« L’assurance joue un rôle économique majeur, elle offre une protection sociale et un soutien à l’économie à travers ses placements auprès des institutions financières nationales « 

Mohamed Abdallahi EL Hebly plus connu sous le nom de Baullahi diplomate de formation sortant de l’Ecole Nationale d’administration Publique de Rabat travaille depuis 22 ans dans le secteur des assurances. Son élection à l’unanimité en 2018 comme Secrétaire Général de l’APAM est plus une reconnaissance pour le combat qu’il mène depuis 20 ans pour rehausser l’image des assurances en Mauritanie.

Comment se présente l’APAM ?

Une restructuration du secteur des assurances s’est toujours avérée d’une urgente nécessité en vue de faire face aux problèmes auxquels le secteur des assurances et des réassurances se trouve confronté ; ce qui expliquait de notre part l’impérieuse nécessité de préparer les opérateurs du secteur à jouer un rôle déterminant au sein de cette organisation en leur permettant de contribuer par une action groupée efficiente à l’éclosion d’un environnement favorable à l’investissement et au renforcement de leur compétitivité. C’est pour aboutir à la promotion d’une véritable culture de l’assurance et le développement de l’image de marque du secteur comme un double axe majeur en matière des meilleures pratiques de bonne conduite que toutes les compagnies d’assurances et de réassurance ont accepté volontairement de se regrouper dans un cadre légal capable de répondre à leurs aspirations. L’APAM régie par les lois et règlements en vigueur en République Islamique de Mauritanie, qui en autorisent la création et le fonctionnement, s’était fixée comme devise : solidarité – solvabilité – crédibilité. Ayant pour objectif principal l’étude, la défense, la coordination et la représentation des intérêts des compagnies d’assurances. L’APAM a réussi au bout de trois ans à imposer une meilleure organisation du secteur ainsi que l’instauration et la préservation d’un climat de confiance et de solidarité entre toutes les compagnies d’assurances par la promotion d’une concurrence saine et loyale dans le respect de la réglementation en vigueur.

Comment voyez-vous l’avenir de l’assurance en Mauritanie ?

L’assurance joue un rôle économique majeur, elle offre une protection sociale et un soutien à l’économie à travers ses placements auprès des institutions financières nationales. Elle garantit les investissements, consolide l’emploi et préserve le tissu économique. Ces missions qui revêtent un caractère à la fois social, économique et financier se construisent sur la base d’un acte juridique dont la souscription peut être obligatoire ou facultative. L’assurance constitue aussi un important outil financier dans une économie moderne. Puisque c’est le seul secteur capable de fournir à tous les autres secteurs une protection sociale y compris une assurance agricole. C’est les maîtres dans toutes les économies modernes. En Mauritanie, pour pouvoir jouer son rôle, une réorganisation, rgente du secteur est nécessaire.

Celà passe par :

– L’organisation sous le Haut Patronage du Président de la République des Etats Généraux sur le Secteur des Assurances ;

– L’application dans toute la rigueur de la loi des obligations d’assurances prévues par la loi : – Véhicules terrestres à moteur. – Marchandises ou facultés à l’importation – Travaux de bâtiments –

Sur le plan réglementaire, il convient d’améliorer :

– La collaboration entre toutes les autorités du pays par une convention écrite avec l’APAM en vue de veiller au respect strict de la réglementation en vigueur.

– De réactiver la Commission Consultative des Assurances prévue dans le code des assurances.

– De mettre en place d’un « Comité des Assurances » regroupant tous les acteurs du secteur.

– D’engager une enquête de moralité pour protéger le marché contre des intervenants indélicats en soumettant toute nouvelle demande d’agrément soit soumise à l’avis de la Commission Consultative.

– De réviser le Code des Assurances pour combler les lacunes et actualiser la réglementation pour prendre en compte l’évolution du secteur soit pour définir de nouvelles assurances obligatoires dont notamment les assurances professionnelles, soit pour instituer des Décrets ou arrêtés d’application pour certains cas ;

– De réviser des dispositions relatives à la TFM en vue de son application stricte au niveau du cordon douanier ;

– De veiller à l’application des assurances obligatoires ;

– De veiller à la stricte application des dispositions relatives à la domiciliation des assurances ;

– De réglementer le Fronting compte tenu de l’évolution du volume des investissements et des capitaux étrangers introduits par les multinationales ;

– De promouvoir une justice spécialisée en droit des assurances.

Cette spécialisation prendra deux aspects :

– Un premier se rapportant à la modification de certains textes ;

– Un deuxième aspect relatif à la formation elle-même. Ne prendront en main les dossiers concernant les assurances que les magistrats formés à cet effet :

– L’équivalent de l’article 13 du code CIMA est à introduire dans notre législation : pas de primes, pas de garantie. L’article 166 du Code des Assurances sur l’inopposabilité aux tiers est à revoir ;

– Abrogation de l’article 14 rendant exécutoire nonobstant opposition ou appel la décision de la juridiction.

-Incitations et exonérations fiscales : – L’exonération totale de la taxe sur les conventions d’assurances concernées (vie, assurance de groupe, maladie etc…). Nous pouvons nous inspirer des textes français, marocains, tunisiens, sénégalais, ivoiriens etc…

La clientèle se plaint souvent du non règlement des sinistres ? Comment résoudre ce problème ?

Il y a cette analyse critique du secteur qui s’explique par :
– La non application des assurances obligatoires prévues par la loi pour avoir l’équilibre financier nécessaire pour indemniser convenablement ;

– Des primes dérisoires
– la vétusté du parc et amortissement des pièces

– Fonds de garantie non fonctionnel
-Une sinistralité très élevée qui a pour cause un certain nombre de facteurs dont :
– Un parc automobile vétuste.
– L’état d’un certain nombre des routes de l’intérieur
– Absence de visite technique
– Conditions de délivrance du permis
– Non-respect du code de la route
– Absence ou insuffisance de signalisation
– Absence de dissuasion.

Le volume d’investissement des multinationales pétrolières et minières devient de plus en plus important. Pensez- vous que les assureurs locaux pourront en profiter ?

l y a le principe de localisation de l’assurance conformément à la loi. L’article 199 de la Loi n°1993-40 du 20 juillet 1993 portant Code des Assurances est clair sur ce sujet : «Interdiction d’Assurance Directe à l’Etranger des Risques situés en Mauritanie. L’assurance directe à l’étranger de risque situés en Mauritanie est interdite sous peine d’amende de 50% de la valeur assurée». La couverture des installations et l’exploitation du pétrole est appelé à générer des primes importantes jusqu’ici accordées aux sociétés étrangères.

Pensez-vous que l’arrivée des assureurs étrangers pourra rehausser le niveau du secteur ?

A titre personnel, c’est ce que je pense. L’expérience et la conformité aux normes internationales imposera un ordre rigoureux plus compétitif.

Vous avez été primé à la 46éme Assemblée Générale de la FANAF à Dakar ?

C’est la deuxième puisque j’ai déjà reçu la même distinction à la 44éme Assemblée Générale de la FANAF (Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines) à Tunis en 2018. C’est un évènement très important auquel assiste chaque année plus de milles assureurs, réassureurs, courtiers, journalistes et autres invités du monde entier. Je profite de l’occasion pour remercier tous mes collègues africains pour cet honneur. Si j’ai réussi à faire connaître le marché mauritanien comme ils le disent souvent, je regrette beaucoup le manque de collaboration chez nous pour mieux développer notre marché.

Si vous avez un dernier message, monsieur Le Secrétaire Général ?

Par la masse énorme des primes qu’elles encaissent, les Sociétés d’assurance et de Réassurance permettent une création de plus-values inégalée dans l’histoire des finances du monde entier par le biais de placements et d’investissements. Avec le développement des produits des assurances dans le monde, les opérateurs économiques se trouvent plus armés pour faire face aux pertes que peuvent causer les catastrophes naturelles ou tout autre accident grâce aux traités de réassurance.

Depuis son apparition en Mauritanie en tant que produit économique, les assurances n’ont cessé de se développer. Le marché compte aujourd’hui 17 sociétés dont une compagnie étrangère et une Mutuelle Santé. D’où le rôle sans cesse croissant que jouent les assurances dans le domaine financier, à côté des banques. Rôle appelé à se développer encore davantage avec le début de l’exploitation du pétrole et du gaz dans notre pays. La stabilité politique aidant, la construction des infrastructures, telles que les routes goudronnées, les forages, la construction de building ; est de nature à contribuer au développement des assurances. Parmi les possibilités qu’offre ce marché, nous pouvons citer :

– La couverture des installations et l’exploitation du pétrole, secteur appelé à générer des primes importantes.
– La couverture en faveur des compagnies de prospection du pétrole, du gaz, et des matériaux précieux.

– Le dynamisme du secteur des banques qui a connu la naissance de plusieurs banques privées nationales ainsi que l’installation de quelques banques étrangères.

– Les assurances maritimes (Corps navire et Transport des facultés maritimes) dans un pays qui constitue une plaque tournante entre l’Afrique du nord et le reste du monde, et qui dispose de côtes des plus poissonneuses du monde (près de 800 Km.)

– L’assurance automobile, avec un parc national en expansion remarquable et qui n’est assuré qu’à 40% environs.
– Les assurances maladie. Les sociétés de la place accordent de plus en plus d’importance à ce type d’assurance en faveur de leur personnel.

– Les assurances vie. Cette branche extrêmement importante, vu les capitaux qu’elle permet de fructifier reste encore à développer.

Il est très important que les autorités prennent les mesures importantes en étroite collaboration avec l’APAM pour tirer le meilleur profit d’un secteur aussi important pour le développement économique du pays.

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