Commentaire de Imani Center: 3 risques pour la côte d’Ivoire en vue des élections présidentielles de 2020

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Le Think Tank Imani Francophone, extension du Think Tank Imani Center for Policy and Education basé au Ghana, livre ici une analyse du risque politique Côte d’Ivoire à moins de 55 jours des élections présidentielles.


Jeudi 6 août, le président ivoirien Alassane Ouattara, qui avait renoncé à se présenter, a annoncé sa candidature à la présidentielle du 31 octore 2020. Cette annonce vient après la mort du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le candidat annoncé du parti au pouvoir. L’opposition juge un troisième mandat du président Ouattara, élu pour la première fois en 2010 et réélu en 2015, illégal. Même si la constitution ivoirienne adoptée en 2016 limite le nombre de mandats présidentiels à deux, le président Ouattara et le parti au pouvoir (RHDP) considèrent l’adoption d’une nouvelle constitution comme une remise à zéro du compteur, rendant ainsi le président sortant éligible pour se présenter à nouveau. Cette élection présente à nouveau des risques clés pour la Côte d’Ivoire.

Crise sécuritaire 

Les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel continuent d’être frappés par des violences terroristes et insurrections intercommunautaires sans précédent, qui visent des cibles civiles et militaires. Les conséquences humanitaires sont énormes. 

Une chronologie des toutes récentes attaques dans la sous-région 

  • Le 14 juin, au Mali, une embuscade du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda a eu lieu dans la région de Diabaly, au nord de Ségou. 24 soldats de l’armée malienne sont tués, trois sont portés disparus.
  • Le 13 juin, au Nigeria, deux localités du nord-est ont subi les attaques de l’État islamique du Grand Sahara (EIGS) tuant au moins 50 personnes selon les rapports officiels.
  • Le 10 et 11 juin, en Côte d’Ivoire, une base des forces de sécurité ivoiriennes a été attaquée par des dizaines d’hommes armés dans l’extrême-nord du pays, faisant 12 morts et 6 blessés. 

Le 9 juin, au Nigeria, une attaque de l’EIGS dans le district de Gubio, dans l’État de Borno, fait au moins 59 morts.

  • Le 29 et 30 mai, au Burkina Faso, au moins 50 personnes, civiles et militaires, ont été tuées dans une série d’attentats attribués à des « assaillants », dans l’est et le centre du pays.

Pour la Côte d’Ivoire et par extension ses voisins côtiers, le risque d’instabilité sécuritaire serait intensifié autour de l’élection présidentielle de fin 2020, alors que les autorités et les forces de sécurité se concentrent sur l’organisation et le contrôle des évènements électoraux.

Instabilité politique 

L’intention d’Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat présidentiel, entre autres, a hautement contribué à l’intensification du climat politique ces dernières semaines. Les protestations depuis l’annonce se multiplient et l’opposition a décrié à plusieurs reprises la composition de la commission électorale indépendante (CEI), la jugeant déséquilibrée.

Il faut noter que toutes les élections présidentielles en Côte d’Ivoire depuis 1994 ont été marquées par des violences perturbatrices, à l’exception de celle de 2015.

Instabilité politique 

Guillaume Soro, l’ancien syndicaliste et chef rebelle ivoirien en exil et l’ancien président Laurent Gbagbo ont tous deux été radiés des listes électorales. Les parties loyales à Soro dans l’armée et sa capacité à mobiliser des forces rebelles pourraient contribuer au risque d’instabilité politique. Par ailleurs, le président sortant a saisi un plus grand contrôle des dépenses militaires et a promu plusieurs anciens rebelles à des postes de haut niveau afin de neutraliser leur influence à l’externe du gouvernement. Ceci n’élimine pas la possibilité de déployer ces forces à l’encontre de l’opposition en cas de contestation des résultats des élections, ce qui risque de mettre les évènements postélectoraux hors de contrôle. 

Ralentissement économique 

L’économie de la Côte d’Ivoire a connu une croissance de l’ordre de 8% entre 2011 et 2018. Les facteurs qui ont contribué à cette croissance incluent la normalisation politique, l’amélioration de l’environnement des affaires, un programme de réformes cohérent et une politique budgétaire favorable. En 2019, même si la croissance s’est ralentie, elle s’est établie à 6,9% grâce aux activités dans les secteurs du transport (portuaire et aérien) et de l’agriculture et aux dynamismes qu’ont connus les industries extractive et agro-alimentaire. D’un point de vue sociopolitique, le ralentissement de la croissance en 2019 s’explique par le fait que les acteurs économiques attendent 2020.

Du fait de l’impact de la pandémie de la COVID-19, la croissance devrait freiner et tomber à 2,7% en 2020. Elle pourrait rebondir à 8,7% en 2021 selon le Fonds Monétaire International. 

Si les tensions liées au processus électoral persistent et que les élections ne sont pas bien organisées, il faut s’attendre à des affrontements entre partis politiques qui auront un impact négatif sur l’économie.  La crise postélectorale de 2010-2011 avait fait au moins 3 000 morts selon les rapports officiels.

Pour éviter une répétition des évènements de 2010-2011, le défi immédiat pour la Côte d’Ivoire est de mettre en place des mécanismes pour le bon déroulement des élections dans des conditions acceptables par tous les partis, surtout en ce qui concerne la recomposition de la CEI, la transparence et l’ouverture du processus pré et postélectoral, la libération des proches de Guillaume Soro, qui sont en détention depuis décembre 2019, entre autres.

 

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