Le salaire minimum congolais a augmenté de moitié dès ce mois de janvier 2026. Séduisante sur le papier, cette mesure pourrait cependant fragiliser des entreprises déjà exsangues et précipiter vers le secteur informel de larges pans de travailleurs. Le contraire, donc, de l’effet recherché.
[1 USD équivaut à 2 306,11 CDF] À partir de janvier 2026, le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est passé de 14 5000 francs congolais (FC) par jour à 21 500 FC (9,32 dollars). Présenté par Kinshasa comme une mesure sociale destinée à compenser l’inflation, cette augmentation massive (+48%) du salaire minimum n’a, de toute évidence, rien d’un simple ajustement conjoncturel ; mais plutôt tout d’un cadeau à la portée hautement politique – pour ne pas dire politicienne.
En choisissant d’accorder une hausse de salaire aussi spectaculaire aux salariés, le gouvernement congolais ne peut cependant ignorer qu’il plonge les entreprises de son pays dans l’inconnu. Brutale, la rupture de trésorerie va nécessairement entraîner pour les employeurs congolais des conséquences dont on peine encore à saisir l’ampleur. Or les entreprises de RDC sont déjà à la peine, évoluant dans un contexte extrêmement volatil.
Une mesure perdant-perdant pour les entreprises et les citoyens congolais
Ainsi en mars dernier, 65% des entreprises de RDC déclaraient auprès du cabinet Target que leur activité était directement impactée par la crise sécuritaire qui fait rage dans l’Est du pays d’Afrique centrale. Interruption des projets, perte de clientèle et baisse de la demande sont d’ores et déjà le lot quotidien des patrons congolais ou qui opèrent en RDC. Comment des entreprises qui fonctionnent depuis des mois en « mode survie » vont-elles pouvoir absorber le choc d’une hausse si soudaine du salaire minimum ?
Le risque est en effet grand que les chefs d’entreprise congolais n’aient d’autre choix que de licencier certains de leurs salariés, faute de pouvoir les payer au SMIG ; ou d’augmenter leurs tarifs pour compenser le manque à gagner. Dans les deux cas, les Congolais seront perdants : sans même parler des éventuels licenciements, le gain de pouvoir d’achat sera, de fait, annulé par la hausse des prix. Par ailleurs, la production de RDC sera mécaniquement moins compétitive que celle de ses voisins, ce qui nuira à la compétitivité de cette région africaine tout entière.
Une prime au secteur informel ?
Mais ce n’est pas tout. La hausse du SMIG va, en effet, entraîner dans son sillage toute une cohorte de conséquences directes et indirectes. A commencer par un alourdissement de la fiscalité du travail, car le SMIG sert d’assiette aux cotisations sociales et patronales. L’augmentation du salaire minimum se surimpose par ailleurs à une fiscalité que le dernier rapport de l’Indice de perception des MPME, établi par la Fédération des entreprises du Congo (FEC), juge déjà « complexe et coûteuse » pour les entreprises locales.
Alors qu’avec une note de 2,5/5 à l’indice SD, l’environnement économique congolais est jugé par la FEC « globalement contraint (et) mitigé, plus proche du seuil de risque que du seuil de confiance », la hausse brutale du SMIG pourrait «paradoxalement favoriser l’économie informelle : beaucoup d’entrepreneurs préfèrent échapper à la formalisation pour éviter la multiplicité des taxes et le harcèlement administratif », mettent encore en garde les auteurs du rapport.
Gare à l’effet boomerang
Au lieu de protéger les travailleurs précaires, le populisme économique présidant à la hausse du salaire minimum pourrait ainsi contribuer à exclure les travailleurs les moins qualifiés du marché légal. Tout en réservant le bénéfice de la protection sociale à une minorité d’actifs, qui sont pour la plupart d’entre eux d’ores et déjà en poste – ce qui serait l’effet inverse de celui officiellement recherché par les autorités congolaises.
Séduisante sur le papier, la hausse prévue du SMIG pourrait donc déstabiliser encore davantage un écosystème congolais déjà stressé. Gare à l’effet boomerang.


Un commentaire
J’ai trouvé la réflexion sur le décalage entre l’intention sociale et la réalité des entreprises très pertinente, on sent bien la complexité de l’équilibre à trouver en RDC. C’est un vrai cas d’école sur les pressions inflationnistes. D’ailleurs, selon toi, est-ce que la solution passerait plutôt par des allégements fiscaux pour compenser cette hausse du SMIG ou par un renforcement prioritaire de la productivité locale ?