Magatte Diop, President and Managing Director de Peacock Investments

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Magatte Diop PecokSuite à la mise en place de la  joint venture entre le marocain  Holmarcom et le sénégalais Peacock Investments, nous vous proposons l’entretien exclusif avec Magatte Diop.  Président and Managing Director de Peacok Investments, Magatte Diop n’est pas seulement un entrepreneur, un banquier, un  assureur, ou un homme d’affaires.  C’est un acteur multidimensionnel  engagé pour l’Afrique, avec un parcours  jalonné de réussite.   Titulaire d’un MBA de la Stern Business School à l’Université de New York, M. Diop est le fondateur de Ilico-Sagef Group, composé d’une branche en assurance vie et d’une filiale dédiée à la promotion immobilière. Il Préside aux destinées de cette compagnie depuis 2003 après en avoir été le directeur général.  Auparavant, M. Diop a été respectivement  vice président et directeur régional  pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de  Citibank/ CitiCorp et de  M.R Beal International . Décoré de la médaille du mérite de la République du Sénégal, Magatte Diop est actuellement président de l’African Chamber of Commerce de New York, impliqué dans toutes les initiatives visant à renforcer les échanges entre le les USA et l’Afrique. Membre du conseil d’administration de l’IntraHealth North Carolina, une ONG de 800 millions de dollars présente dans 24 pays,  M.Diop a aussi servi en tant que président du comité d’audit du conseil d’administration de Dalberg Development Advisors.  Il a récemment fondé le think thank CERSSEM (Center for Strategic Studies for the Emergence of Senegal), dédié à une nouvelle vision de la politique économique pour le développement du Sénégal.
“L’Afrique a une belle carte à jouer”

Y a-t-il une évolution de la perception de l’Afrique en Amérique ?

Effectivement depuis quelques années on peut noter un changement positif de cette perception surtout au niveau des investisseurs institutionnels et des banques. «Africa rising, Africa is the last strong frontier for good investment returns » sont des expressions que l’on entend partout alors que 10 ans avant,  “The Economist” titrait «Africa the hopeless continent » ! ! Quel renversement de situation en notre faveur !

Il appartient maintenant aux Africains d’en tirer le maximum de profit. Les raisons de ce changement sont nombreuses : on peut citer quelques unes. D’abord, un meilleur climat des affaires en Afrique, une meilleure gouvernance, une plus grande transparence de la gestion des biens publics, une meilleure démocratisation du champ politique et plus d’accountability, tout ceci combiné à une bonne rentabilité des investissements en Afrique avec des règles de jeu connues de tous et une protection des droits des investisseurs privés nationaux et étrangers.

L’Afrique en général a fait des progrès importants dans tous ces domaines. Il y a également les facteurs géopolitiques et stratégiques avec l’entrée en force de la Chine et de l’Inde, les Brics en général dans le continent. L’Amérique et l’Europe doivent faire face à cette nouvelle situation ou initier  nouveau push pour se repositionner par rapport aux immenses potentialités du continent en ressources minières énergétiques agricoles dans un marché de plus d’un milliard de consommateurs.  L’Afrique a une belle carte à jouer.

Quel regard portez vous sur le dernier voyage du président OBAMA en Afrique ?

En fait, ce voyage est lié fortement aux raisons évoquées ci-dessus. Voyez les pays visités : Le Sénégal connu pour sa grande et solide démocratie, sa société civile et son très bon système judiciaire ; l’Afrique du Sud, le pays de Mandela, pour son poids économique important et son influence en Afrique ; et finalement la Tanzanie pour son dynamisme économique. D’ailleurs c’est à Dar El Salam que le Président Obama a tenu le grand forum économique avec la présence de tous les poids lourds du secteur privé africain et des centaines de capitaines d’Industries Américains et Africains. Le Président a voulu mettre l’accent sur les questions économiques et les nouvelles relations entre les EU et l’Afrique basées sur un partenariat Win Win.

Comment garantir et renforcer la position Américaine en Afrique ? Cela passe par le règlement des  questions sécuritaires dans le Sahara, notamment  au Mali et  au Niger, et dans la corne de l’Afrique.  Cela passe aussi par un peu d’aide et beaucoup d’investissements privés,  avec le soutien de l’Eximbank et de l’OPIC.  Le lancement de l’initiative Power Africa rentre dans ce cadre. L’engagement pris par le président Obama de doubler l’accès de l’électricité en intégrant  20 millions de familles africaines à travers un investissement de 7 à 9 milliards de dollars sur les 5 prochaines années, par le biais,   essentiellement, des partenariats avec le secteur privé américain (lequel  a déjà promis d’investir 9 Milliards de dollars dans le projet) est une  initiative novatrice.

Il appartiendra aux gouvernements Africains de saisir cette opportunité et d’impliquer aussi leurs secteurs privés. Take Ownership,  s’approprier ce projet.  Voilà ce que les Américains attendent de l’Afrique. L’électricité, selon le Président Obama, doit être accessible à tous et doit être abondante afin de créer les conditions d’une émergence économique. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, les besoins en investissements dans le secteur d’ici 2030 sont estimés à 300 milliards de dollars. Les 7 milliards annoncés pour 7 pays doivent servir de levier pour attirer plus d’investissements privés encore vers le continent. Je suis optimiste quand à cette initiative.

Vous êtes ancien Directeur Général de Citibank Abidjan, peut on dire que les banques ont joué un rôle pionnier dans l’intégration économique Africaine ? Est-ce à dire que la finance a réussi là où les politiques ont échoué ?

On peut dire que les banques ont très certainement contribué et pour beaucoup à l’intégration Africaine de ces 15 dernières années, en termes économiques, financiers et commerciaux. L’exemple de ces banques régionales et interafricaines comme Ecobank, Attijari, BMCE/ BOA, UBA, Diamond Access etc. est là pour prouver que ces institutions croient à l’Afrique en développant des réseaux importants et denses à travers tout le continent. C’est un plaisir pour moi de voir tout cela car, il n’y a pas longtemps,  le Réseau Citibank de 15 pays était considéré comme le plus dense en Afrique après celui de  Standard Chartered. Aujourd’hui les transferts sont plus rapides et moins chers  contribuant à faciliter le commerce interafricain toujours à un niveau trop bas. L’utilisation des nouvelles technologies de l’information, le e-banking, le développement très rapide des télécoms et l’accès du cellulaire à plus d’Africains à des coûts réduits a permis la mise en œuvre de beaucoup d’innovations bancaires qui se sont traduites par une bancarisation plus profonde de l’Afrique.

Malgré tout cela, il ne serait pas juste de dire que les politiques ont échoué. Leur mission d’intégration politique est toujours plus compliquée à réaliser. Prenez l’exemple des  Etats Unis : l’intégration monétaire et bancaire y  est toujours plus facile. Avec ses 53 pays et gouvernements et autres obstacles, l’Union Africaine avance lentement certes mais sûrement.

Votre pays, le Sénégal, aspire à l’émergence.  Ce challenge est  il réalisable à court terme ?

Mon pays a raison d’aspirer à l’émergence et au développement économique pour le bonheur de nos populations. Je suis de ceux qui pensent que malgré les obstacles nous avons les moyens d’y arriver. Moi-même j’ai lancé il y a quelques années un think tank dénommé Cercle d’Etudes et de Réflexions Stratégiques Pour Sénégal Emergent (CERSSEM).  Pour vous dire que j’y crois et que j’apporte ma modeste pierre à la construction de l’édifice. En investissant pour la création d’activités économiques et d’emplois, mais aussi dans la réflexion stratégique sur les politiques à mettre en oeuvre pour atteindre un taux de croissance à 2 chiffres ou, à défaut,  7 à 8% par an. De bonnes réformes sont en cours pour régler les problèmes énergétiques, la fourniture d’électricité, encourager la bonne gouvernance et maintenir un bon climat des affaires. Je crois aux efforts du Gouvernement et le Président  Macky  SALL a une bonne vision de la où il veut aller,  où il veut porter notre pays. C’est un effort collectif et tout le monde doit s’y mettre. Cela prendra du temps car les défis sont immenses et tout est prioritaire. Mais le Sénégal possède des atouts considérables pour attirer des investissements directs privés étrangers et booster son économie vers une émergence. C’est faisable.

Les entreprises Marocaines sont de plus en plus présentes en Afrique de l’Ouest. Quelles sont à votre avis les synergies possibles dans le cadre d’un partenariat gagnant gagnant ?

Les entreprises Marocaines ont bien raison de se tourner vers l’Afrique subsaharienne  où il existe des opportunités  d’affaires et d’investissements. Vous savez, il existe des relations séculaires de fraternité et de solidarité entre le Royaume et l’Afrique dans tous les domaines et il est heureux de constater que, finalement, ces avantages comparatifs sont entrain d’être exploités. Le Maroc est le bienvenu en Afrique subsaharienne et les Sociétés Marocaines seront accueillies partout les bras ouverts. Elles pourront nouer ce que Madame la Présidente du Patronat Marocain a récemment qualifié de joint ventures, copropriétés fraternelles alliant l’expertise Marocaine à la main d’œuvre et au savoir faire Africains dans beaucoup de domaines. L’exemple d’Attijari Banque qui est arrivée seulement en 2006 et qui aujourd’hui couvre beaucoup de pays avec une bonne partie de ses résultats nets générés à partir de ses opérations africaines est remarquable. Les autres Banques suivent avec BMCE / BOA BP / Banque Atlantique, les compagnies d’assurances, les télécoms et maintenant l’immobilier avec le Groupe HOLMARCOM qui vient de nouer un partenariat important gagnant gagnant au Sénégal : d’abord dans l’immobilier et plus tard dans d’autres secteurs. C’est la vision de son Président Directeur Général Mr BENSALAH qui est en marche et l’Afrique lui offre beaucoup d’opportunités. Je dis toujours que le Maroc est un bel exemple de réussite économique dont les pays africains peuvent s’inspirer. Les récentes visites de sa Majesté Mouhamed VI ont contribué à renforcer davantage ce qui était déjà de très bonnes relations. Le Président Macky SALL entame une visite  officielle de travail et d’amitié à partir de ce 25 juillet. L’on peut dire que tout a été fait au niveau officiel pour baliser la voie au secteur privé Marocain et Africain afin de profiter mutuellement des immenses potentialités d’affaires qui existent dans tous les secteurs. Je crois fortement à ce partenariat naturel gagnant gagnant.

Propos recueillis par Adama Wade

 

 

4 Commentaires

  1. C’est une excellente interview du President Diop. Il est bon faire de la visibilité aux cadres Africains qui sont dans la Diaspora qui à leur niveau d’action, peuvent contribuer à l’emergence de l’Afrique en servant de jonction entre le monde développé et celui en developpement.
    j’apprécie votre initiative.
    Good Job
    A Agne

    • Cher monsieur Agne,
      Nous vous remercions pour vos encouragements. Financial Afrik est un support dédié aux acteurs de l’intégration africaine.

      La rédaction de Financial Afrik

  2. Je découvre le site, suis séduit et vous encourage à persévérer dans la voie de l’innovation et l”excellence.

    Bocar SY
    Directeur général
    Banque de l’habitat du Sénégal

    Réponse de la Rédacion
    Merci, monsieur Bocar Sy, pour votre sympathie à l’égard de Financial Afrik. Vos analyses et points de vue sont les bienvenus pour enrichir cette plateforme interactive entre les hommes d’affaires du monde entier interessés par l’Afrique.

    La rédaction de Financial Afrik

  3. Bravo pour cette belle initiative africaine. L’intégration africaine passera inéluctablement par ce type de plateforme d’échanges. Faire connaitre au monde ce qui se fait en Afrique et ce dont les africains sont capables de réaliser est une très bonne chose. Magatte DIOP a bien raison quand il parle de l’emergence de l’Afrique. Cela voudrait dire, que Les gouvernements africains doivent donner plus de poids au secteur privé africain. Donnons nous les moyens d’y arriver.
    Sadibou DIOUF
    Directeur
    OPTIVISION
    DAKAR
    SENEGAL

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