Par Rodrigue Fénelon Massala, Grand Reporter
À l’occasion du Forum économique mondial de Davos, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a défendu une ambition claire : sortir son pays du prisme réducteur de la crise permanente pour l’inscrire au cœur des grands équilibres mondiaux, notamment climatiques, miniers et géostratégiques.
Le chef de l’État congolais a plaidé pour une nouvelle lecture du rôle de la RDC dans le monde. Selon lui, le pays ne doit plus être perçu comme un simple réservoir de matières premières, mais comme un acteur stratégique capable d’apporter des solutions concrètes aux défis globaux, en particulier ceux liés à la transition énergétique et à la lutte contre le changement climatique.
Un « pays-solution » déjà au cœur de la transition mondiale
Dans les faits, la RDC dispose d’atouts uniques à l’échelle mondiale. Elle concentre environ 70 % des réserves mondiales de cobalt, des volumes majeurs de cuivre, de lithium, de manganèse, de coltan et de germanium, des minerais indispensables à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et aux technologies numériques. À cela s’ajoutent un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants au monde, notamment avec le site d’Inga, et le bassin du Congo, deuxième poumon forestier de la planète.
Ces éléments placent déjà la RDC au centre de la transition climatique mondiale. Mais, comme l’a souligné le président Tshisekedi à Davos, cette centralité ne se traduit pas encore par une captation suffisante de valeur économique, industrielle et stratégique pour le pays.
Changer le narratif international
L’enjeu est donc aussi narratif. Il s’agit de passer de l’image d’un « pays riche mais pauvre » à celle d’une puissance verte stratégique. Un message que la RDC entend désormais porter dans les grandes enceintes internationales : forums climatiques, négociations commerciales et partenariats géopolitiques avec l’Union européenne, les États-Unis, la Chine, les BRICS ou le G7.
Le message est simple : sans la RDC, il n’y a ni transition énergétique crédible ni économie numérique durable.
Transformer sur place pour capter la valeur
Au cœur de cette stratégie, un axe clé : la transformation locale des ressources. Le défi n’est plus l’extraction, mais l’industrialisation. La RDC ambitionne de remonter la chaîne de valeur en développant des raffineries de cuivre et de cobalt, des usines de précurseurs de batteries et des zones économiques spéciales dédiées aux technologies vertes.
L’objectif est clair : réduire progressivement l’exportation brute de certains minerais stratégiques et exiger, dans les partenariats internationaux, des joint-ventures industrielles intégrant un véritable transfert de savoir-faire.
Climat, traçabilité et influence géopolitique
Pour s’imposer comme un acteur crédible de la transition juste, la RDC mise aussi sur la traçabilité et la gouvernance du secteur minier : suivi des minerais, formalisation de l’artisanat minier, certification de « minerais verts du Congo » et recours aux technologies numériques.
Dans un contexte où les entreprises occidentales sont de plus en plus contraintes par des exigences ESG, le pays entend faire du climat un levier d’influence économique. La valorisation des forêts du bassin du Congo sur le marché du carbone s’inscrit dans cette logique. La récente mise en place d’une autorité de régulation du carbone témoigne de cette volonté de structurer un nouvel instrument de négociation internationale.

Paix, souveraineté et crédibilité internationale
Toutefois, ce positionnement stratégique reste conditionné à un préalable majeur : la stabilité. Sans paix durable, notamment dans l’est du pays, aucune ambition industrielle ou climatique ne peut se concrétiser.
Le président Tshisekedi multiplie les initiatives diplomatiques et sécuritaires pour favoriser les processus de paix et restaurer l’autorité de l’État dans les zones minières. La réforme de la gouvernance du secteur extractif, la lutte contre la corruption et le trafic illicite figurent également parmi les priorités, avec la récente nomination d’un nouvel inspecteur général des mines chargé d’assainir le secteur.
La stabilisation de l’est de la RDC demeure un enjeu régional majeur. Les conflits récurrents, alimentés par des acteurs armés internes et externes, ont instauré une véritable économie de guerre. Pour les partenaires internationaux comme pour les industriels, l’absence de paix expose l’ensemble de la chaîne mondiale à la problématique des « minerais du sang ».
Capital humain et leadership africain
Enfin, Félix Tshisekedi insiste sur l’investissement dans le capital humain. Former la jeunesse congolaise aux métiers de l’industrie minière, de l’agriculture et de la transformation locale constitue un pilier central de cette stratégie, fidèle à son credo : « la revanche de la terre sur le sous-sol ».
À terme, la RDC ambitionne d’assumer un leadership africain en matière de diplomatie climatique et minérale, de transition équitable et d’inclusion économique.
Une ambition globale
En définitive, le message porté à Davos est sans équivoque : la RDC n’est pas seulement un pays riche en ressources, elle est un maillon stratégique de l’avenir énergétique et climatique mondial. Encore faut-il traduire cette vision en politiques cohérentes, en gouvernance crédible et en diplomatie proactive.
Lorsque Félix Tshisekedi parle de « pays-solution », il ne s’agit pas d’un slogan, mais d’une stratégie globale, à l’intersection des enjeux climatiques, industriels et géopolitiques, et d’une volonté affirmée de repositionner l’Afrique — et la RDC en particulier — dans le dialogue mondial.

