Nouveau rebondissement dans la crise qui secoue Afriland First Bank CD. Les actionnaires de la banque viennent de saisir la Banque centrale du Congo, réagissant ainsi à la décision de mise sur pied d’une administration provisoire.

La correspondance a été transmise à Malangu Kabeyui Mbuyi, la gouverneure de la Banque centrale du Congo (BCC) par voie d’avocats le 23 juin 2022, trois jours seulement après la mise sous administration provisoire d’Afriland First Bank CD. Le document de sept pages, dont copies ont notamment été faites au chef de l’Etat et au président de l’Assemblée nationale, porte les signatures de Jean-Paulin Fonkoua et de Jean Paul Kamdem, respectivement président du conseil d’administration d’Afriland First Bank et Vice-président d’Afriland First Group. Dans la correspondance, les actionnaires majoritaires rejettent en bloc la décision de mise sous administration provisoire d’Afriland First Bank CD, et cela pour plusieurs raisons…

D’abord, les actionnaires pointent la responsabilité de la Banque centrale dans la détérioration de la situation: « (…) la responsabilité de la Banque centrale à travers les actes posés et qui ont conduit à la détérioration d’Afriland First Bank CD S.A, part de son intrusion qui imposa le retour du directeur général adjoint suspendu régulièrement, et se laisse voir à travers la paralysie volontaire de la banque due aux retraits des agréments des administrateurs, y compris l’actionnaire de référence, personne morale », peut-on lire dans la lettre. Ils se félicitent de la bonne santé de la banque au moment de l’éviction de leurs représentants au sein des instances de gouvernance : « Il sied de rappeler ici que le rapport officiel de la Banque centrale du Congo confirme bien qu’au 30 juin 2021, Afriland First Bank CD jouissait d’une situation financière des plus confortables, avec des fonds propres évalués par vos propres soins à 48,5 millions USD », observent-ils. C’est en effet quelques jours plus tard, précisément le 02 juillet 2021, que la BCC retire l’agrément du président du conseil d’administration d’Afriland First Bank CD, qui est expulsé sans délai du territoire congolais. Son crime ? Avoir suspendu, conformément aux statuts de la banque, un directeur général sur qui pesait plusieurs soupçons d’abus de biens sociaux et pour lesquels le conseil d’administration avait dûment alerté la banque centrale. Par la suite, la BCC s’emploiera à éjecter l’ensemble des administrateurs de la banque, installant de facto un climat délétère au sein de l’institution.

Puis, clou du spectacle, elle nomme dès septembre 2021 une Mission de représentation provisoire de la BCC qui s’installe au sein de la banque. Cette mission assistera Patrick Kafindo, directeur général par intérim désavoué et démis de ses fonctions par le conseil d’administration pour les mêmes soupçons de fraudes qui pesaient sur le directeur général. En parfait tandem, la mission et le Dg intérimaire déchu dirigeront la banque sans rendre le moindre compte aux actionnaires majoritaires éjectés. De quoi faire dire à ces actionnaires que « votre mise sous administration provisoire de notre banque Afriland First Bank CD résulte directement de votre propre gestion, en collaboration avec un exécutif plusieurs fois désavoués et dénoncé auprès de vous ». Les actionnaires estiment que la décision de mise sous administration provisoire n’est en réalité que « l’officialisation d’une administration provisoire à peine voilée dans laquelle vous aviez mis Afriland First Bank CD depuis bientôt un an ».

«La gestion en place viole les procédures, sous le regard bienveillant de la Mission de Représentation de la Banque Centrale»

Nous apprenons de la lecture de cette correspondance que les actionnaires, soucieux de juguler la saignée au sein de cette banque, ont à maintes reprises attiré l’attention de la BCC sur le risque que faisait peser ses décisions sur la sureté de l’épargne des clients. Plusieurs correspondances ont en effet été acheminées à la gouverneure de la banque centrale pour l’alerter du risque d’implosion, mais en vain. Bien plus, conscient de l’œuvre de spoliation de l’épargne publique en cours, les actionnaires majoritaires ont pris sur eux d’installer un nouveau logiciel de gestion des opérations bancaires avec l’affectation d’un nouveau Directeur des systèmes d’information à Kinshasa.

L’initiative a simplement été balayée du revers de la main par la BCC. « La lettre Ref. : INF/AG/2022 du 31 mars 2022 met en relief la qualité de la gestion que vous avez encouragée et protégée par vos décisions et votre présence à la banque, et ce, malgré toutes les alertes des Administrateurs et de nos conseils. Contrairement à ce que vous affirmez, la comptabilisation en manuel de 87.294 opérations dénote peut-être de la faiblesse du logiciel utilisé, mais aussi et surtout de la volonté affirmée et assumée d’éviter systématiquement le dispositif de contrôle interne en place. De fait, les audits antérieurs n’ont pas relevé le recours systématique à cette pratique qui du reste, est formellement prohibée par les textes en vigueur à la banque. C’est donc en connaissance de cause que la gestion en place viole les procédures, sous le regard bienveillant de la Mission de Représentation de la Banque Centrale (…) C’est à se demander si la Gestion sur place avait intérêt à voir améliorer le système d’information en place ! », dénoncent les actionnaires dans la lettre.

Alors que l’équipe des 7 membres du comité de gestion provisoire est à l’œuvre au sein de l’institution, cette lettre vient relancer une affaire qui ne fait que commencer.

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