La Mauritanie frappe fort contre le Covid-19

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Face à la propagation du Covid-19 sur le continent, le gouvernement mauritanien a multiplié les mesures de sensibilisation et de prévention coordonnées par le ministère de la Santé et la Task Force Coronavirus, qui lui ont valu des résultats encourageants jusqu’à présent.


En Afrique, 50 pays sont désormais touchés par le coronavirus. Moins impacté que le reste du monde pour le moment, le continent fait lui aussi face à la propagation du virus, avec des perspectives inquiétantes du fait de l’insuffisance de la plupart des systèmes sanitaires. Si tous les Etats prennent leurs dispositions, certains, à l’image de la Mauritanie, se sont distingués par la rapidité et la coordination de leur réponse. Dès l’apparition du premier cas, le vendredi 13 mars, les autorités mauritaniennes ont progressivement instauré un ensemble de mesures afin de répliquer au mieux à la pandémie.

Sous la houlette du comité interministériel présidé par le Premier ministre Ismaïl Bedda Cheikh Sidiya, il a très vite été décidé de fermer les ports et aéroports puis de limiter les points d’accès au pays avant de fermer les frontières du pays avec le Mali, le Sénégal et le Maroc. S’y sont ajoutées des mesures de quarantaine pour toute personne en provenance d’un pays où sévit la pandémie et de couvre-feu en vigueur de 20h à 6h, ainsi que la fermeture des restaurants et des cafés. Ont suivi l’interdiction de tous les rassemblements, la fermeture des écoles, la suspension de la grande prière du vendredi depuis le 27 mars et la restriction des transports terrestres, ainsi que le déploiement de patrouilles militaires le long de la frontière avec le Sénégal. Le chef de l’Etat, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a par ailleurs annoncé la création d’un fonds de solidarité sociale « pour lutter contre le coronavirus et ses conséquences » doté de 60M USD sur ressources publiques et ouvert aux contributions volontaires.

Ce fonds servira notamment à financer l’acquisition de médicaments pour les familles pauvres et à prendre en charge des taxes douanières pour le reste de l’année. La rapidité et la fermeté des mesures prises expliquent probablement la faible évolution du nombre de contaminations et de décès dans le pays (6 cas confirmés le 5 avril, avec seulement un décès d’un cas importé), alors que d’autres pays de la sous-région affichent des bilans nettement plus alarmants. Au Sénégal, par exemple, on recensait le 4 avril 219 cas positifs et 2 morts. Le premier cas y remonte au 2 mars et l’état d’urgence, assorti d’un couvre-feu, a été décrété le 23 mars.

Dans la détermination gouvernementale à contrer la propagation du virus, un pas de plus a été franchi le 1er avril avec la réunion du Conseil des ministres afin d’examiner et d’approuver le projet de loi d’habilitation autorisant le gouvernement, en application de l’article 60 de la Constitution, à prendre par voie d’ordonnance, pendant un délai limité, toutes les mesures nécessaires du domaine de la loi afin de lutter contre la pandémie. De quoi doter le gouvernement de la flexibilité et des instruments juridiques requis pour consolider les efforts entrepris depuis l’apparition du Covid-19 dans le pays.

Coordination avec le secteur privé

Cette riposte a été facilitée par le fait que le gouvernement ait favorisé une bonne coordination avec le secteur privé, y compris les grands groupes étrangers. Selon une source anonyme chez Tasiast (TMLSA), filiale de Kinross, les autorités ont fait preuve d’un véritable leadership avec la société minière lorsqu’un cas de contamination a été détecté : « Le gouvernement a réagi très rapidement en mettant immédiatement en place les mécanismes de coordination entre le ministère de la Santé et nos équipes sur le terrain. Nos mesures strictes d’isolement ont été très appréciées et, grâce au soutien ferme du gouvernement, la propagation du virus a été négligeable. »

Ce cadre collaboratif a par ailleurs conduit Tasiast à équiper le centre d’isolement avec 200 kits essentiels et de mettre à la disposition du gouvernement une maison pour l’isolement d’urgence de voyageurs retenus afin de prévenir la propagation du virus. Le 8 avril, Tasiast s’est aussi engagé à faire un don de 2M USD. Dans ce contexte, BP a de son côté fait don le 1er avril de 30 tonnes d’instruments médicaux, de produits d’hygiène et de masques en contribution aux efforts de lutte contre le Covid-19, par le biais de l’ONG Pairs éducateurs, son partenaire sanitaire. De son côté, l’Union nationale des employeurs mauritaniens a annoncé le 1er avril avoir recueilli près de 111 millions d’ouguiya (environ 2 930 000 USD) de dons en faveur du gouvernement pour lutter contre la pandémie, d’entreprises telles qu’Attijaribank.

Sensibilisation et transparence

L’efficacité de cet arsenal de mesures et de cette mobilisation d’acteurs du secteur privé sont renforcés par une campagne de sensibilisation menée dans toutes les provinces du pays, associant administration locale, élus et ONG afin d’informer et de rassurer les citoyens sur les mesures prises et de les engager à respecter les consignes de santé. De son côté, le ministère de la Santé communique au jour le jour le nombre de cas confirmés, de décès, de personnes confinées et d’appels reçus via l’Agence mauritanienne d’information et sur des sites Facebook populaires comme celui de La Vision, notamment. La crise n’est pas encore terminée, loin de là, mais à ce stade, la Mauritanie peut être fière de sa riposte et de la faible propagation du virus dans le pays.


Souleymane Mohamed, Nouakchott.

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