Sénégal: corona-polémique autour de la distribution du riz

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Le président Macky Sall lançant, début avril 2020, l'opération de distribution de denrées alimentaires dans le cadre des mesures de riposte à la pandémie du coronavirus.

Moins d’une semaine  après le coup d’envoi donné par le président Macky Sall pour acheminer 100 000 tonnes de vivres sur l’ensemble du territoire sénégalais, (dans le cadre de la lutte contre le COVID-19),  la polémique éclate. Des organes de presse font état d’irrégularités dans l’attribution de certains lots de ce marché juteux en ces temps de disette. Les autorités réfutent ce qu’elles qualifient d’«allégations». Les réseaux sociaux en rajoutent une couche citant de grandes personnalités, hommes d’affaires et célébrités, tous bénéficiaires  de «deals».

Au milieu de la polémique, deux  entreprises ( Avanti Suarl et Afri & Co Suarl,) appartenant  à l’homme d’affaire libanais Rayan Hachem, jusque-là connu pour être le promoteur de Planet Kebab, restaurant -fast food, sont désignées à la vindicte populaire. Patriotisme économique exaspéré ou xénophobie décomplexée ? Trop tôt pour trancher. Les deux établissements  ont en tout cas gagné   deux  marchés d’une valeur estimée à plus de 18 milliards de FCFA pour l’importation de denrées  (du riz en général) dans  le cadre de l’aide alimentaire pour la lutte contre la Covid-19.

Interpellé, le ministre conseiller en communication à la présidence de la République, Seydou Gueye,  accuse un lobby impressionnant  (ONG, société civile, activistes, médias …)   de vouloir salir l’image du Sénégal «mais cela ne passera pas», assure-t-il, tout en réaffirmant que l’Etat jouera la carte de la transparence  en impliquant tous les acteurs  pour que la distribution soit faite de manière équitable. Les autorités  ne vont ménager aucun effort afin que les denrées aillent  aux nécessiteux et non aux militants politiques, raille ce cadre du pouvoir qui croit savoir que derrière la bronca, il y a divers intérêts qui cherchent des dividendes politiques ou économiques.

Crainte du «coronavirus  politique»

Jusque-là muet, Ousmane Sonko, arrivé en 3e  position au scrutin présidentiel du 24 février 2019, avait tiré sur la sonnette d’alarme. «Nous sommes en crise. Mais en aucun cas, il ne faudrait pas qu’un franc destiné à ce combat se retrouve là où il ne devrait être. Il ne faut pas que cet argent se retrouve ailleurs que dans la lutte contre le Covid-19 », avertissait  le leader du parti dénommé Patriote du Sénégal pour le travail, l’Ethique et la Fraternité (PASTEF), courant mars, à sa sortie d’audience  avec le chef de l’Etat, dans le cadre des consultations politiques et citoyenne.  «Il  ne faut pas que cet argent serve à acheter des [voitures] 4-4’’ ou tombe dans les proches des ‘’lobbys’’».

S’exprimant dans une radio privée sénégalaise, jeudi 16 avril, l’ex député du parti au pouvoir (Alliance pour la République), Moustapha Diakhaté, a appelé, lui,  à dessaisir le gouvernement de Macky Sall du pilotage du Force Covid-19 «pour empêcher le pillage des deniers publics et assurer  les meilleures conditions d’une gestion inclusive et transparente des 1000 millions francs de CFA ».

Dualité entre rapidité et transparence 

Pour rappel, l’attribution des divers marchés dans le cadre de cette vaste opération de distribution de vivres s’est faite à travers le décret présidentiel 2020-781 du 18 mars 2020 portant dérogation au code des marchés publics. Le procédé garantit une distribution diligente mais pas forcément une transparence optimale. Par souci justement  de transparence, l’Autorité Régulation des Marchés Publics avait été sollicitée pour garantir et concilier cette double exigence de transparence et de rapidité.

Dans la foulée, un avis de commande ouverte en procédure d’urgence avait été lancé et publié dans trois (3) différents quotidiens de la place par le ministère du développement communautaire, de l’équité sociale et territoriale pour l’achat de :

-Riz brisé non parfumé en sac de 50 kg : 5000 tonnes

– Sucre en conditionnement de 10 ou 5 kg : 500 tonnes

– Huile en conditionnement de 5 ou 10 litres : 10.000 litres

– Pâtes alimentaires en conditionnement de 5 ou 10 kg : 1000 tonnes

– Savon en pack de 18×300 grammes unités : 10.000 packs

Dans le dossier de candidature, le ministère demandait aux soumissionnaires de fournir trois éléments :

– Une facture proforma indiquant les quantités proposées et les prix.

– Une attestation sur l’honneur indiquant les quantités des stocks disponibles qui doivent être supérieures ou égales aux quantités minimales fixées ci-dessus

– Un échantillon de chaque produit proposé

Sur cette base, quatre (4) entreprises ont proposé le prix de 275.000 FCFA  la tonne soit le coût le moins cher sur le marché.

Il s’agit des entreprises :

– Comptoir commercial Mandiaye Ndiaye pour 30.000 tonnes

– Bambouck pour 5000 tonnes

– Avanti SUARL et Afri and Co pour 65.000 tonnes

Pour rappel, le gouvernement  sénégalais a annoncé un fonds de 1.000 milliards de francs CFA destiné à la  « riposte contre les effets du coronavirus ».

Sur ce montant  total, 50 milliards de francs CFA, soit 5%  sera  destiné à l’achat de vivres.

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