Par Safietou DIALLO.


Présente à Nouakchott lors de la quatrième édition des Financial Afrik Awards (#4FAA) sur le thème de « l’Afrique en 2050 », madame Safietou Diallo, cadre financier senior à la Sénelec (Société d’électricité du Sénégal), a livré sa vision de la transition énergétique en Afrique et de l’évolution de l’industrie électrique.


L’industrie électrique a subi des mutations spectaculaires depuis sa création il y a un siècle. Jusqu’à récemment, la production, la vente et le management des opérateurs électriques étaient assez simples et les plans à LT étaient exécutés sans trop de risques. La demande évoluait avec le taux de croissance de l’économie et les monopoles étaient la règle et enfin le consommateur n’était pas un acteur clé et n’avait pas le choix de ses sources d’énergie. Ce modèle n’existe plus depuis près d’une décennie. En effet, la révolution numérique et la transition énergétique ont modifié profondément la trajectoire du secteur électrique qui produit ce bien si vital à notre économie et à notre vie. Cette transition énergétique est impulsée par :


 la décentralisation avec les mini grid et les installations off grid ;
 l’urgence climatique, voire écologique pour un mix énergétique plus propre avec zéro émission de CO2 en ligne avec la cop 21 ;
 une exigence pour une énergie bon marché et de qualité ;  
 les réformes institutionnelles avec la libéralisation et l’accès des tiers au réseau de transport.

La pression pour les énergies renouvelables 

Ce sont des énergies intermittentes qui rendent plus difficile la gestion des réseaux et de l’équilibre entre l’offre et la demande. Malgré la baisse tendancielle des coûts du solaire, seules les solutions de stockage innovantes longue durée ou BESS (batterie Energy storage system), combleraient le vrai défi qui limite l’intégration des énergies renouvelables et leur développement.

Le Sénégal vers l’accès universel en 2025-2030

Le sénégal a un ambitieux programme d’accès universel en cours pour 2025 et les objectifs d’accès pour tous des Nations unies sont fixés aussi pour 2030. En 2050, l’Afrique comptera 1.2 milliards d’habitants et sera le continent le plus peuplé du monde. Elle comprendra 3 mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants, à savoir le Caire Lagos et Kinshasa. A ce rythme et malgré tous les efforts et les investissements en cours, une étude de l’AIE 1 (agence internationale de l’Energie)
prévoit que l’Afrique subsaharienne comptera près de 400 millions d’habitants qui
n’auront toujours pas accès à l’électricité !

L’innovation technologique doit introduire de nouvelles solutions à la transition énergétique. Le système traditionnel top down très centralisé pourrait être ainsi complété par les mini grid avec des réseaux locaux pour accélérer les taux d’accès surtout dans les zones rurales. Les consommateurs deviennent plus autonomes avec la technologie ( i.o.t , objets connectés Big data) et seront ainsi des acteurs qui vont interagir avec les opérateurs à travers le développement des réseaux intelligents ou smart grids . C’est l’histoire du mobile phone qui se répète ?

Réussir la transition énergétique


Le solaire et le gaz vont remplacer le charbon et le pétrole. L’arrivée du First gaz au Sénégal devenu un pays de ressources pétrolières et gazières permettra de développer 4 centrales au gaz naturel et au GNL au total près de 1000 MW en 2025. Plusieurs projets de stockage pour le renouvelable pour 100 MW sont aussi en cours de déploiement.

La flexibilité remplace progressivement la rigidité habituelle production transport distribution bien connue avec les réformes en cours et le marché devient interconnecté (la CEDEAO en est un exemple). Il accueille de nouveaux entrants, crée des groupes avec des filiales, s’appuie sur de nouvelles technologies créant un nouvel écosystème dynamique parfois intégrant le secteur privé dans le capital des entreprises du secteur électrique. La production est presque à 60 % privée déjà pour le cas du Sénégal avec 30 % de part pour les énergies renouvelables solaire et éolienne dans le mix énergétique. Le Cameroun dispose d’un mix énergétique composé à 80 % d’hydroélectricité,
14 % de gaz et 6% d’énergie solaire éolienne et biomasse. La Guinée elle, se positionne pour exporter l’électricité dans la sous-région dans le plan du WAPP (West african power pool) et le Sénégal prévoit en 2025 une part de 60 % pour le gaz permettant une baisse de 25 % du coût du KWh.

La révolution numérique : Et le futur sera forcément électrique

L’alliance entre Le numérique et l’électricité aussi bien dans les pays développés que dans les plus petits pays avec la digitalisation du secteur électrique est au cœur du nouveau modèle vers un secteur électrique plus smart jusqu’à la consommation. Mais vice versa, l’électricité transversale est l’énergie de l’économie numérique et a de bons jours devant elle (Data center, smart phones.). En 2050, les besoins vont fortement augmenter avec les usages tant sur le plan industriel que dans les services selon l’IAE.

Une gestion plus complexe mais offrant de nouvelles opportunités futures 


Ces changements vont introduire plus de risque dans la gestion des sociétés d’électricité qui sont dans des systèmes régulés parfois à différents niveaux national et régional mais offriront plus d’opportunités pour les dirigeants mais aussi de grosses adaptations pour préparer le futur et offrir peut-être de nouveaux services au consommateur et une nouvelle relation au client ? La transition
énergétique nécessitera des décisions stratégiques au plus haut niveau pour de nouvelles perspectives dans le futur car les besoins d’investissement sont énormes pour combler le gap estimé à 40 milliards de USD annuels pour l’Afrique subsaharienne. Sur les 48 GW de production installée des pays africains, l’Afrique du Sud dispose de la moitié. (Source : étude prof Eberhard Afric du sud).

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