L’Afrique confirme son basculement vers une économie numérique structurée, portée par l’essor rapide des systèmes de paiement instantané (SPI). Selon le rapport SIIPS 2025 publié par AfricaNenda Foundation, le continent compte désormais 36 systèmes opérationnels dans 31 pays, pour un volume cumulé proche de 2 000 milliards de dollars et plus de 64 milliards de transactions en 2024.
Une transformation profonde des infrastructures financières
Cette dynamique traduit une transformation profonde des infrastructures financières africaines. Avec une croissance annuelle moyenne de 35 % en volume depuis 2020, les SPI s’imposent comme un socle stratégique, en réduisant les coûts de transaction et en accélérant la circulation des flux économiques.
L’année écoulée a vu le lancement de cinq nouveaux systèmes nationaux, confirmant à la fois une adoption rapide et une volonté politique croissante d’élargir l’accès aux services financiers.
Des écosystèmes de plus en plus matures et inclusifs
Au-delà des volumes, la maturité des écosystèmes progresse. L’orientation vers des plateformes multisectorielles interopérables, ouvertes aussi bien aux banques qu’aux acteurs non bancaires, favorise une inclusion financière plus large.
Le Nigeria, avec son système NIP, atteint désormais le niveau le plus avancé en matière d’inclusivité, illustrant le potentiel d’un modèle déployé à grande échelle.
Résultats
Plusieurs expériences nationales renforcent la crédibilité de cette trajectoire. Au Libéria, un système de paiement mobile déployé en 73 jours a déjà traité plus de 11 millions de dollars sans interruption, démontrant que rapidité d’exécution et efficacité opérationnelle peuvent aller de pair.
Au Rwanda, la modernisation d’eKash, fondée sur une architecture ouverte, a permis d’intégrer les institutions de microfinance et les coopératives, consolidant ainsi l’accès aux services financiers pour les populations les plus vulnérables.
Un enjeu stratégique pour les États et les investisseurs
Pour les décideurs publics comme pour les investisseurs, l’enjeu dépasse désormais la seule innovation technologique. Les SPI constituent une infrastructure publique numérique essentielle, capable de fluidifier les transferts sociaux, de sécuriser les transactions des PME et de soutenir l’intégration des marchés africains.
Malgré cette progression, près de 400 millions de personnes restent encore exclues du système bancaire, tandis que les usages demeurent hybrides, les espèces conservant une place dominante dans de nombreux pays.
Les défis persistent : fragmentation réglementaire, insuffisance des infrastructures, coûts perçus comme élevés et confiance encore fragile des utilisateurs. L’interconnexion des systèmes, notamment pour les paiements transfrontaliers, reste conditionnée à une harmonisation des normes et à une coordination renforcée entre les États.
Un levier de croissance et de souveraineté économique
Dans ce contexte, l’investissement dans les infrastructures de paiement apparaît comme un levier stratégique de croissance. En structurant des systèmes instantanés, interopérables et inclusifs, l’Afrique se dote des fondations d’un marché intégré, compétitif et attractif pour les capitaux internationaux.
Les paiements numériques ne sont plus un simple service : ils deviennent un pilier de souveraineté économique et un accélérateur de développement à l’échelle du continent.

