Par Dr Seydina Issa Dione, Directeur du Contrôle et de la Conformité, Askia Assurances – Sénégal
Résumé
Dans cet article, nous analysons les enjeux et les perspectives de l’exploitation des technologies intelligentes dans le contrôle des opérations liées aux attestations automobiles digitales au Sénégal. Cette digitalisation constitue en effet une évolution récente du marché des assurances de ce pays d’Afrique de l’Ouest, 3ème marché de la zone CIMA selon le volume des primes, derrière la Côte d’Ivoire, leader incontesté, et le Cameroun.
Les réflexions présentées dans ces analyses mettent en lumière différents défis d’un contrôle renforcé dans la pérennisation des progrès notés au niveau des primes captées sur la branche automobile depuis le lancement de la transformation digitale de l’assurance au Sénégal en 2024. Les assureurs nationaux devront ainsi miser sur ces technologies intelligentes pour étoffer leur dispositif de contrôle. Il faudra donc s’assurer d’avoir toujours une longueur d’avance sur la délinquance numérique qui tire également profit des progrès technologiques. En effet, la digitalisation en soi ne constitue pas un gage de sécurité et une immunisation contre la fraude et, s’y ajoutent les énormes possibilités de « falsification bien justifiée » qu’offrent les algorithmes intelligents modernes.
Par conséquent, les défis du contrôle deviennent de plus en plus nombreux et complexes dans l’assurance automobile au Sénégal. Cet article décline ainsi plusieurs perspectives d’amélioration des dispositifs de contrôle et se projette sur quelques nouveaux produits d’assurance automobile qui pourront résulter de l’exploitation des technologies intelligentes dans le marché sénégalais. Par ailleurs, ce travail pourrait sonner l’alerte dans les autres marchés de la zone pour le renforcement des dispositifs de contrôle, notamment la côte d’ivoire qui a devancé le Sénégal dans la dématérialisation des attestations automobile et également le Burkina Faso qui travaille sur ce projet.
Introduction
Depuis août 2024, le marché sénégalais des assurances a adopté la généralisation des attestations digitales en automobile. A la fin 2025, après une année d’expérience, pendant que tout le marché national se réjouit de la progression des primes d’assurance captées sur la branche [9], le sujet crucial qui attire l’attention reste la maîtrise des nouveaux risques liés à cette innovation. L’efficacité des dispositifs de contrôle en place à tous les niveaux de la chaine de production et de distribution est mise à l’épreuve.
En effet l’importance du volume de données attendues, qu’elles soient financières ou non, soulève la question de la fiabilité de leur analyse et la mise en évidence rapide des anomalies, des comportements suspects et des éventuelles fraudes. C’est ainsi que les technologies intelligentes se présentent comme une réponse à la hauteur des défis et des ambitions de ce marché des assurances de la zone CIMA [2]. La transformation digitale, notamment l’impératif d’effectuer un règlement par e-money avant la génération de l’attestation digitale, impose une communication bien ciblée pour accompagner le changement culturel, la maitrise des risques numériques et l’amélioration des compétences liées à l’analyse de données [1] [3].
Cet article est organisé comme suit avec la première section qui présente le processus de transformation digitale du marché sénégalais de l’assurance automobile. Nous y déclinons également les enjeux de contrôle qui ont suivi cette initiative des assureurs locaux à travers la fédération nationale (FSSA). Les perspectives qu’offrent les technologies intelligentes pour le renforcement des dispositifs de contrôles des opérations d’assurance automobile au Sénégal sont abordés à la section 2. Enfin, la partie 3 est consacrée aux nouveaux produits envisageables dans le marché sénégalais avec un contrôle basé sur les technologies intelligentes.
1- Transformation digitale du marché sénégalais de l’assurance automobile et enjeux decontrôle
La première étape de la transformation digitale a été lancée le 1er juillet 2023 par l’Association des Assureurs du Sénégal(AAS – redevenue FSSA). Elle portait sur la centralisation des attestations d’assurance automobile. Un protocole est alors signé par l’ensemble des Directeurs Généraux des compagnie d’assurances agréées pour pratiquer la branche responsabilité civile véhicules terrestres à moteurs afin qu’un modèle unique d’attestations en version papier soit produit et géré par la fédération.
Le projet de digitalisation proprement dit est officiellement présenté aux autorités nationales le 28 décembre 2023 avec pour objectifs principaux de :
– Garantir la transparence, la traçabilité et la fiabilité des transactions tout au long du processus de contractualisation (souscription, paiement, renouvellement, etc.) ;
– Lutter contre les cas de non-assurance ainsi que les nombreuses fraudes constatées sur les attestations physiques ;
– De garantir des gains de temps considérables pour les assurés et pour les forces de défense et sécurité préposées au contrôle ;
– D’assainir et de surveiller les réseaux de distribution de l’assurance automobile.
La phase test de production des attestations digitales a démarré le 28 mars 2024. Cette étape est marquée par la cohabitation des attestations papier et celles sous format QR Code qui s’est effectuée jusqu’au 31 juillet 2024 [9].
Ainsi dès le 1er aout 2024, le full digital est entré en vigueur et aucune compagnie du marché sénégalais ne pouvait délivrer une attestation d’assurance automobile en format papier à l’exception des véhicules de transport en commun gérés sur le plan national par un Pool de coassurance. Pour ces véhicules TPV, un projet de digitalisation est en gestation.
Du point de vue du chiffre d’affaires réalisé, les premières retombées ne se sont pas faites attendre. En effet, dès la fin de l’année 2024, on note le redressement de la tendance baissière enregistrée sur le marché sénégalais en 2022 malgré un parc automobile national qui poursuit une expansion fulgurante. Globalement, la branche automobile a réalisé un chiffre d’affaires de 45 149 millions de F CFA contre 43 769 millions de F CFA en 2023 soit une évolution d’environ 3 points [7]. Cette progression est portée par la Responsabilité Civile obligatoire qui a enregistré un chiffre d’affaires de 25 569millions de F CFA contre 22 345 millions de F CFA en 2023 soit une variation positive de 14.4%.
Les enjeux du contrôle interne des opérations se sont dès lors démultipliés très rapidement avec, entre autres :
E1 – Le défaut de maitrise de la plateforme d’exploitation au niveau du réseau des intermédiaires d’assurance. Ce qui génère beaucoup d’erreurs dans les émissions de contrats (donc un volume important de demandes de modifications diverses sur les données saisies ).
E2 – Les FDS qui sont toujours à la traine, n’étant pas entièrement équipées d’outils de vérification de l’authenticité des attestations. En principe, il était prévu un contrôle policier basé sur l’authentification de l’attestation présentée mais aussisur l’immatriculation du véhicule.
E3 – Dans le prolongement de l’enjeu (E2), on peut noter un changement culturel brusque pour une grande majorité des acteurs du système qui restent attachés au papier. En effet, des impressions de l’attestation digitale sur papier simple (feuille blanche) sont notées et acceptées par les FDS comme pour rester fidèles aux vieilles habitudes. Ceci laisse une brèche non négligeable du point de vue du contrôle puisque les anciennes attestations papier étaient jadis assorties d’un certain nombre de principes sécuritaires (hologramme de sécurité, durée estampillée sur l’attestation, numéro de série du talon…) qui aidaient, au minimum, à garantir leur authenticité ainsi que la possibilité de traçabilité de chaque talon d’assurance. Ainsi, avec ces impressions tous azimuts de l’attestation digitale sur une feuille blanche simple, un réel problème de contrôle se révèle pendant que la machine systémique a largement dépassé ce cap.
E4 – La délinquance numérique qui gagne du terrain. En effet, les pratiques illicites bénéficient également des avancées des technologies intelligentes en ce sens qu’elles permettent de produire des justificatifs fictifs de qualité rendant obsolètes les dispositifs de contrôles classiques [10]. A cela, il faut ajouter les modèles de tromperie librement accessibles en ligne. Ainsi les logiques de fraudes sont devenues plus denses et plus structurées. Les stratégies de contrôle se doivent donc d’être en avance pour une meilleure couverture des risques. L’enjeu ne porte plus principalement sur l’unique détection mais plutôt sur l’utilisation des technologies intelligentes afin d’augmenter la résilience du système assurantiel [8].
E5 – Chez les assurés, l’application correcte du principe de bonus-malus et la lutte contre le changement de compagnie d’assurance en cas de réajustement de primes appliqué par l’assureur lors du renouvellement. Ce qui contribuerait à l’équilibre du marché, à l’incitation à la bonne conduite sur les routes et, en quelque sorte, au respect de la réglementation sur les tarifs dans la zone.
E6 – L’obligation de règlements des primes par paiement électronique avant la génération de l’attestation digitale, dont le démarrage est prévu au Sénégal entre la fin du dernier trimestre de 2025 et le début de l’année 2026. Cela devrait constituer l’un des enjeux majeurs du point de vue du contrôle puisque des données financières d’un important volume sont attendues et viendront s’ajouter à une quantité colossale de données techniques.
Cette mesure, qui également sur le plan de la réglementation, devrait assurer une conformité avec l’article 13 du code des assurances de la zone CIMA, est partie de l’inadéquation entre les données des primes enregistrées comme réalisations au niveau fédéral et l’agrégation des réalisations individuelles déclarées par les compagnies.
E7 – Du point de vue fiscal, l’exploitation des niches fiscales du secteur du numérique figure parmi les ressources domestiques ciblées pour financer à 90% le plan de redressement économique du Sénégal adopté au courant de l’année 2025 [5]. Ainsi , nous notons une réforme fiscale récente avec la loi n°17-2025 modifiant le code général des impôts à travers la taxe sur les transferts d’argent (TTA) et un prélèvement sur les paiements reçus via un transfert d’argent[6]. Le marché sénégalais de l’assurance automobile sentira l’impact de ces réformes et un défi réel lié au contrôle de son application correcte et à la prévention des redressements pour les compagnies.
E8 – L’instauration d’une fiscalité environnementale est également prévue pour supporter le redressement économique du pays [5]. Si, de manière plus poussée, sont concernés les véhicules émettant des gaz à effet de serre et des polluants atmosphériques nocifs, d’énormes quantités de données pourraient être recueillies périodiquement. Un suivi digital et intelligent pourrait ainsi être envisagé et même de nouvelles couvertures d’assurance pourraient voir le jour pour accompagner les consommateurs dans certaines conditions et couvrir le risque de taxation. Ce qui requiert un dispositif de contrôle bien aiguisé pour tous les acteurs surtout pour le compte des assureurs.
2- Technologies intelligentes et perspectives de contrôle des opérations d’assurance automobile au Sénégal
La révolution technologique de l’assurance automobile au Sénégal a démarré avec les souscriptions 100% en ligne, effectives entre fin 2017 et début 2018, et par la suite très timidement avec l’arrivée des premiers chatbots. Le secteur des assurances du pays enregistre jusque-là un recours inexistant aux innovations issues des chatbots, de l’Internet des objets (IoT) et de l’intelligence artificielle (IA) en particulier [11].
Avec la digitalisation des attestations, les dispositifs de contrôle au sein des compagnies ont été mis devant l’impératif de se refaire peau neuve. Les assureurs sénégalais doivent renforcer leurs services de contrôle afin de prendre une longueur d’avance sur la délinquance numérique et surtout maintenir la dynamique d’évolution impulsée par l’arrivée des attestations digitales. Les technologies intelligentes constituent aujourd’hui un moyen extrêmement important, et même incontournable, pour bâtir un système de contrôle plus actif, plus anticipatif et plus fiable. Il serait d’ailleurs envisageable à l’avenir d’aller vers la fusion des directions du contrôle et des systèmes d’informations puisque leur relation fonctionnelle sera de plus en plus étroite. En effet, toute amélioration des systèmes d’informations, au niveau central comme pour les compagnies prises de manière individuelle, soulèvera des enjeux clés de contrôle.
Au Sénégal, comme perspectives (P) de renforcement des dispositifs de contrôle grâce aux technologies intelligentes, on peut noter les points suivants :
P1 – Le recours aux algorithmes modernes dans la détection d’anomalies de tout genre (statistique, géographique, comportementale ou redondante dans le modus operandi). Le système centralisé de gestion des attestations automobile au Sénégal apparait comme un avantage dans la mutualisation des signaux de fraude entre compagnies d’assurance ainsi que dans la structuration et la coordination d’une réponse adéquate à l’échelle du marché national. En effet, la lutte contre les fraudes prise de manière isolée par compagnie, est à coup sûr, inefficace pour un problème aussi complexe que transversal. Les technologies intelligentes contribuent à l’émergence de techniques de fraude plus propres donc difficilement détectables et dont la mise en œuvre reste accessible à tous.
Comme en France, une gestion proactive des risques est à mettre en place afin d’être capable de prévenir les pertes issues des couvertures d’assurance fictives, des sinistres inventés ou de la surévaluation de préjudices subis [2]. Les modèles d’IA permettent aujourd’hui d’effectuer une analyse prédictive pour traiter des quantités importantes de données afin de repérer des modèles ou comportements frauduleux.Nous avons également des solutions intégrant plusieurs dimensions à travers un mélange d’apprentissage automatique, de traitement du langage naturel, d’entrainement sur les procédés de fraude et de computer vision.
P2 – Du point de vue de la conformité, les technologies intelligentes peuvent permettre au marché sénégalais des assurances d’asseoir un suivi dynamique du respect aux exigences réglementaires de plus en plus contraignantes dans la zone CIMA. Le régulateur devrait également porter le rôle de conseil et d’accompagnement aux compagnies de la zone dans l’utilisation des technologies nouvelles et l’adaptation mesurée des dispositions réglementaires.
P3 – L’optimisation du quotidien des contrôleurs qui sont chargés, dans certaines compagnies, de valider les demandes de corrections diverses émanant du réseau d’intermédiaires. Ce qui permettrait une maitrise accrue des risques liés aux tentatives de rétention des éventuelles primes à reverser sur les émissions concernées par les modifications demandées. Avec l’IA, il est envisageable d’explorer la génération proactive de messages d’alerte pour les contrôleurs et pour les acteurs du réseau partant des statistiques d’erreurs les plus fréquentes de chacun au moment de la souscription des polices. Des alertes pourront en effet être implémentées de manière ciblée sur le compte individuel de l’intermédiaire, comme par exemple : « Vous faites très souvent ce type d’erreur ! Veuillez s’il–vous–plait ne pas insister. Retourner à telle ou telle étape du processus ». Dans cette même dynamique, les algorithmes modernes pourront aider dans l’automatisation intégrale des flux de traitement des demandes de modifications diverses après émission des attestations. L’IA et la RPA sont parmi les outils indiqués pour la gestion en profondeur des tâches répétitives.
P4 – Également, sont en ligne de mire des perspectives de mise en place de contrôles automatiques relevés de l’application de la prime minimale réglementaire en responsabilité civile automobile et par ailleurs des tarifs sur les autres garanties.
P5 – Les technologies intelligentes permettent une actualisation tarifaire périodique ou quasi à temps réel. Il est important de noter que l’on pourrait arriver à un stade où le tarif minimum réglementaire en RC dans la zone CIMA (Sénégal) deviendrait obsolète.
Ainsi une meilleure visibilité sur le risque réel de chaque véhicule et de chaque conducteur conduirait à l’établissementd’une tarification axée sur l’usage et les comportements [2]. Ceci pourrait être d’une part plus « juste » dans la mutualisation par rapport à une tarification axée sur les seuls paramètres utilisés dans nos marchés. D’autre part, cela serait plus coercitif pour des usages responsables et d’ordre à limiter les sinistres liés à l’indiscipline des conducteurs, très fréquentsau Sénégal surtout sur le transport routier interurbain.
Au préalable, il faudra bien sûr traiter d’une part la traçabilité et la sécurisation des données, et d’autre part l’acceptabilité clients.
P6 – Du côté de la gestion des attestations et de l’impératif de régler la prime par e-money avant la génération des attestations, on peut noter les perspectives de mise en place au niveau fédéral d’une plateforme d’IA générative locale. Celle-ci pourrait être munie d’une sécurité élevée des données ainsi qu’un comparateur d’informations financières ayant recours au RAG.
P7 – L’implémentation d’un dispositif de contrôle fédéral est également à envisager au niveau de la FSSA puisque la fédération des assureurs dans son rôle de gestionnaire central des attestations digitales pourrait avoir accès à l’ensemble des informations du marché automobile. Ce qui lui permet de jouer un rôle primordial dans la prévention et l’alerte des compagnies à travers un contrôle global permanent déroulé par des algorithmes intelligents adaptés [4].
La FSSA pourra aussi être d’un grand appui dans l’application correcte du principe bonus-malus. L’objectif sera de réduire, lors des renouvellements, la possibilité de « fuite » des assurés sous le coup d’une sanction tarifaire à travers la génération de l’historique de sinistralité de chaque véhicule accessible à toutes les compagnies.
Également, il serait bénéfique d’asseoir une collaboration exclusive avec le service national des mines qui assure l’immatriculation des véhicules pour une visibilité claire sur le parc automobile national et la lutte contre la non-assurance.
P8 – S’agissant de la maîtrise de la sinistralité, la FSSA aura l’avantage, grâce à l’IA, de pouvoir mettre en œuvre des tests rigoureux globaux au niveau du marché et un audit régulier de l’ensemble des statistiques sur les sinistres qu’elle peut aussi centraliser.
Un plan de riposte collectif et harmonisé pourra ainsi être porté par la fédération nationale pour maitriser les nouveaux schémas de fraude et surtout les dérives liées à l’utilisation des technologies intelligentes.
P9 – La mise en place d’un dispositif de surveillance permanente des routes, qui est une avancée indispensable pour le Sénégal, devrait engendrer un flux énorme d’informations sur les comportements des conducteurs et sur les nombreux et importants sinistres subis par les infrastructures routières. Ainsi l’IA pourrait permettre d’extraire des informations exploitables pour la gestion des sinistres et des indemnisations à partir de longues séquences de vidéo-surveillances. Elle pourra aussi aider dans le contrôle et le suivi des recours à exercer particulièrement pour les infrastructures ayant d’autres couvertures en assurance (Globales dommages par exemple).
Concernant l’aspect surveillance, les perspectives pour la gouvernance locale restent l’installation intégrale d’un système de vidéo-surveillance au niveau des autoroutes et de toutes les artères principales des grandes villes. Ce système pourra exclusivement être basé sur l’utilisation de l’énergie solaire disponible et renouvelable.
3- Nouveaux produits d’assurance envisageables dans le marché sénégalais avec un contrôle basé sur les technologies intelligentes
Les technologies intelligentes offrent des opportunités de traitement de quantités importantes et complexes d’informations ainsi qu’une précision plus pointue des analyses de données. Ceci ouvre les perspectives d’innovationen termes de produits d’assurance automobile dans les pays d’Afrique avec un très faible taux de pénétration de l’assurance. Il est important de noter que toute innovationproduit (N) basée sur la technologie devra porter le sceau d’un dispositif de contrôle résilient. Pour le Sénégal, il serait envisageable de mettre en place :
N1 – Des packages de produits d’« assurance connectée » avec la télématique smartphone incluant des services de prévention routière, de coachings de conduite et de détection d’accident et d’embouteillage surtout à Dakar.
Un dispositif de suivi intelligent devrait permettred’enregistrer les habitudes de conduite et, au bout du compte, influer sur le tarif. Ainsi des produits d’assurance indexés au parcours en kilomètres ou au temps de conduite pourront être lancés. Ces paramètres seront mesurables à l’aide d’une application mobile par exemple.
Des produits d’assurance automobile liés au comportemententrent aussi dans cette dynamique avec l’intégration d’autres paramètres relatifs au conducteur et à son degré de prudence. Les tarifs seront ainsi plus équitables grâce d’une part à des technologies intelligentes capables de recueillir et de traiterefficacement les données, et d’autre part des dispositifs de contrôle entrainés pour valider la fiabilité de la mesure des paramètres influant sur ces tarifs dynamiques. Cela pourrait renforcer la confiance des assurés et influer sur la culture d’assurance et de responsabilité au volant.
N2 – Avec la transition énergétique au Sénégal, les assureurs peuvent aussi anticiper sur des produits d’assurance pour les voitures 100% électriques. Déjà dès 2024, le projet BRT qui est la première flotte de bus 100% électriques au Sénégal, avec 18,3 km de voies dédiées, a commencé son exploitation à Dakar avec une signalisation prioritaire au carrefour. Ceci ouvre la perspective de la venue prochaine d’autres véhicules 100% électriques et pour divers usages.
Les assureurs nationaux devraient avoir ainsi des produits adaptés, des dispositifs de contrôles dédiés et une base de tarification des différentes garanties proposées. Sans doute, il serait peu pertinent de reconduire automatiquement les tarifs habituels pour les véhicules à combustion interne. Les paramètres d’usage du véhicule tels que le kilométrage annuel, la garantie de la batterie et les conditions de stationnement et d’utilisation peuvent entre autres influer sur le risque et par conséquent sur les tarifs à établir et qui pourront être suivi par un paramétrage intelligent.
N3 – Concernant les voitures électriques, au-delà du volet automobile, plusieurs autres branches d’assurance pourraient être boostées. Tout un écosystème devra être mis en place allant de la production d’énergie électrique, la distribution à travers des bornes publiques de recharge rapide et la maintenance des véhicules. Les technologies intelligentes seront intéressantes dans le management des risques, la gestion des réclamations ainsi que l’identification des responsabilités en cas de sinistres, les contrôles des couvertures et des justificatifs de sinistres…
Par ailleurs, pour le CETUD qui assure le pilotage du projet du BRT au Sénégal, il faudra se projeter vers la mise en place d’une filiale qui se positionnera, grâce à leur expérience à Dakar, comme le numéro 1 dans l’approvisionnement en énergie et la maintenance des véhicules 100% électriques au Sénégal. Cette filiale pourrait ainsi s’investir dans l’établissement de sites de recharge électrique à grande échelle et de centrales solaires sur l’ensemble du territoire national. Une des perspectives majeures dans la gestion du projet BRT reste la reprise de l’exploitation à l’issue des 15 ans de concession déjà en cours et l’augmentation des localités couvertes par le trafic. Ce qui pourrait être une niche pour les assureurs locaux.
Dans ce sens, les bornes de recharge à domicile pourraient aussi booster l’assurance habitation ou la commercialisation d’une garantie optionnelle sur l’assurance automobile avec un contrôle des tarifs basé sur les technologies intelligentes et tenant compte des risques liés à la zone d’habitation.
N4 – Dans une moindre mesure, l’arrivée des voitures autonomes et des voitures « assistées » pourra être attendue et un contrôle intelligent serait plus adapté. Même si le marché national des assurances a encore du temps sur ces volets qui sont encore en test dans certains pays développés.
Il faudra sans doute une législation pour encadrer leur importation dans nos territoires et par la suite des produits d’assurance spécifiques compte tenu de leur niveau de risque dans un environnement sociologique et routier sénégalais, et même Ouest-africain.
Conclusion
Cet article est une contribution au développement du marché sénégalais de l’assurance automobile qui, sous l’impulsion de la fédération des assureurs du pays, connait depuis deux années maintenant une dynamique d’innovation et de résilience impressionnante. Le chiffre d’affaires de la branche a enregistré de réels progrès sur ces deux dernières années notamment sur la garantie obligatoire Responsabilité Civile.
Cette réflexion est ainsi revenue sur les enjeux de contrôle des opérations qui accompagnent cette évolution de ce 3ème marché de la zone CIMA et qui devraient aider à pérenniser les résultats affichés pour l’heure. Huit (8) enjeux clés ont été énoncés ainsi que neuf (9) perspectives basées tous sur les technologies intelligentes très peu exploitées jusque-là. Il est extrêmement important de noter que la digitalisation des attestations de même que les technologies intelligentes offrent des opportunités énormes aux acteurs clés du secteur de l’assurance. Cependant la délinquance numérique bénéficie grandement de ces avantages d’où l’importance d’une prise d’avance des assureurs nationaux et de toute la zone CIMA sur les évolutions technologiques et sur une adaptation continue de leurs dispositifs de contrôle interne.
Avec une appréciation du risque et un contrôle basé sur les technologies intelligentes, cet article présente quatre (4) pistes de nouveaux produits particulièrement sur le marché sénégalais qui, d’une part, porteront une meilleure marque de justesse des tarifs et ainsi d’équilibre au profit des assurés, et d’autre part, favoriseront sans doute la progression du taux de pénétration de l’assurance.
Avec le démarrage effectif de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières et la nouvelle expérience du BRT, 100% électrique à Dakar, les perspectives très prochaines pour le Sénégal sont notamment la multiplication des véhicules 100% électriques, la maitrise de leur risque ainsi que leur couverture en assurance et de celle des infrastructures connexes. Sur le plan énergétique, il faudra insister sur l’optimisation des ressources non renouvelables à travers l’utilisation du solaire et de toutes les possibilités de dispositifs de contrôle assurantiel proactif et routier permanent que les technologies intelligentes et leurs applications offrent dans un monde en perpétuelle mutation.
Bibliographie
[1] Altas Magazine, 2025, L’intelligence artificielle, perspectives et défis., Atlas Magazine N°223, Juillet 2025, Pages 9-21.
[2] Bigmedia – Bpifrance, 2024, Comment l’IA révolutionne le secteur des assurances, bigmedia.bpifrance, consulté le 29-10-25, https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/comment-lia-revolutionne-le-secteur-de-lassurance#.
[3] Deloitte, 2024, L’intelligence artificielle, un allié du contrôle, consulté le 02/10/2025, interne ?https://www.deloitte.com/fr/fr/services/consulting-risk/perspectives/intelligence-artificielle-un-allie-du-controle-interne.html.
[4] David Leclercq, 2025, L’IA dans l’assurance – Où en sommes-nous réellement ? 10 cas d’usage à la loupe. Supportde recherches – contact@domavee.com, Pages 1-12.
[5] Face Africa Tax & Legal, 2025, La Fiscalité au cœur de la souveraineté et de la transformation économique et sociale du Sénégal ? Face Africa Newsletter N°03-25 Trimestre 3 2025, Pages 4-5.
[6] Face Africa Tax & Legal, 2025, Réformes fiscales récentes au Sénégal : Ce qu’il faut retenir de la loi n°17-2025 modifiant le Code général des impôts, Face Africa Newsletter N°03-25 Trimestre 3 2025, Pages 6-7.
[7] FSSA, 2025, Chiffre d’affaires définitif 2024 – Assurance Dommage, Statistiques du marché détaillées par compagnie et par branche, Tableau récapitilatif.
[8] Lefebvre Dalloz, 2025, Transformation du contrôle de gestion : l’impact de l’intelligence artificielle générative, formation.lefebvre-dalloz, consulté le 01/10/25, https://formation.lefebvre-dalloz.fr/actualite/transformation-du-controle-de-gestion-limpact-de-lintelligence-artificielle-generative.
[9] Mactar FAYE, 2024, L’impact de la digitalisation de l’assurance automobile sur la croissance des marchés nationaux : Cas du Sénégal, FANAF Forum des Marchés 2024, pages 1-11.
[10] Meilleurtaux, 2025, L’IA dans l’assurance auto, une révolution au service de la confiance, rédaction Meilleurtaux, consulté le 01-10-25, https://www.meilleurtaux.com/comparateur-assurance/assurance-auto/actualites/2025-juin/ia-assurance-auto-revolution-service-confiance.html#
[11] Olivier M., 2024, Comment l’assurance auto a changé avec la technologie ? lecomparateurassurance, consulté le 01-10-25, https://www.lecomparateurassurance.com/assurance-auto/guides/comment-assurance-auto-a-change-avec-la-technologie#.

![[Tribune] Technologies intelligentes et dispositifs de contrôle de l’assurance automobile en zone CIMA : enjeux et perspectives au Sénégal à l’heure de la digitalisation des attestations](https://www.financialafrik.com/wp-content/uploads/2026/02/IMG_3604-600x487.jpeg)