Par Amédée Mwarabu (Kinshasa).

La dernière grande banque africaine à débarquer en République démocratique du Congo est la kenyane Equity Bank. Environ 10 banques opérant en RDC viennent de pays africains. Pour autant, les opportunités d’investissement dans le secteur bancaire restent importantes au regard du faible taux de bancarisation du pays.

Paradoxal: pas une banque où l’actionnariat est principalement congolais

L’Univers bancaire de la République démocratique du Congo compte 18 banques commerciales. Dans le lot, environ 10 banques commerciales sont d’origine africaine. Quatre banques ont un actionnariat familial d’origine asiatique ou européenne. Il n’existe plus de banque où l’actionnariat est principalement détenu par des Congolais.

Ecobank, Afriland first Bank, Bank of Africa (BOA), UBA (United for Africa), Equity Bank, Access Bank, BGFIBank, FiBank, Stanbic Bank, FBNBank DRC, filiale de la First Bank of Nigeria, sont autant des banques implantées dans les pays africains et qui ont pris l’option de se redéployer au Congo Kinshasa où le marché a encore de fortes marges de progression.

L’implantation de ces grands labels africains a coïncidé avec la période de stabilité et de progrès économique qu’a connue la RDC depuis la tenue des premières élections démocratiques en 2006. Mais, fondamentalement, ce sont les performances économiques enregistrées de manière continue par Kinshasa depuis la reprise de sa coopération structurelle avec les institutions de Bretton Woods en 2002 qui expliquent le placement de ces investissements africains dans le secteur bancaire congolais.

La dernière venue sur le marché congolais est la kenyane « Equity Bank » qui a racheté ProCredit Bank. Dès l’acquisition, Equity Bank a dévoilé ses ambitions. « Ce projet d’acquisition correspond à notre stratégie de croissance dans le cadre de notre engagement à étendre les services bancaires et à améliorer l’inclusion financière en Afrique. En RDC, Equity Group prévoit d’investir dans une technologie de pointe qui permettra à la banque d’offrir un service à ses clients facilement et plus efficacement », avait déclaré James Mwangi, PDG et Directeur Général de Equity Group Holdings Limited. A la suite de Equity Bank c’est la Banque commerciale kenyane qui ambitionne, depuis le premier semestre 2016, de s’implanter dans dix pays dont la RDC, selon son planning d’expansion en Afrique d’ici à 2020.
Un marché à mille opportunités : 40 millions de congolais n’ont pas de comptes bancaires 

Malgré l’implantation d’autant de banques venues des pays du continent noir, le secteur bancaire congolais garde toutes ses opportunités. La RDC ne compte que 13 millions de comptes bancaires ouverts. L’on estime que plus de 40 millions d’adultes congolais restent en dehors du circuit bancaire classique sur une population de plus de 75 millions d’habitants. Mieux, la bancarisation concerne au 21ème siècle tout le monde, les parents peuvent ouvrir des comptes épargnes pour leurs nourrissons. Donc, c’est toute la population congolaise qui est la cible potentielle. Bien plus, avec les objectifs de l’émergence de la RDC à l’horizon 2030, il faut donc compter sur les bonnes perspectives économiques du pays. Surtout en ce qui concerne les banques à distance notamment le Mobile banking et le Mobile money. Le pays compte déjà 35 millions d’utilisateurs de téléphones portables, des potentiels candidats à la bancarisation ou à l’inclusion financière par le Mobile banking ou le Mobile money. Sur cette branche aussi, des bonnes perspectives sont possibles car l’on dénombre à peine 2 millions d’utilisateurs actifs de Mobile Money en RDC.

Des parts de marché peuvent aussi être glanées dans l’élargissement du réseau bancaire. Les banques classiques restent établies dans les grandes villes de la RDC comme Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Matadi, Bukavu et Goma. Depuis 2015, avec la nouvelle subdivision administrative, le pays est passé de 11 à 26 provinces. Il y a des provinces entières qui sont privées d’agences bancaires. Ce qui laisse un challenge à ces banques africaines et même aux nouvelles venues dans ce deuxième plus vaste pays du continent après l’Algérie.

La RDC a eu la chance de bénéficier de l’arrivée de groupes bancaires panafricains ayant des stratégies régionales à long terme mais aussi misant sur l’élargissement de leur offre par notamment le Mobile banking. Ce qui contribue non seulement à la solidité du secteur bancaire congolais mais aussi à le mettre au diapason de l’évolution technologique.
Une législation propice au marché bancaire

Lors des grandes réflexions organisées en avril 2016 sur le Mobile banking, l’agence « Altaï Consulting », une agence internationale de recherche en stratégies, a souligné que la « réglementation mise en place en RDC sur le paiement mobile est standard et est propice au développement des services mobile money par des opérateurs bancaires et non bancaires ». Tout Aussi, ce bureau d’études de renommée mondiale a indiqué que « le succès futur des fournisseurs de services branchless banking (banque à distance) en RDC tiendra de leur capacité à se positionner rapidement sur un marché en pleine croissance et en mutation ». Un témoignage qui ne peut pas passer  inaperçu auprès des banques à la recherche des marchés porteurs comme celui du Congo Kinshasa.

Cependant, il sied de noter que les quatre banques qui occupent 70% du marché bancaire congolais appartiennent plutôt à quatre grandes familles d’origine asiatique ou européenne. Il y a la Rawbank, numéro 1 en RDC, dominée par la famille Rawji, la Banque commerciale du Congo (BCDC), sous le contrôle du groupe Fortis et de l’Entreprise générale Malta Forrest (EGMF), la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) où la famille Blattner détient une majorité des parts et qui est la seule où l’État congolais détient des parts, et la Trust Merchant Bank (TMB) avec comme actionnaire ultra majoritaire la famille Levi. La dizaine des banques africaines opérant en RDC se partage les 30 % du marché restant avec les autres labels comme l’américain CITI, la libanaise Sofibank, Advans Banque Congo ainsi que Bublos bank RDC et FirstBank.

Toutefois, Altaï Consulting soutient qu’avec une croissance économique forte (7.7% en 2015 et 5,3% prévue en 2016) ; une importante population de près de 75 millions d’habitants avec un taux de croissance démographique annuel de 3,2% ; une faible pénétration services bancaires ; un environnement légal régissant les services financiers digitaux largement propice à leur développement ; un marché des télécoms dominé par un faible nombre d’opérateurs qui ont initié l’émergence d’une société cashless via leur services de mobile money ; un contexte favorable à l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment avec l’augmentation de l’utilisation de Smartphones ; la RDC reste une meilleure destination des investissements bancaires et de leur développement. Pour autant, tout ceci dépendra de l’avenir politique du pays qui pour le moment reste incertain.

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