Adama Wade, envoyé spécial 

 

Abidjan. En dépit de leur progression sur ces dernières années, les Bourses africaines restent encore modestes. Leur capitalisation cumulée n’excède pas 1090 milliards de dollars, soit à peine 50% du PIB du continent. Le nombre des sociétés cotées est de 2 000  contre 5 200 pour l’Inde. 

Ces chiffres rappelés par Edoh Kossi Amenouvé, Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), sont venus planter le décors d’un débat riche sur le rapport entre la PME et la Bourse.
C’était dans l’après midi du lundi 15 juin, premier jour du forum de la finance africaine (FIFAS 2015). «Même la puissante Afrique du Sud ne compte que seulement 60 PME cotées. L’Egypte en compte 24 et le Maroc 15», poursuit M. Amenouvé qui termine son intervention avec ce qui sonne comme une conviction: «Ce ne sont pas les incitations qui font le marché, c’est l’offre et la demande».
Autrement dit, il ne suffit pas de la carotte fiscale pour attirer les petites et moyennes entreprises en Bourse. Pourvu encore qu’il y ait véritablement une offre conséquente de PME candidates. Présent dans ce panel, Geoffrey Odundo, directeur général de la Nairobi Stock Exchange,  rappelle pour sa part que la mise en place d’un compartiment «Entreprise et Croissance » dédié aux PME à fort potentiel a joué un rôle important ces dernières années . Il est vrai que le géant Est-africain présente une offre conséquente avec 10 millions de PME réalisant 50%du PIB, 80% des emplois et 90% des nouveaux emplois.
La BRVM qui envisageait un temps la mise en place d’un compartiment dédié à la PME semble privilégier désormais la mise en place de plusieurs mécanismes dont un fonds sensé soutenir les candidats à l’introduction pour faire face à d’éventuels coûts. La place abidjanaise a entériné aussi plusieurs conventions avec des fonds d’investissement et des fonds de garantie dans le but de soutenir les PME.
Pour l’heure, en dépit des efforts engagés, l’Afrique reste une zone où le financement bancaire est prépondérant. Un peu comme en Europe où,nexplique Ibrahima Kobar, Directeur des investissements de Natexis Asset Management, «seuls 30% des financements des entreprises proviennent du marché contre 70% pour le financement bancaire classique. Aux USA, c’est plutôt l’inverse».
L’expert relève quelques bouleversements réglementaires intervenus depuis la crise financière de 2008 et qui, à l’instar de Bâle III, ont renchéri le financement bancaire».«Il y a 25 ans, l’on achetait la dette d’Etat. Puis avec la crise de la dette souveraine, on a commencé à acheter l’obligation des grandes entreprises (corporate investissement ). Avec Bale III, les banques refusant de prêter de l’argent aux PME, celles-ci se sont tournées vers les institutionnels . La réglementation a évolué chez les assureurs leur permettant désormais de prêter de l’argent aux PME».
Il convient pour l’Afrique de ne pas rester à la marge de ces dynamiques. Le manque de financement des PME est causé moins par l’absence de liquidités que par une réglementation trop coercitive.

 

 

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