Togo- présidentielles : Un fauteuil et un couffin pour 7 concurrents

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En juillet 2019, les municipales se sont tenues au Togo, une première depuis 30 ans.

Envoyé Spécial à Lomé, Rodrigue Fénélon Massala, grand reporter.

Le top départ de la campagne de l’élection présidentielle togolaise a été donné le  jeudi 6 février sur toute l’étendue du territoire. Durant   deux bonnes  semaines, les togolais évalueront  les messages et les projets des sept candidats validés par le conseil constitutionnel.  

Les présidentielles togolaises auront lieu le 22 février prochain.   En attendant, c’est parti pour deux bonnes semaines d’une intense activité politique. Entre débats radio- télévisé,  propagande et meetings , le programme des différents candidats promet d’être hyper chargé. Ils sont sept au bout du compte  sur la ligne de départ. À commencer par le président en exercice, Faure Gnassingbé, 54ans, qui affrontera six autres challengers. 

Parmi  eux, deux poids lourds de la scène politique togolaise que sont Jean Pièrre Fabre, 68 ans, qui affrontera Faure pour la troisième fois,  et Agbeyomé Kodio, 66 ans, ancien premier ministre de feu le  président Eyadema, déjà candidat aux présidentielles de 2010 .  

    Pour  les partisans du président sortant, leur candidat a le meilleur profil. Le parti au pouvoir Unir s’attend à ce que «le candidat Faure inflige un chaos technique à tous ses concurrents dès le premier tour». Faure Gnassingbé a l’expérience de la gestion des affaire et a, économiquement, relancé la dynamique de développement du pays et abordé l’important chantier de reconstruction sociale d’une nation traversée  par plusieurs langues et ethnies . «Son bilan parle pour lui», résume ce chaud partisan rencontré sur le boulevard circulaire de Lomé, là même où des milliers de manifestants exigeaient deux ans plutôt, un retour à la constitution de 1992. S’il est  comptable de profondes réformes constitutionnelles,  à l’instar de la limitation  à deux du nombre des mandats  électifs pour permettre le renouvellement de la classe politique, Faure semble s’être vu forcé la main par une société civile  plus active que l’opposition.

   Les acteurs de la vie politique et de la société civile s’accordent pour reconnaître un certain nombre de changements positifs ces dernières années. La liberté de presse et d’opinion est effective. C’est dans cette optique que le ministre de la Fonction Publique,  Gilbert Bawara, un des proches collaborateurs du président sortant, martèle que la candidature n’est  pas la finalité et que le rendez-vous du 22 février prochain sera une occasion de renforcement de la démocratie..

   Faure Gnassingbé mettra en avant les performances et les indicateurs économiques qui ont valu à son pays des bonds qualitatifs aussi bien au plan international et national. Alors, il s’agira pour le Chef de l’Etat d’incarner un Togo qui avance et qui se développe. Porté par un taux de croissance de 5 % depuis cinq ans, le pays bouge : nouvelles routes, nouveau port, nouvel aéroport, amélioration sensible du climat des affaires (le Togo fait partie des 3 économies au monde qui ont le plus réformé la réglementation des affaires, selon “Doing Business“) et progrès sociaux incontestables. Les finances publiques sont assainies avec rigueur et le taux de désendettement inscrit dans une courbe qui ne cesse de baisser.

  Mais, vu du côté de l’opposant Jean-Pierre Fabre, leader de l’ANC,  qui continue de contester  la candidature du président sortant, ce tableau est loin de la réalité. L’opposant qui a déposé un recours le 27 janvier pour faire invalider la candidature du président Faure  -recours rejeté par la Cour constitutionnelle- a annoncé dans les médias son intention d’introduire une nouvelle demande devant la Cour de justice de la Cédéao. Arrivé  deuxième lors des deux dernières présidentielles, Jean-Pierre Fabre entend mener une intense campagne de terrain en évitant le  retour de bâton médiatique de la part de ceux qui estiment que son programme se limite à la demande d’une alternance. Après que l’ANC ait surtout formé ces dernières semaines ses futurs représentants dans les bureaux de vote, le candidat entend, comme le président sortant, commencer la campagne à l’intérieur du pays .

De son côté,  Agbeyome Kodjo va lui aussi sillonner le pays , « de Lomé à Cinkassé  (petite ville située à la frontière avec le Burkina Faso) », précise Fulbert Attisso, le coordinateur général de sa campagne. Investi seulement le 31 décembre dernier, l’ancien Premier ministre de Gnassingbé Eyadéma, qui prône l’alternance avec la sagesse d’un Bouddha , a commencé depuis peu à «se présenter» à la population, que ce soit sur les marchés de Lomé ou à l’intérieur du pays. A la tête du MPDD (Mouvement patriotique pour le développement et la démocratie), il est candidat pour la deuxième fois à la magistrature suprême après l’élection de 2010 où il avait obtenu 0,9 % des voix.

Cette élection sera aussi le deuxième essai  pour Mohamed Tchassona Traoré, 60 ans, Président de l’ADDI (Alliance démocratique pour le développement intégral).  Lors  du premier essai,  en 2015,  il avait obtenu 0,9 % des voix. Autre candidat, Aimé Tchabouré Gogué, ancien vice-recteur de l’Université du Bénin à Lomé, qui avait obtenu 4,6% lors des présidentielles de 2015.

Les deux derniers candidats sont des anciens de la C14 : Dr Georges William Kouessan, 53 ans,  représentera le Parti santé du peuple et Komi Wolou, 56 ans,  le Parti socialiste pour le renouveau (PSR). 

 Fabre,  malgré le fait qu’il conteste la candidature de Faure,  compte le mettre en ballotage pour un second tour décisif .  Le pari s’annonce d’autant plus compliqué que l’opposition se présente divisée. Sans compter que certaines figures appellent également au boycott du scrutin comme Tikpi Atchadam, le très populaire leader du PNP. Le défi pour les candidats en lice sera donc de parvenir à mobiliser un électorat potentiellement tenté par l’abstention. Pour ce faire, les opposants devraient pouvoir compter sur Togo-Debout.  Ce Front citoyen, qui rassemble une vingtaine d’organisations de la société civile, n’envisage pas pour l’instant d’appeler au boycott du scrutin. « Je pense que nous allons accompagner ce processus jusqu’au bout et voir ce qu’on pourra en tirer ».

Au regard de tout ce qui précède, face  aux acquis enregistrés par le pays sur le plan économique et face  à ses adversaires et une opposition divisée, le Chef de l’État sortant, candidat à sa propre succession,  aura l’avantage de mettre en avant son bilan tout au long de la campagne pour galvaniser les électeurs. Face à lui, un Jean-Pierre Fabre déterminé et une jeunesse togolaise à la recherche d’opportunités .

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