La meilleure manière de réguler l’immigration est de sortir de l’asymétrie qui veut qu’un européen, riche ou pauvre, ait plus de facilités à venir en Afrique qu’un africain, riche ou pauvre, à aller en Europe. Face à l’Union Européenne des 27, il faut que l’Afrique des 54 aborde cette question d’un visa unique pour entrer sur le continent à l’image du visa Shengen. L’assignation des africains à résidence leur coûte non seulement des millions de dollars et des jours de travail perdus dans les files d’attente des consulats européens mais surtout des milliards de dollars en manque à gagner pour les individus et les Etats. Telle qu’elle est conçue actuellement, la mondialisation n’est pas faite pour les africains, quasiment privés de la liberté, fondamentale, de circuler sauf si disposant d’une nationalité européenne ou américaine. Si les classes pauvres tentent au terme d’une longue odyssée par le désert et les barques de fortune à franchir la forteresse au péril de leurs vies, les classes riches et moyennes se coupent une veine en acquérant des propriétés au Canada et en Europe ou encore en tentant d’inscrire les enfants de l’autre côté du mûr. D’où une évasion de l’épargne africaine et la course aux nationalités qui rappellent, toutes proportions gardées, le certificat d’évolué que le futur révolutionnaire Patrice Lumumba avait travaillé d’arrache-pied à acquérir, ou encore le certificat d’affranchissement que l’esclave du vieux Sud de l’Amérique devait avoir pour circuler. Oui, en 2022, nous en sommes encore réduits à ces différences de traitement derrière un mot, le visa, un parchemin dépouillé de tout discours mais qui concentre, à notre avis, toutes les idéologies d’inégalités de naguère. En ouvrant les frontières ou en les maintenant fermées mais sans discrimination entre européens et africains, sans privilèges de naissance et de race, cette question honteuse sera résolue. En attendant, la liste des drames s’allonge.

Le dernier drame d’une longue série 

Environ 2000 migrants subsahariens ont pris d’assaut, vendredi 24 juin 2022, le mirador  hérissé de barbelés coupants, de caméras de surveillance, de capteurs thermiques et protégées par des fosses, séparant la ville marocaine de Nador de l’enclave espagnole de Mellila. Le bilan est lourd. Les  autorités marocaines évoquent 23  assaillants  morts à cause de « bousculades et en chutant de la clôture de fer », et de nombreux autres ont été blessés. La préfecture de Melilla a indiqué que 49 agents des forces de l’ordre espagnoles avaient, quant à eux, été blessés.

Dans cet assaut périlleux, des centaines de migrants ont franchi ce qu’ils pensent être «la terre promise ». Seules frontières terrestres entre l’Europe et l’Afrique, Ceuta et Melilla, deux villes occupées par l’Espagne depuis 500 ans et revendiquées par le Maroc (soutenu par l’Union Africaine) depuis son indépendance en 1956, font l’objet d’assauts répétées par des migrants décidés à rejoindre le vieux continent.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a dénoncé un « assaut violent ». Le député espagnol Agustín Rosety Fernández de Castro a quant à lui qualifié ce mouvement d’invasion.  « Ce ne sont pas des réfugiés fuyant la guerre avec leur famille …c’est  une invasion à part entière, consentie et encouragée par la gauche criminelle qui nous gouverne. ».  C’est le troisième plus important assaut après celui du 19 août 2021 quand 300 migrants ont tenté de franchir la haute clôture surmontée de barbelés coupants.

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