Par Siré SY, Président du Think Tank Africa WorldWide Group

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Au cœur de l’Emergence

L’Emergence est un concept qui date des années 90. L’émergence est apparue pour la première fois, dans le milieu des banquiers d’affaires. A l’origine, le concept faisait plus allusion à la nouvelle profitabilité  économique dans les nouveaux marchés en Amérique du Sud, à cette époque. Depuis, le concept d’émergence a franchi le segment des marchés pour designer toute une économie voire même un pays. L’absence de définition univoque-donc des définitions variables- fait qu’on parle de pays émergents, de pays en voie d’émergence, pays en émergence etc…Chez nous au Think Tank Africa WorldWide Group, nous disons que l’émergence est caractérisée comme l’accélération de la croissance économique d’un pays, sur une période suffisamment longue (entre 10 et 30 ans) pour pouvoir être qualifiée de durable, et que cette croissance économique soit complétée par une amélioration très significative des conditions sociales pour que le développement soit intégral. Sans quoi, l’émergence serait alors de l’Economisme et non pas de l’Economie. Car, il y va de la Vie comme il y va de l’Economie : Point de rupture.

Comment mesure t-on l’émergence?

Trois critères permettent de mesurer l’Emergence : des critères macroéconomiques (avec un PIB supérieur à 7% par an sur 10 ans de suite) ; des critères financiers (marché intérieur en expansion, marché boursier dynamique et volume important des investissements et des exportations) et des critères sociaux (stabilité politico-institutionnel, de bonnes indicateurs de développement humain).

Sur quels leviers s’appuyer pour émerger ?

Trois leviers: le premier levier est les Ressources, à la fois naturelles (dotations factorielles) et humaines, tant qu’il est vrai que l’Humain est au début et à la fin de tout développement économique et de tout progrès social. Le deuxième levier est les Politiques publiques et c’est là que le Leadership et la Vision stratégique et prospective du Décideur ou du Dirigeant au plus haut niveau, sont attendus.  C’est là aussi, tout le nœud gordien des stratégies d’émergence en Afrique parce que l’Emergence s’inscrit dans le Temps. L’Emergence parle au temps politique (futures générations) et au temps long (reclassement géostratégique) alors que la plupart de nos Dirigeants et Décideurs en Afrique, sont dans le temps électoral (mandat) et dans le temps court (les urgences). Sans compter, l’énorme déficit à combler en termes de Gouvernance sobre et vertueuse (Bonne Gouvernance). Le troisième levier à s’appuyer pour amorcer une stratégie d’émergence est : un secteur privé national fort, des capitaux privés nationaux qui dominent votre économie nationale. Si des pays en Afrique du Nord l’ont réussi (Maroc, Algérie, Egypte), c’est tout le contraire en Afrique au Sud du Sahara (excepté l’Afrique du Sud) où le tableau est anecdotique : l’économie, dans ses segments les plus profitables, est entre les mains de capitaux étrangers qui sont plus dans une logique de fructifier leur Capital que de porter le Développement. C’est ce qui fait que dans la plupart de ces pays, les taux de croissance sont positifs d’années et années alors qu’au même temps et sous le même rapport, des pans entiers de la population, basculent dans la pauvreté (la classe moyenne), d’autres (les pauvres) dans l’extrême pauvreté. Résultat des courses, la plupart des stratégies d’émergence surtout en Afrique de l’Ouest et du Centre et particulièrement dans la Zone CFA, sont frappées et plombées par ce qu’on appelle en Economie, l’effet Duisenberg.  Nos indicateurs macroéconomiques et de synthèse- donc l’extérieur- est embellie alors que l’intérieur (économie réelle et dynamique interne) est pourri.

Que peuvent apprendre les pays africains de ces pays émergents ?

Non seulement l’émergence n’est pas une linéarité continue mais aussi elle n’est pas une totalité globalisante. Car, de la même manière qu’il y a autant de définitions, de la même manière qu’il y a des modèles et des trajectoires d’émergence. Ainsi, le modèle d’émergence de la Chine est différent de celui de l’Inde qui lui-même est différent de celui d’Afrique du Sud, qui lui-même est différent de celui de la Malaisie, qui lui-même est différent de celui de la Russie, qui lui-même est différent de celui de la Turquie, qui lui-même est différent de celui du Brésil, pour n’en citer que ces modèles et trajectoire de reclassement géoéconomique et géostratégique.

Toutefois, même si ces modèles d’émergence sus-énumérés sont différents dans leurs trajectoires et leurs angles d’approches, tous ont pour plus petits dénominateurs communs : (1) la gouvernance par l’exemplarité ; (2)qu’ils ont osé les ruptures par rapport aux prêts à penser idéologiques, (3) qu’ils se sont inscrits dans une approche inclusive faite de démarche pédagogique d’appropriation de leurs stratégie d’émergence ; (4) tous ont fini de démontrer de l’importance du Leadership au plus haut niveau si nous voulons réussir un Management de la Très Haute Performance- donc l’émergence.

Nous n’avons pas à copier ni à dupliquer ces modèles d’émergence  mais nous devrions nous en inspirer pour émerger tous ensemble, dans le cadre de blocs sous-régionaux. Car, aucun pays pris individuellement, en Afrique au Sud du Sahara, n’émergera, que si et seulement si, nous entrevoyons tous l’horizon, dans le cadre d’une masse critique pour jouer sur nos complémentarités, reprendre notre destin en main et renégocier notre place dans la mondialisation qui est à la fois, totalité et morcellement. Alors, à la suite des plans nationaux d’émergence, nous devrions travailler sur le Plan d’Emergence Afrique de l’Ouest, le Plan d’Emergence Afrique du Centre, Plan d’émergence Afrique du Nord, Plan d’émergence Afrique Australe, Plan d’émergence Afrique de l’Est.

Siré SY, Président du Think Tank Africa WorldWide Group