Coronavirus, chute du pétrole et impact sur la CEMAC

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Marc Kamgaing, Président Directeur Général d'Harvest Asset Management .

Par Marc KAMGAING*, Harvest Asset Management, Douala.


La semaine du 9 mars restera dans l’histoire pour les marchés financiers mondiaux. En début de semaine, les bourses s’écroulent après la décision de l’Arabie saoudite d’inonder le marché pétrolier à la suite d’un désaccord avec la Russie pour réduire la production mondiale : Le baril de Brent sombre de 25% pour atterrir à 33 dollars. Le Jeudi 12 mars, la décision surprise de Donald Trump, de suspendre le trafic aérien entre l’Europe et les USA pour freiner la propagation du Coronavirus, déclenche la pire journée de l’histoire pour les places européennes.

Malgré les mesures de la réserve fédérale aux Etats Unis, Le Dow Jones réalise à -9,8% sa plus forte baisse depuis le Krach de 1987. La propagation du coronavirus est une réalité à laquelle doit faire face le monde entier. Parti de la Chine, dans la province de Hubei en décembre 2019, le virus a contaminé plus de 140 000 personnes causant au 14 mars pas moins de 4000 décès selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cumulée à la baisse drastique des cours du pétrole, Il est complexe de quantifier les conséquences économiques de la pandémie sur la CEMAC, ce qui donne lieu à une grande incertitude quant aux perspectives.

Le FMI et la banque mondiale ont annoncé la mise en place d’un fonds d’urgence de 50 milliards de dollars à taux 0, dont 10 milliards de dollars disponibles tout de suite. La priorité est donnée à l’Afrique Subsaharienne et particulièrement aux pays d’Afrique Centrale qui présentent des caractéristiques de vulnérabilité aux chocs de prix et de dépendances des exportations de matières premières. Au niveau régional, le système financier en CEMAC est plus robuste. Compte tenu des mesures drastiques mises en place avec succès par la Banque Centrale (BEAC) depuis décembre 2016, la région dispose de réserves de change stabilisées à 4 mois d’importations à fin 2019 et le niveau de liquidités a globalement augmenté.

Les reformes dans la gestion des finances publiques, (baisse des dépenses, optimisation des recettes fiscales) ont été bénéfiques. Les gouvernements doivent toutefois rester vigilants compte tenu des effets négatifs de la pandémie sur des secteurs clés tels que le tourisme, le transport aérien, l’hôtellerie, sans compter la désorganisation des chaines de production dans l’énergie et l’industrie pétrolière. Les économies du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Tchad reposent toujours à plus de 80% sur les revenus du pétrole, alors que seule l’économie du Cameroun est diversifiée.

Pour ce dernier pays, nous anticipons un impact modéré. Car , avec la suspension de la production de la Société nationale de raffinage (SONARA), le Cameroun, devenu importateur de produits pétroliers, devrait profiter de la baisse des cours mondiaux avec un recul des subventions aux prix des carburants. Les autres pays de la CEMAC voient leur marge de manœuvre budgétaire se réduire. Des ressources publiques additionnelles seront nécessaires en vue d’être orientées vers le secteur de la santé. Ils vont devoir rapidement promulguer des lois de finance rectificatives pour s’arrimer au cours actuel du brut que Goldman Sachs voit à 20 USD sur 2020. Les Etats de la CEMAC doivent au plus tôt entrer en discussions avec les institutions de Bretton Woods pour activer les mécanismes de financement et de soutien.

De plus, le FMI devra moduler les programmes existants pour répondre aux nouveaux besoins liés à la crise énergétique et au coronavirus. Tous les pays du monde sortiront plus endettés à la fin de cette crise compte tenu des mesures d’injections de liquidités enclenchées par les banques centrales. Les pays de la CEMAC devraient en tirer profit pour se construire un profil d’endettement plus sain et moins sujet aux aléas des marches internationaux. Il faudrait ainsi que les Etats intensifient le recours aux emprunts sur le marché financier régional.

À la suite de la fusion des bourses et compte tenu du rôle de dépositaire et garant joué par la BEAC, le cadre est désormais propice pour augmenter la taille de émissions sur Bource des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). L’écosystème gagnerait en profondeur, en liquidité et en largeur : Des ingrédients qui non seulement consolideraient le marché local mais auront l’avantage, comme tenu des rendements, d’attirer les gestionnaires d’actifs internationaux. Pétrole et Coronavirus sont deux dossiers explosifs auxquels le monde et l’Afrique Centrale doivent faire face. Il faudrait agir vite en cette période particulièrement difficile qui s’annonce, consolider les acquis et avoir une perspective plus locale et durable sur les leviers de financement.

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