Dans un entretien accordé à Financial Afrik dans le cadre du forum Agoa 2017 ouvert mardi à Lomé, le ministre de la communication du Togo, Guy Madjé Lorenzo, propose des mesures pour un profit optimal de cette loi en faveur des opérateurs économiques africains. « L’Agoa nécessite pour chaque Etat de décliner une vraie stratégie à mettre en œuvre », déclare cet ancien ministre du commerce et de la promotion du secteur privé de son pays.


Il est admis de tous que l’Afrique et ses opérateurs ne profitent pas assez des dispositions de l’AGOA. Que faire pour changer la donne ?


Il faudrait une appropriation, parce que l’Agoa est une loi avec des dispositions bien particulières. Il faudrait qu’au niveau de chaque Etat, l’on puisse s’approprier déjà cette loi, qu’on la comprenne bien et que l’on voie tout ce qui est demandé pour pouvoir en bénéficier. Comme toute loi, il faut la maîtriser pour pouvoir l’exécuter. C’est le premier point.

Cela fait 17 ans que les Américains ont mis cette opportunité à notre disposition. Mais si nous voulons aujourd’hui en bénéficier, nous devons aider nos producteurs, nos industriels, nos commerçants, à améliorer la qualité de leurs produits. Evidemment, la loi Agoa fait tomber les barrières douanières, mais il reste les barrières phytosanitaires. Le marché américain étant un marché qui a une exigence très forte en matière de qualité, nous devons élever la qualité des produits que nous voulons exporter. Cela nous amène à avoir une révolution totale de la manière d’approcher notre production, le conditionnement, etc., pour passer ces barrières phytosanitaires, d’une part.

Par ailleurs, le marché américain est un marché très diversifié et qui a ses propres exigences en matière de commercialisation. Je vais faire un parallèle. En Afrique, le producteur produit dans son champ, amène dans le meilleur des cas sa production au bord de son champ où il y a des commerçants et qui vendent en l’état au marché sans transformation. Ou alors, c’est le producteur lui-même qui cultive et va sur le marché pour vendre lui-même. C’est une perte de temps. On ne peut pas intervenir comme cela sur le marché américain. La commercialisation se fait par des filières, des canaux, par toute une chaîne à valeur ajoutée. Et donc, il faudra que nos producteurs s’organisent pour bénéficier des opportunités du marché. Il faudra que nous puissions, avec les organisations de la société civile et le secteur privé, les organiser en filière de production, en filière de transformation, et qu’ils forment des entités ayant une taille permettant la négociation, et qui leur permette ensuite de s’introduire, à travers des représentants de la diaspora qui sont déjà implantés ou d’organismes qui travaillent déjà sur le marché américain et qui maîtrisent ce marché.

Je pense que si nous arrivons à suivre cette démarche, nous allons pouvoir intégrer dans la chaîne de valeur du commerce international nos producteurs, commerçants et industriels.

 


Quelle devra être alors la partition des autorités politiques dans ce processus ?


L’Agoa nécessite pour chaque Etat de décliner une vraie stratégie à mettre en œuvre. Et donc, je pense qu’en ce qui concerne le Togo, le ministère du commerce a travaillé sur cette stratégie qui sera déployée dès la fin du forum pour capitaliser là-dessus, et permettre de manière inclusive que du petit producteur à l’industriel, l’on puisse exporter vers le marché américain. Il appartient maintenant de la déployer avec les organisations de la société civile, le secteur privé, la chambre du commerce qui a un très grand rôle à jouer, toutes ces organismes et la diaspora qui ont un grand rôle à jouer dans cette stratégie. Donc je pense que le fait de pouvoir imaginer, mettre en place, décliner et mettre en œuvre cette stratégie nous permettra d’aider tous ceux qui sont tout au long de la chaîne, de la production à la commercialisation en passant par les intermédiaires.

 


En 2015, les Etats africains ont plaidé pour une reconduction de l’Agoa. Est-ce qu’à titre personnel, le Togo peut se dire satisfait de la première expérience ?


Parlant d’Agoa, le Togo n’est éligible que depuis 2008. Mais il y a certaines entreprises qui ont compris immédiatement le plus à tirer de cette éligibilité à l’Agoa, et se sont engouffrés dedans. Mais c’est vrai qu’au jour d’aujourd’hui, beaucoup d’entreprises qui auraient pu en bénéficier ne l’ont pas fait, par méconnaissance ou par crainte. Mais je pense que nous allons rattraper ce retard sur les 8 années qui nous restent avant 2015, avec la stratégie nationale Agoa mise en place par le ministère du commerce, sous l’impulsion du gouvernement.

 


Quelle est donc l’attente des autorités togolaises à l’issue du forum ?


Que nos producteurs, nos transformateurs, nos industriels, les femmes et les jeunes entrepreneurs se disent qu’à travers la stratégie nationale Agoa, nous avons une nouvelle opportunité. Il en est temps. Nous souhaitons pouvoir avoir des financements structurés pour l’exportation, ce que nous avons peu, ou pas jusqu’à présent. Et donc à la fin, si les producteurs, de manière inclusive, pourraient bénéficier de financements, de conseils, de l’expérience avérée de ceux qui ont déjà fait l’expérience Agoa et des togolais de la diaspora qui travaillent sur le marché américain, je pense que pour le gouvernement togolais, nous aurons atteint nos objectifs. Ça peut aller très vite sur le moyen ou long terme, avant expiration des années que nous avons encore devant nous. Nous verrons comment l’agro industrie, le secteur du tissu et autres vont pouvoir par l’Agoa, modifier sensiblement la formation du PIB togolais. Le but est de permettre l’éradication de la pauvreté, le plein emploi à tous les jeunes qui sont actuellement sur les bancs ou en formation,et la constitution d’une classe moyenne urbaine et rurale qui tire la consommation.

 


Pour promouvoir le commerce, il faut que le Togo dispose de textes attrayants, et fasse preuve de bonne gouvernance. Qu’en est-il aujourd’hui ?


En matière de textes, nous avons fait de nombreuses réformes énumérées par le Doing Business et le parcours MCC que nous avons. En ce qui concerne Doing Business, nous avons pu gagner des places. Il reste la question foncière qui est une question cardinale et que nous sommes en train de régler et à travers le MCC. Les efforts en matière économique nous ont permis, il y a quelques mois, d’atteindre le seuil du treshhold. Nous sommes maintenant en train d’acheminer à grands pas vers le Compact. C’est dire que tout s’améliore sensiblement.

Surtout n’oubliez pas que chez les Américains, la gouvernance et la corruption sont des choses sur lesquelles l’on ne badine pas. Si nous avons pu être éligibles à l’Agoa, progresser dans le Doing Business et à travers le MCC, c’est parce que les réformes qui ont été faites également pour combattre ces maux qui ruinent l’intérêt général et l’ économie générale, sont en train d’être jugulés.

 

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