Côte d’Ivoire: Amadou Gon Coulibaly, le dernier des fidèles de Ouattara

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« Je suis fier de dire que Amadou Gon a été de tous les combats. Comme Henriette, il a fait la prison, et sa loyauté n’a jamais failli. Amadou Gon sera le candidat du parti », clamait le président du Rhdp, Alassane Ouattara, le 13 mars dernier.

Décédé, mercredi 8 juillet à Abidjan à l’âge de 61 ans, Amadou Gon Coulibaly était l’un des plus fidèles lieutenants du Président Alassane Ouattara, qu’il aura servi pendant 30 ans. Portrait d’un fidèle des fidèles.


Par Mireille Patricia Abié, Abidjan.


«Amadou est plus qu’un collaborateur, plus qu’un frère, c’est un fils !» avait déclaré le président Alassane Ouattara, en mars dernier lors de la désignation de Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP, le parti au pouvoir, à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. 

Par cette déclaration le chef de l’Etat mettait ainsi fin aux spéculations sur ses intentions de vouloir briguer un troisième mandat. Mais ce que la sphère politique ivoirienne a surtout retenu de ce choix, c’est qu’au-delà des qualités de technocrate qu’on lui reconnait,  le nom d’Amadou Gon Coulibaly rime surtout avec loyauté envers Alassane Ouattara. Car entre ces deux personnalités c’est ‘’ une histoire d’amour’’ qui dure depuis une trentaine d’année.

C’est en effet dans les années 90 que les chemins des deux hommes se sont croisés. Fils de Gon Coulibaly, député sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny, Amadou Gon Coulibaly, surnommé le ‘’Lion’’ est issu d’une famille sénoufo (ethnie du nord ivoirien) très impliquée dans la politique du pays. Son arrière-grand-père, Péléforo Gbon Coulibaly, était en effet, le chef suprême des Sénoufos et un proche du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny.

Il fait ses études à l’École des travaux publics de Yamoussoukro et obtient en 1982 son diplôme d’ingénieur. Amadou Gon commence sa carrière en tant qu’ingénieur de la Direction et contrôle des grands travaux (DCGTx) en 1983. Il y est recruté par Antoine Cesareo.  C’est durant cette période qu’il rencontre Alassane Ouattara. En 1990, lorsque que ce dernier devient Premier ministre de Côte d’Ivoire, Amadou Gon intègre son cabinet.

Au sein de ce cabinet, il est conseiller technique chargé des programmes d’ajustement sectoriel, des entreprises publiques et des projets d’investissements publics dont le gisement gazier de Foxtrot. En 1993, après la mort du président Felix Houphouët-Boigny et le départ d’Alassane Ouattara de la Primature ivoirienne, il revient à la DCGTx en tant que directeur adjoint. Fidèle à Alassane Ouattara,  Gon Coulibaly quitte le PDCI et fait partie, au milieu des années 1990, des fondateurs du Rassemblement des Républicains (RDR) dans lequel il occupe ensuite plusieurs fonctions au sein du comité central et  est élu député à l’Assemblée nationale de 1995 à 1999 ; puis maire de la ville de Korhogo en 2001. 

Les deux hommes se vouent une confiance sans faille. Si bien que malgré la transplantation du cœur qu’Amadou Gon Coulibaly a subi en 2015, Alassane Ouattara n’hésitera pas à lui confier, deux ans plus tard, la tête du Gouvernement ivoirien. Le 10 janvier2017, il devient donc Premier ministre, Chef du Gouvernement et ministre du Portefeuille d’Etat de Côte d’Ivoire.  A ce poste,  Amadou Gon Coulibaly met notamment en œuvre les projets de rénovation des infrastructures à Abidjan ainsi qu’un vaste programme social pour améliorer l’accès à l’éducation et à la santé.  Malheureusement, le 2 mai 2020, le Premier ministre ivoirien est évacué en France par vol spécial après un malaise. Officiellement les autorités ivoiriennes parlent d’un ‘’ contrôle médical’’. Il y subit une coronarographie et se fait poser un stent. Il est ensuite opéré une seconde fois en juin. Son absence initialement estimée à plusieurs semaines se prolonge donc jusqu’à son retour à Abidjan, le 2 juillet 2020.

A son arrivée, il n’hésite d’ailleurs pas à déclarer publiquement à l’endroit de son mentor : «  Monsieur le président je vous aime ». Le lundi 6 juillet 2020,  Amadou Gon Coulibaly reprend officiellement son poste, dont l’intérim a été assuré pendant son absence par Hamed Bakayoko.  Malheureusement ce mercredi 8 juillet, sois deux  jours plus tard, il meurt à la suite d’un malaise survenu pendant le Conseil des ministres, comme un soldat au front. Avec sa mort, Ouattara vient de perdre plus qu’un dauphin, la pièce maitresse de son système, l’ami fidèle indispensable dans la traversée de tout marigot politique.

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