité africaine » relève Public Eye dans son rapport. Une qualité qui contient « « jusqu’à 378 fois plus de soufre que la teneur autorisée en Europe » et « contiennent d’autres substances très nocives, comme du benzène et des aromatiques polycycliques, à des niveaux également interdits par les normes européennes ».

 

L’on enregistre déjà la réaction d’une des firmes indexées qui soutient ne rien se reprocher, arguant que ces carburants sont bel et bien conformes aux exigences africaines. Certes, mais des centaines de millions de vie sont quotidiennement exposées « à dessein » à des substances cancérigènes – « les gaz d’échappement du diesel sont classés cancérogènes par l’OMS » – dans une région où « les maladies respiratoires représentent déjà un problème majeur », note l’ONG.

 

Il s’agit pourtant de firmes qui ont pignon sur rue en Afrique ; « certains ont acquis d’importants réseaux de stations-service » sur le continent. Trafigura (responsable du déversement des déchets toxiques à Abidjan) par exemple négocie la reprise des stations Petroci avec l’Etat ivoirien.

 

Dans ces conditions, les regards ne peuvent alors que se tourner vers les gouvernants africains. Où était l’Afrique quand l’Europe s’employait à ériger des standards stricts sur le carburant à commercialiser sur son territoire ? Bien sûr, surfant sur nos complexes de sous-développés, l’on a pu considérer que c’était des manies de riches ou encore avons pensé au reflexe du Blanc qui érige des barrières pour enrayer toute possibilité pour nous de leur exporter un jour du pétrole raffiné. A tel point que l’on n’a pas jugé nécessaire de s’aligner ou du moins d’approcher ces normes. Et les conséquences sont certainement graves et irréversibles.

 

Depuis quand, doit-on s’interroger, dure un tel scandale ? Ces firmes conscientes du tort qu’elles causaient à l’environnement et aux populations du continent, peuvent-t-elle s’en tirer à bon compte après avoir ainsi nargué tant de citoyens africains, sans assumer pleinement les conséquences de leur actes ?

 

Que comptent faire les Etats concernés ? Et l’on peut même s’interroger sur les réactions d’organisation sous régionales telles la CEDEAO ou encore l’Union africaine, tant il est vrai que ces multinationales sont, comme c’est le cas de la multinationale Trafigura, plus puissantes que nombre des Etats concernés ?

 

Un autre point d’interrogation et non des moindres : et s’il ne s’agissait là que de la partie émergée de l’iceberg ?

 

Nos Etats sont le réceptacle de produits de toute sorte et de toute origine avec des normes locales, l’on s’en rend compte, loin d’être les plus exigeantes. Des failles que pourraient exploiter si ce n’est déjà fait des industriels et non des moindres.

 

Plus inquiétant encore est l’idée de penser qu’il y ait probablement des « qualités africaines » pour les produits alimentaires que l’on importe, des produits dont personnes ne voudra sous d’autres cieux. Des produits congelés (poissons, volailles, carcasse de bétail etc.) Des boissons en passant par le riz, la tomate, les conserves etc., dont on peut aujourd’hui légitimement se demander s’ils font l’objet de contrôles poussés pour en garantir la comestibilité sans risque.

 

En Côte d’Ivoire par exemple, à la faveur de cette rentrée scolaire, l’on pourra retrouver aux abords des écoles primaires des quartiers populaires des boissons sucrées et friandises de toutes les couleurs imaginables, aux goûts suspects, vendus à vils prix à des bambins. Sur les emballages, l’on pourra trouver des écritures en anglais, chinois, arabe, hindi, etc., de quoi s’en inquiéter.

 

Comme le préconise Public Eye, il faut réviser les standards au niveau des Etats. Mais, vu les pressions qui pourraient prendre forme de la part de lobbying pour préserver leurs intérêts, il est certainement temps de songer à mettre en place à l’échelle du continent de vraies « standards africains ». Reste à faire l’unanimité sur la question.