C’est une annonce aux résonances historiques pour le système financier guinéen. À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de la monnaie nationale célébrée le 1er mars 2026, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, a officiellement déclaré que son institution avait amorcé le processus de création d’une bourse nationale de valeurs mobilières dans le cadre d’une perspective de diversification des sources de financement de l’économie. Un projet structurant, longtemps attendu, qui ambitionne de transformer en profondeur l’architecture du financement de l’économie guinéenne.
L’objectif affiché par la BCRG est clair : offrir aux entreprises et à l’État guinéen un accès à des ressources de long terme, libellées en francs guinéens, sans exposition au risque de change qui pèse souvent sur les financements extérieurs. Les sociétés pourront lever des capitaux par l’émission d’actions ou d’obligations, tandis que l’État disposera d’un levier supplémentaire pour financer ses programmes d’investissement publics. La future bourse entend également mobiliser l’épargne domestique et s’ouvrir aux investisseurs nationaux et internationaux.
« Dans une perspective de diversification des sources de financement de l’économie, la Banque centrale a initié le processus de création d’une Bourse des valeurs mobilières de la République de Guinée », a déclaré Dr Karamo Kaba dans son discours publié sur le site de l’institution.
Une réforme réglementaire d’envergure, avec l’appui de la BAD
Le projet repose sur une modernisation du cadre juridique et institutionnel existant, jugé insuffisant depuis plusieurs années. La loi de 1997 relative à l’industrie des titres et l’instruction de 2015 sur l’appel public à l’épargne présentaient en effet des lacunes pour permettre l’émergence d’un marché boursier pleinement opérationnel.
Avec l’appui technique et financier de la Banque africaine de développement (BAD), la BCRG a engagé un vaste chantier réglementaire. Un consultant international a été recruté pour adapter la législation aux normes internationales, encadrer l’appel public à l’épargne, définir les règles de supervision du marché et préparer l’introduction de nouveaux instruments financiers. Les premières bases avaient été posées lors d’un atelier national tenu en décembre 2022, consacré à la révision de la loi sur le marché des valeurs mobilières.
Un projet vieux de trente ans, enfin relancé
L’idée d’une bourse à Conakry n’est pas nouvelle. Dès novembre 1997, une loi avait été adoptée pour poser les fondements de la « Bourse des valeurs de Conakry ». Mais le projet avait rapidement capoté: instabilité macroéconomique, inflation galopante, politique budgétaire expansionniste et défiance du secteur privé avaient eu raison de l’initiative.
Près de trois décennies plus tard, les autorités relancent le chantier dans un contexte profondément transformé. Les réserves de change brutes se sont consolidées à 3,69 milliards de dollars à fin 2025 (soit 4,39 mois d’importations), contre seulement 1,44 milliard un an auparavant. Le franc guinéen est resté stable et la Guinée satisfait désormais aux quatre critères de convergence macroéconomique de la CEDEAO, essentiels au lancement de la future monnaie unique africaine.
Le maillon manquant du système financier ?
La création de cette bourse nationale s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation du système financier guinéen, qui comprend également la mise en place d’un système de paiement instantané (SPI), la digitalisation des transactions et la réforme de la centrale des risques. Selon la BCRG, cet écosystème financier rénové doit permettre de soutenir la croissance, de renforcer la résilience économique du pays et, à terme, de consolider sa souveraineté financière.
La Guinée, forte de ses ressources naturelles exceptionnelles — dont le gigantesque projet minier Simandou — ambitionne désormais de se doter des infrastructures financières à la hauteur de son potentiel économique.


Un commentaire
C’est une meilleure initiative pour aider non seulement aux populations voulant investir dans le longtemps et aux entreprises et Etat guineen d’avoir accès au financement en fin de mobiliser des ressources financières importantes pour financer leurs projets.