L’Afrique doit anticiper/
La formidable chute de la Bourse de Shangaï, le lundi 24 août, confirme le vieil adage des boursicoteurs: les arbres ne peuvent pas monter jusqu’au ciel. Avant ce lundi noir, la place chinoise avait gagnè 150% en un an, dopée par l’endettement massif.
La violence de la déflagration des marchés actions (-8,5% à Shangaï) n’a eu d’égal que la rapidité avec laquelle les principales places financières ont recouvert leurs pertes.
Mais, en dépit de ce retour à la normale, les grands fonds d’investissements continuent de se désengager des actions pour les obligations. La probable hausse des taux d’intérêts de la FED complique la donne en donnant lieu à plusieurs mouvements d’anticipation sur le couple dollar/euro qui devrait évoluer au profit du premier bien que le second reste tributaire d’une balance commerciale excédentaire. D’autres spéculateurs parient sur la hausse de l’once d’or qui avait baissé de 3,35 lors de la réévaluation des taux américains en 2004.

Ainsi, cette probable hausse fait le jeu de la monnaie américaine, le dollar, qui s’apprécie à l’heure même où Pekin, fidèle à sa doctrine de la dévaluation compétitive, déprécie sa monnaie pour booster ses produits à l’export. Cette guerre doctrinaire est loin, à notre avis, de remettre en cause le concubinage entre le communisme et le libéralisme. Pekin continue de nourrir une boulimie habituelle pour les bons de trésor américains. Les deux puissances sont au moins d’accord sur une chose: maintenir le baril de pétrole et les métaux de base le plus bas possible. En faisant jouer les gaz de schistes et en exploitant son propre pétrole, les USA réduisent considérablement l’influence de l’OPEP confondue en un sérieux dilemme: baisser les quotas, synonyme d’une baisse de parts de marchés dans la production mondiale ou les maintenir au risque de contribuer à la chute des cours.
C’est ce dernier choix qui a été préféré avec des conséquences aux dimensions géopolitiques certaines. Le pétrole bon marché fait le jeu des saoudiens forts des coûts de production les plus bas de la planète. C’est une manière de freiner sans doute le retour en force de l’Iran, grand sponsor du syrien Bachar Al Assad, et, pourquoi pas, de la Russie, dont la main mise sur la crise ukrainienne est totale.
Face à ces fluctuations et à la variabilité des données, l’Afrique doit rompre avec l’attentisme et anticiper aussi sur les hausses et les baisses des taux d’intérêts, des devises et des matières premières dont le pétrole, recommande le financier Papa Diallo dans un entretien avec Financial Afrik.
Il faut en quelque sorte, pour paraphraser Socrate à propos des rois et des philosophes, que les gestionnaires du Trésor deviennent traders ou que les traders deviennent gestionnaires du Trésor. La gestion statique des Budgets qui a encore cours en Afrique ne correspond pas à la fluidité et au dynamisme des marchés.

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