Coronavirus: faute d’intégration, des ripostes africaines trop nationales

1
L'Afrique en ordres dispersés face à la pandémie du coronavirus.

Dans la nuit du vendredi à samedi, l’Afrique a vu les cas déclarés de Coronavirus passer du simple au double. Jusque-là épargnée, la terre de Lucie compte désormais plus de 100 cas importés tous d’Europe comme le déclarait récemment l’Institut sud-africain pour les maladies contagieuses (NICD). Dans la catégorie des pays les plus touchés, l’on compte par ordre croissant, la Tunisie (13 cas), l’Afrique du Sud qui fait état de 16 cas alors que le Maroc est à 17 personnes testées positives, le Sénégal à 19 , la Tunisie autour de 22 et l’Algérie à 24.

Pays le plus touché du continent, l’Egypte compte 67 cas dont 1 décès lié au covid-19. Pour leur part, la RDC, la Guinée et la Mauritanie viennent d’enregistrer chacun un premier cas, déclenchant chacun en ce qui le concerne des plans de ripostes valables sur l’étendue de leurs territoires respectifs. Mais ces chiffres, abstraction faite d’une faible capacité sanitaire du continent, paraissent anecdotiques au regard des 135 000 personnes contaminées et plus de 5 000 décès dénombrés dans le monde depuis l’apparition du virus en Chine en décembre.

Face à une pandémie quasi-mondiale et alors que l’Eurogroup se réunit pour étudier une riposte commune, le continent africain se reporte à des approches nationales. Les fermetures des frontières entre le Gabon et le Cameroun tout comme la suspension des liaisons aériennes entre le Maroc et l’Algérie, ou entre la Tunisie et l’Egypte, interviennent alors que l’Union Africaine et les Communautés économiques régionales, légitimes pour coordonner les efforts respectifs, observent un silence impuissant.

Comme lors de chaque crise, le chacun pour soi l’emporte sur une approche collective pourtant moins coûteuse et plus efficace. L’appel du président Macky Sall à une démarche commune dans la lutte contre ce fléau semble lettre morte. “Cela va se transformer en crise nationale”, a lancé dès la semaine dernière le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, président en exercice de l’Union africaine (UA), qui n’a fait aucune allusion à l’Afrique.

Aussi, tout porte à croire que le Coronavirus a mis en évidence la faible intégration du continent africain. Voici quelques exemples des mesures prises par les pays africains:

-La Tunisie a fermé ses frontières maritimes depuis vendredi et restreint fortement les dessertes aériennes avec l’Europe et l’Egypte, obligeant tous les voyageurs venant de l‘étranger à s’isoler durant 14 jours à leur arrivée afin de ralentir la propagation du nouveau coronavirus.

⁃ Le Maroc a décidé pour sa part de fermer tous les établissements scolaires jusqu’à nouvel ordre. Le royaume qui suspend aussi ses liaisons aériennes avec l’Italie, la France, l’Allemagne, trois des plus importants marchés émetteurs de touristes, a interdit toute manifestation de plus de 50 personnes.

⁃ Le Sénégal a décidé de la fermeture des établissements scolaires pour trois semaines. Les manifestations religieuses sont suspendues pour 30 jours. Idem pour les formalités liées au pèlerinage à la Mecque.

⁃ Le Gabon a décidé de suspendre les visas touristiques pour les ressortissants européens, chinois, américains et autres pays touchés par le coronavirus, fermé tous les établissements scolaires de la crèche à l’université, fermé les bars et boites de nuit, déconseillé les transports en commun, interdit les rassemblements de plus de 50 personnes….

Ces mesures nationales, pertinentes dans l’ensemble, auront du mal à faire face aux dynamiques des mouvements de personnes et de biens à travers les frontières terrestres et les points de passage officiels ou non. Et si l’Union africaine qui avait, fin février, appelé à harmoniser la riposte continentale à travers un groupe de travail africain sur le coronavirus (AFCOR) et les différents centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) se faisait moins discrète ?

Une note salée pour les économies africaines

Vendredi, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) avetissait que la crise actuelle des coronavirus pourrait sérieusement ralentir la croissance déjà stagnante de l’Afrique, les pays exportateurs de pétrole perdant jusqu’à 65 milliards de dollars US de revenus alors que les prix du pétrole brut continuent de chuter. L’Afrique pourrait perdre la moitié de la croissance prévue son PIB, celle-ci passant de 3,2% à environ 2% pour un certain nombre de raisons, notamment la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales”, a déclaré Vera Songwe, secrétaire général de la CEA en marge d’une conférence de presse.

La CEA estime que continent aurait besoin jusqu’à 10,6 milliards de dollars US d’augmentation imprévue des dépenses de santé pour empêcher le virus de se propager, tandis que d’autre part, les pertes de revenus pourraient conduire à une dette insoutenable.

1 COMMENTAIRE

  1. Les Etats-Unis ont annonce, dimanche 8 mars, la nomination de leur premier emissaire pour le Sahel, Peter Pham, qui s occupait jusqu ici de l Afrique des Grands Lacs. Le chef de la diplomatie americaine, Mike Pompeo, « est heureux de designer Peter Pham comme le tout premier emissaire pour la region africaine du Sahel afin d y soutenir les efforts diplomatiques americains pour la securite et la stabilite », a tweete la porte-parole du departement d Etat, Morgan Ortagus. Sur Twitter, le nouvel emissaire s est dit « reconnaissant » d avoir « l honneur » d etre le premier a occuper ce poste et impatient de s attaquer avec ses collegues et partenaires internationaux aux « defis securitaires et humanitaires » de la region. Lors d une recente tournee en Afrique, Mike Pompeo avait assure que les Etats-Unis veilleraient a faire « ce qu il faut », en partenariat avec leurs allies, au sujet de la reduction ou non de leur presence militaire sur le continent, notamment au Sahel, confronte a des violences djihadistes. Le Monde avec AFP

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here