«Notre marché profite pleinement de la bonne santé de l’économie ivoirienne»

Roger BOA Johnson-président de l’asaci
Roger BOA Johnson-président de l’asaci

Directeur général d’Axa Côte d’Ivoire et président de l’Association des Sociétés d’assurance locales (ASACI), Roger Boa Johnson  estime que le marché ivoirien est porté par la forte croissance du pays et l’excellence des relations entre les acteurs du secteur et l’Etat. Dopé par une croissance moyenne de 7 à 10% depuis la fin de la croise socio-politique en 2011, le premier marché de la zone CIMA  a dressé une feuille de route très claire pour 2017.

Comment le marché ivoirien a-t-il évolué en 2016 dans ses différents compartiments ? 

Les premiers chiffres disponibles sont provisoires et difficile à commenter à ce stade. Cependant nous pensons que le marché va poursuivre sa progression amorcée depuis la fin de la crise qui devrait se situer entre 7 et 10%.


Depuis la fin de la crise politique en 2011,  l’on  assiste à un retour en force de ce marché. Comment s’explique sa suprématie par rapport aux marchés du Cameroun, du Sénégal et du Gabon ?

Je vois plusieurs raisons. La première: la croissance forte après la fin de la crise s’explique d’abord par un effet mécanique de rattrapage induit par les investissements importants, surtout dans les infrastructures.  Ensuite, il y a une corrélation entre l’augmentation du taux de croissance du PIB et le taux de croissance du marché des assurances. Le marché profite pleinement de la bonne santé de l’économie Ivoirienne et des investissements majeurs réalisés tant par le secteur public que par le secteur privé.

La seconde liée à la première, compte tenu des performances économiques du pays, notre marché est devenu très attractif et enregistre l’arrivée de nouveaux acteurs notamment Marocains.

La dernière est l’excellence des relations avec les autorités notamment la tutelle pour adresser rapidement les problèmes du marché.


Quels sont les principaux leaders du marché ivoirien et comment évoluent-ils par rapport au reste du marché ?

Le marché Ivoirien comprend à ce jour 31 sociétés dont 19 en non vie et 12 en vie avec un chiffre d’affaires de 284 milliards FCFA  au 31-12 -2015. Les leaders en vie sont SUNU, Saham, Allianz et NSIA. Les leaders du marché en non vie sont Saham, Allianz, NSIA, AXA, SUNU et Atlantique Assurances. Les leaders ont accès aux grands comptes internationaux notamment les grands programmes, les fronting et les acceptations des autres sociétés de leur groupe. En plus de ces avantages, il y a l’organisation de ces sociétés, le dynamisme commercial local, la qualité des relations avec les intermédiaires et surtout la capacité des compagnies à faire face dans les délais aux engagements en cas de sinistre. De plus en plus, les assurés intègrent cette dimension dans le choix de leur compagnie d’assurance.


Comment le relèvement annoncé du capital minimum devra-t-il se répercuter sur la Côte d’Ivoire et sur le reste de la CIMA en général ?

Les études réalisées  par des cabinets spécialisés donnent une première photographie de la situation tant en Côte d’Ivoire que sur les différents marchés de la zone CIMA, de l’impact du texte sur le relèvement du capital minimum. De mon point de vue, la situation à terme du marché Ivoirien va dépendre de la  capacité des acteurs à anticiper cette évolution et de leur imagination pour renforcer rationnellement les fonds propres. L’association se tient à la disposition des acteurs pour les accompagner s’il y a lieu, avec nos partenaires techniques. Ce qui est certain, c’est qu’au terme de ce processus, il y aura des sociétés fortes, capables d’impulser une nouvelle dynamique au marché.


Quelles sont vos perspectives de l’ASACI pour 2017 ?

Nous avons recruté un nouveau Secrétariat Général qui a pris fonction le 3 janvier 2017, avec une feuille de route très claire, redynamiser le fonctionnement de l’association, donner plus de la visibilité à notre profession et faire aboutir les principaux projets du bureau exécutif. Il s’agit principalement de :

• l’assainissement de l’assurance santé. Nous avons aujourd’hui plusieurs acteurs dans la gestion de l’assurance santé en Côte d’Ivoire. Il nous faut,  de concert avec la direction des assurances, adresser cette question importante dont la résolution peut impacter positivement le chiffre d’affaires du marché et le niveau des taxes perçues par l’Etat sur ces contrats.

• l’accompagnement de l’Etat dans la mise en place de la CMU. Les autorités Ivoiriennes lancent en phase test début 2017, la Complémentaire Maladie Universelle (CMU). En tant que principal acteur du secteur de l’assurance, il nous faut accompagner le processus et apporter notre expérience et surtout préserver les intérêts de notre corporation.

• l’assainissement des intermédiaires d’assurance.  Avec la direction des assurances, nous allons poursuivre l’assainissement du secteur de l’intermédiation en assurance. Nous saluons au passage la décision du pool TPV de mettre en circulation  à compter du 1er janvier 2017, des attestations d’assurance auto de couleurs  différentes en fonction du type d’usage et valable seulement pour une année pour lutter contre la fraude.

• du règlement rapide des sinistres matériels auto. Nous allons en 2017, lancer le processus de règlement rapide des sinistres matériels automobile pour redorer l’image des assureurs. Pour ce projet, nous bénéficions de l’expérience de la fédération Marocaine avec laquelle nous avons signée une convention et qui a accueilli en novembre 2016, les régleurs sinistres et des informaticiens du marché pour s’approprier la méthodologie.

• la prise en charge rapide des victimes des accidents de la circulation. Nous allons soutenir davantage l’initiative pertinente du fonds de garantie automobile (FGA) pour la prise en charge rapide des victimes des accidents de la circulation. Des points d’accueil ont été construits dans les principaux CHU d’Abidjan.

• la dématérialisation du certificat transport. À la suite du Cameroun et du Sénégal, nous sommes en négociation avec les autorités pour la dématérialisation des certificats maritimes, obligatoires pour le dédouanement de toutes marchandises importées. La réalisation de ce projet va induire mécaniquement l’augmentation du chiffre d’affaires de la branche transport comme cela a été noté dans tous les pays qui ont opérés cette réforme.

• la mise en place de la médiation en assurance. Nous sommes en contact avec la fédération française de l’assurance pour la mise en place de la médiation en assurance en Côte d’Ivoire. Il s’agit pour nous d’un projet important sur lequel nous avons dédié spécialement un membre du bureau exécutif. L’objectif est de traiter rapidement les litiges du secteur et contribuer à améliorer notre image vis à vis du grand public.

• la participation à la réforme du système de la sécurité sociale de concert avec la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale pour une meilleure articulation des différents régimes afin de sauvegarder les intérêts des sociétés vie du marché.

• l’accroissement du chiffre d’affaire du marché qui passe aussi par l’augmentation du nombre des assurances obligatoires. Nous saluons la direction des assurances pour le séminaire de sensibilisation des professions soumises à l’obligation d’assurances organisé en 2016. Nous allons travailler principalement sur l’obligation de l’’assurance incendie et de l’assurance construction en 2017.

• la poursuite de  notre plan de renforcement des capacités. Il s’agit également d’un point important de notre plan d’actions pour cette année. Pour les collaborateurs, nous avons signés des conventions avec des réassureurs majeurs opérant dans la zone CIMA aux termes desquelles ils se sont engagés à organiser chaque année au moins un séminaire de formation de haut niveau.  Pour les membres de notre association, nous allons poursuivre l’organisation des rencontres thématiques pour aborder avec des spécialistes, les préoccupations du marché et des compagnies d’assurances.

• Enfin, le bureau exécutif a fait de la communication un point des points importants de son plan d’actions. Cela va se traduire cette année par une animation régulière du site internet et une présence renforcée sur les réseaux sociaux.  Nous allons lancer une campagne qui passe par la diffusion de petits films en relation avec la télévision, pour sensibiliser les populations sur leurs droits, les procédures, les modalités de règlement des sinistres,  l’importance et le rôle de l’assurance pour les populations.

Au total, l’objectif du bureau exécutif en 2017 avec toutes les actions décrites sera de maintenir le leadership du marché dans la zone CIMA. Cela passe principalement par les actions pour accroître le chiffre d’affaires, la lutte contre la fraude, l’amélioration de la qualité de service vis-à-vis des assurés et bénéficiaires de contrat, la mise en place de mécanisme et d’instruments de gestion performants de nos sociétés et de notre association en mettant à profit nos acquis notamment le siège, propriété de l’association, bâti sur 2000 m² avec des salles de réunion  et de formation fonctionnelles.


Propos recueillis  par Adama Wade

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