[La Chronique de Adama Gaye*]Afrique: la gifle chinoise

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Adama Gaye est journaliste, auteur de Chine-Afrique: le dragon et l’autruche (éd L’harmattan, Paris, 2005).

Xi Jinping, le President Chinois, a douché les derniers espoirs des dirigeants africains qui comptaient sur lui pour une annulation de leur dette publique. Comme je l’avais dit sur Rfi, voici deux mois, quand j’étais son invité Afrique, dans la très suivie émission de Christophe Boisbouvier, la Chine n’a donc pas joué aux grands seigneurs en organisant, il y a trois jours, un sommet en vidéoconférence avec les pays africains qui a mis son chef d’état, XI Jinping, avec ceux du continent.

Non-événement

La moisson fut modeste, voire décevante, pour les dirigeants africains qui rêvaient d’une générosité du dirigeant chinois face aux effets dévastateurs de la pandémie de la Covid19 sur leurs économies et sociétés. “Rien à signaler”, disent les experts. “Ce fut un non-évènement”. Ce qui le prouve, c’est que les initiatives qui y furent annoncées par XI Jinping étaient principalement des projets déjà connus. Parmi ceux-ci, on peut citer la construction d’un centre pour le contrôle des maladies en Afrique (CDC), à l’image de celui qu’elle a réalisé pour abriter le siège de l’Union Africaine.

Le Sommet a aussi remis au goût du jour les vieilles méthodes d’annulation des prêts chinois à taux zéro arrivant à maturation en 2020. C’est une pratique courante des autorités chinoises mais en l’occurrence les montants en jeu ne représentent qu’une banale fraction des crédits totaux octroyés par la Chine à l’Afrique. On notera que Pékin maintient ses exigences de garanties souveraines en échange de ses prêts. Cela veut dire qu’elle se donne le droit en cas de défaut de paiement, comme elle l’a fait dans certains pays asiatiques, de jeter son dévolu sur des actifs souverains de ses débiteurs africains, notamment leurs ports, aéroports, mines ou réseaux de chemin de fer.

En clair, derrière son discours doux, la Chine reste un dur à cuir, cynique et sans états d’âme quand il s’agit de protéger ses intérêts sur le continent. À la différence de ses interlocuteurs sur place, de vrais enfants de chœur, toujours enivrés par la rhétorique “grand-frériste” qu’il leur tient pour mieux les endormir. Le sommet virtuel qu’elle a organisé en fut un prototype. Déçu de ses résultats, un sinologue estime qu’il ne fut notable, à maints égards, que pour ce qui n’y a pas été dit. C’est ainsi qu’il n’a pas acté de gel à blanc du repayment de la dette au delà de ce qui a déjà été proposé par le G20 (gel temporaire du service de la dette jusqu’à la fin de l’année, sans annulation du stock -le principal- de la dette publique revendiquée par des acteurs comme l’un des promoteurs de cette conférence, le sénégalais Macky Sall).

Bien que Xi Jinping soit favorable à un prolongement du gel sur le repayment de la dette, force est d’observer que cette posture est simplement destinée à amuser la galerie. Elle est pour la façade. Autrement dit, elle n’est rien par rapport aux attentes clamées urbi et orbi par les dirigeants africains. Surtout si on y greffe l’autre grand revers qu’ils ont subi de la part de Pékin: la Chine n’a pas cédé à leur rêve d’obtenir de sa part un soutien financier de stimulation pour affronter la crise. Le plongeon des investissements directs étrangers n’était pas non plus sur la table des pourparlers.

Or, selon la Conférence des nations unies pour le commerce et les investissements (Cnuced), ces flux d’investissements vont se rétrécir de 40 pour cent dans certains pays du continent. On ne peut trouver meilleure preuve que celle-là pour souligner la gravité des menaces d’étranglement des économies africaines qui se profilent. Cobus Van Staden, expert dans les relations sino-africaines, va donc plus loin pour conforter ce que j’expliquais sur Rfi. Il note que la modeste réaction de la Chine, par comparaison à ses annonces de financements lors de précédents sommets du forum de coopération Chine-Afrique (Focac), est la nouvelle normalité dans leurs rapports.

Marge

Tous les China-watchers, qui auscultent de près son état savent que Pékin n’a plus de grande marge de manœuvre pour être généreuse envers le continent africain. Ils savent que la Chine est frappée d’une anémie économique intérieure, avec le tassement de ses réserves en devises, la baisse drastique de son taux de croissance économique tandis que la demande mondiale dont elle dépend pour ses exportations est en berne. Il lui faut aussi faire face à ses tourments dans certaines de ses régions, notamment celles rebelles du Xinjiang et du Tibet, où des minorités locales sont persécutées, en plus de gérer ses tensions dans la mer méridionale, sans oublier ses rivalités avec l’alter-ego asiatique, l’Inde, et l’ennemie planétaire qu’est l’Amérique.

Conclusion: malgré le triomphalisme rhétorique des participants africains à ce sommet virtuel, comme SALL, le silence de la majorité d’entre-eux est la confirmation de son échec. En résumé, ce sommet virtuel Chine-Afrique est un autre coup dur, fatal, au rêve éveillé des promoteurs africains d’une aléatoire annulation de la dette publique du continent. Manifestement, prétexter de la pandémie de la Covid19 pour mendier une telle mesure n’a donc pas été assez pour délier les bourses étrangères. Celles de la Chine est restée fermée… Qui peut s’en étonner quand on sait que l’Afrique est dirigée par des amateurs. Sans compter les petitesses qui alimentent les combats égocentriques entre ceux qu’elle a commis l’erreur de désigner comme négociateurs pour l’annulation de sa dette publique. La bande à Tidjane Thiam, constituée de 5 membres, chargée de cette mission, fait face à l’activisme débordant d’une Vera Songwe, la camerounaise, amie des dictateurs comme Aziz ou Macky, qui se bouscule pour parler à leur place en tant que responsable économie de l’ONU pour le continent.

De vrais chiffonniers et affairistes jouant à la défense des intérêts financiers du continent quand il ne s’agit que de promouvoir leurs carrières (qu’ils tentent de promouvoir en posant des candidatures intempestives à des postes, comme le fait Ngozi Okonjo-Iweala, soudainement rivée vers le poste de directeur général de l’organisation mondiale du commerce (OMC). On soupçonne aussi ces supposés fantastique négociateurs de nourrir des rêves de deals avec les banques d’affaires auxquelles ils sont liés… Triste. Le constat se passe de commentaires. Au milieu de la crise, ces farceurs se battent. Tant pis pour le continent. Les chinois eux ont donné une gifle magistrale, en disant aux dirigeants africains: “ne comptez pas sur nous !”. Ces derniers ont, eux, préféré mentir en faisant croire que tout s’est bien passé. C’est oublier que la techtonique remet les pendules à l’heure en temps réel. Hun hao, tres bien, dit-on en mandarin.

1 COMMENTAIRE

  1. Pourquoi nous sommes toujours en train de compter sur des générosités ? Qu’est-ce qui nous empêche de nous organiser pour être compétitif et éviter de nous faire humilier tout le temps? Reveillons- nous et travaillons. Cessons d’être des mendiants. J’ai l’impression que l’Afrique se plait à être toujours en position de mendiant. Merde

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