A la Une A propos de Joe Biden

[L’Apostrophe de Majid Kamil*] A propos de Joe Biden

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Majid Kamil est banquier, ancien diplomate et  passionné de littérature.   Sa chronique “Apostrophe” publiée régulièrement dans Financial Afrik, décortique l’actualité de l’Afrique et du monde à travers les  dernières parutions (livres et essais).


Ce 20 Janvier 2021, Joe Biden est devenu officiellement le 46° président des Etats-Unis. Que sait-on réellement du nouveau locataire de la Maison Blanche, outre qu’il a été pendant huit ans le Vice-Président de Barak Obama ? Sonia Dridi, correspondante de France 24 aux Etats-Unis, vient de publier, aux éditions du Rocher (France) «Joe Biden. Le pari de l’Amérique anti-Trump». Biden, rappelle la biographe, est souvent décrit comme un personnage sans charisme. C’est ‘’average Joe’’, (‘’monsieur tout le monde’’ en anglais), voire ‘’Sleepy Joe’’ (‘’Joe l’endormi’’), surnom dont l’avait affublé Donald Trump. Il est également réputé pour ses gaffes en tout genre.

En réalité, le personnage est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. Doté d’une extraordinaire force de caractère, il est, face aux épreuves, « l’homme des résurrections », pour reprendre le constat de l’auteure. Ainsi, lors de la dernière campagne électorale, les analystes politiques l’enterrent dès le début des primaires démocrates. Ses premiers scores sont calamiteux, et même humiliant, surtout pour un personnage de son envergure. La biographe rapporte ce conseil du journal Business Inseder : « Abandonne Joe Biden. Le New Hampshire prouve que tu es fini ». Mais lui ne se décourage pas, s’accroche, se bat. Le succès en Caroline du Sud relance sa campagne. On connait la suite. Sur le plan personnel, il connaitra des épreuves dont beaucoup ne se seraient pas relevés. C’est un enfant bègue. « Je craignais que le bégaiement soit mon épitaphe » dira-t-il plus tard. A force de volonté, il surmonte ce handicap. Selon sa sœur Valérie, son bégaiement a été formateur. « Il savait ce que c’était d’être différent et d’être la cible de moqueries ».

En 1966, Joe Biden épouse Neilia Hunter. Ils ont trois enfants, deux garçons et une fille. Tout lui sourit. Il est élu Sénateur alors qu’il n’a pas encore trente ans. Mais le 18 décembre 1972, c’est le drame. Pendant qu’il est en déplacement à Washington, sa femme et sa fille sont tuées dans un accident de voiture. Ses deux garçons sont blessés. Pour pouvoir être auprès de ses enfants, il fera, tous les soirs « le trajet de de soixante-quinze minutes entre Washington et Wilmington ». Il maintiendra cette organisation pendant trente-six ans, au point d’être surnommé « Amtrak Joe », du nom de la compagnie ferroviaire. En 2015, son fils Beau, procureur, ami de Kamala Haris, promis à un brillant avenir, décède d’un cancer. Son autre fils, Hunter, est accro à la drogue. Ses frères trempent dans des affaires louches. Heureusement sa seconde épouse, Jill, sa fille Ashley et sa sœur Valérie, son « roc », comme il la qualifie, sont là pour le soutenir et l’accompagner. Politiquement, on pourrait le qualifier de ‘’centriste progressiste’’. Centriste, celui qui fut sénateur pendant 37 ans, « s’inspire du Delaware Way, soit l’art du compromis », comme l’explique l’auteure. Celle-ci rapporte les propos d’un collègue et ami de Biden, qui souligne que « dans le Delaware, on n’est pas toujours d’accord en politique, mais on est en général d’accord sur les principes ». Progressiste, indiscutablement.

Après ses études, il travaille dans un cabinet d’avocats d’affaires. Mais, note sa biographe, « il se rend rapidement compte que défendre les grandes entreprises ne répond pas à sa vocation ». Il rejoint un cabinet d’avocats commis d’office, dont quatre-vingt- dix pour cent des clients sont des afro-américains. Son engagement pour l’égalité n’est ni superficiel, ni circonstanciel. Le très respecté sénateur Jim Clyburn, également président du black caucus, aura d’ailleurs, lors des primaires démocrates, cette phrase qui ‘’marquera les esprits’’, selon Sonia Dridi : « Nous connaissons Joe Biden. Mais ce qui est plus important, c’est que Joe Biden nous connait ». « Depuis son élection (au sénat), il a fait de la politique internationale une priorité ». Et c’est tout naturellement qu’il rejoint la puissante commission des affaires étrangères en 1975. Mais il continue à travailler sur les questions de droits civiques. Il intègre la commission judiciaire du Sénat en 1977 et en devient le président en 1987. Progressiste, Bident est également un défenseur de la classe moyenne aux USA. « Middle class Joe » (un autre surnom), est fier de se présenter comme un des élus les plus pauvres du congrès. L’auteure rappelle qu’il a débuté avec un salaire de 42.500 dollars annuels, revenus qui monteront à 174.000 dollars lors de ses dernières années en tant qu’élu. « Il devient en 2008 le vice-président aux moyens les plus modestes, avec une fortune nette estimée à moins de 150.000 dollars » note-t-elle.

Après deux échecs à l’élection présidentielle, Barak Obama lui propose de devenir son Vice-président. Il hésite. « Je n’ai jamais eu de patron » explique-t-il à sa femme Jill. Ce à quoi elle lui répond « allez Joe, grandis un peu ». Lorsqu’il finit par accepter, sa fille Ashley, très enthousiaste, lui dit « Papa ce qui se passe c’est l’espoir et c’est historique ». Avec beaucoup d’humour Biden répond, « oui lui c’est l’espoir et moi c’est l’Histoire ». Désormais Joseph Robinet Biden est président des Etats Unis. Dans ses mémoires, Obama rend un hommage appuyé à son intelligence, son calme et sa détermination. Sonia Dridi cite les appréciations élogieuses de deux de ses prestigieux adversaires. Pour Lindsay Graham, « si vous n’aimez pas Joe Biden en tant que personne, vous avez un problème ». Quant à John Mc Cain, il estime que « Joe Biden est unique ». Le livre de Sonia Dridi est passionnant. Elle nous fait découvrir un homme solide, humainement et politiquement expérimenté, réellement empathique du fait de son histoire personnelle. Les mesures prises dès le premier jour de sa présidence sont encourageantes

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