Edito : L’Afrique à l’heure du métissage : chance ou danger ?

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Rudy Casbi – co- fondateur de WIP- La Nouvelle Afrique, agence de communication spécialisée sur les TPE-PME

 Il appartient à l’Humanité tout entière d’apporter des réponses dont la chronologie des actes ne que peut correspondre à un agenda précis. Et c’est sur ce dernier point que les divergences se font poindre. D’un côté, les économistes continuent de s’émerveiller des taux de croissances affichés par le continent africain (4,1% selon la BAD). De l’autre côté, vous avez des jeunes – parfois fraîchement sortis de l’université – qui peinent à s’insérer sur le marché de l’emploi. Une jeunesse pour qui le refrain de la croissance ne demeure qu’une chimère lointaine étant donné que la théorie du ruissellement peine à donner ses premiers fruits. Et entre les deux, nous retrouvons «la 6ème partie du continent », c’est ainsi que l’union africaine a nommé la diaspora présente partout sur la planète.  Alors que les élites et les sociétés civiles persistent dans leurs divergences, la diaspora tente de créer un pôle d’émergence en mettant en place les conditions d’une concordance des visions entre les élites et les populations locales.

Pour le comprendre, c’est tout d’abord le rapport que les femmes et les hommes entretiennent avec le temps qui est sondé. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les écarts demeurent toujours nombreux entre les prospections et les réalités vécues. Dans les années 1980, certains médias parlaient déjà d’Abidjan en la décrivant comme le symbole «du miracle ivoirien ». En ces temps anciens, nous affublions déjà Bangui, la capitale centrafricaine, du qualificatif de « coquette ». Quarante ans plus tard, la situation a certes changé à Bangui. En revanche, Abidjan conserve un attrait majeur de la part des économistes à l’instar d’Accra, de Casablanca, de Lagos ou encore d’Addis Abeba, de Gaborone, de Nairobi, Johannesburg ou même Kigali. La réalité est que les clichés et autres vérités (plus ou moins abstraites) ont toujours la peau dure. Cela est aussi vrai pour la jeunesse dont les aspirations n’ont pas changé. Autrefois très engagées dans les combats politiques, c’est vers l’économie et l’entrepreneuriat que cette jeunesse a décidé de mettre le cap. Les méthodes ont changé mais l’aspiration reste la même : croire en un avenir meilleur avec une exigence toujours plus poussée envers leurs élites.

Au milieu de ces deux îlots, une troisième voie se fait jour : celle des diasporas. Autrefois très liée aux luttes politiques, elles ont décidé d’investir le terrain économique, social, technologique, écologique et culturel. La réalité est que l’Afrique a besoin de ses diasporas. Ce sont elles qui parviennent à faire émerger les cultures panafricanistes à travers le monde dans le domaine de la gastronomie, de la mode ou encore de la musique. Ce sont aussi elles qui investissent fréquemment dans l’acquisition de terrains immobiliers. Les diasporas sont à l’origine de la création de nombreuses entreprises ou encore de fonds d’investissements à l’instar du Club Efficience.  C’est également elles qui répondent aux leaders politiques concernant la démographie en Afrique. Ce sont également elles qui se sont mobilisées en premier pour exprimer leur indignation suite aux scènes d’esclavagisme en Libye diffusées sur CNN.  La force de ces diasporas s’explique par le métissage culturel dont elles font l’objet.

Le métissage idéologique permet aux diasporas d’étendre leur influence au-delà de leur cercle et d’enrichir leurs pays d’implantation et de provenance. Il ne s’agit pas d’une perte d’influence culturelle dont on jugerait néfaste sa supposée dissolution dans un ensemble superficiel correspondant aux réalités des pays dans lesquelles elles vivent.  Fières de leurs cultures panafricaines, elles contribuent à l’émergence des pays dans lesquels elles sont implantées. Et les cultures d’entreprise acquises à l’étranger leur permettent de nourrir une ambition et une vision différente pour le développement de leurs pays d’origine. Enfin, c’est surtout sur elles que les économistes et autres élites reposent leurs espoirs pour qu’elles traduisent en acte sur le terrain les investissements promis par les grands groupes internationaux. Ce sont également elles qui sont au centre du jeu pour transmettre leur expérience aux entrepreneurs locaux à l’instar de ce que propose ANIMA via son programme DiafrikInvest. C’est à cet égard qu’il faut saluer les efforts des chancelleries africaines pour attirer les talents de la diaspora. C’est un phénomène qui ne concerne pas que l’Europe. De nombreux afro-américains réalisent des test ADN pour identifier leurs provenances ethniques sur le continent africain. On se souvient de l’acteur américain Samuel Jackson recevant son passeport gabonais à Libreville à la suite des tests ADN passés. Demain, nous verrons émerger  les diasporas africaines basées en Asie. Et à l’avenir, ce sont elles qui rendront l’Afrique plus attrayante auprès d’autres communautés en leur partageant leurs cultures, espoirs et ambitions pour notre continent. C’est pourquoi WIP-La Nouvelle Afrique organisera le vendredi 13 septembre prochain à Paris l’Africa Business Network pour permettre aux diasporas et aux amoureux de notre continent de se retrouver autour d’un verre pour parler de projets et ….d’Afrique. Notre Afrique n’attend qu’une chose : l’implication de tous ses « enfants » afro-descendants sans exception ainsi que tous ceux qui l’aiment.

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