L’Afrique importe actuellement plus de 80 % de ses produits pharmaceutiques et consommables médicaux. Pourtant, le potentiel de production de médicaments est là et peut se développer rapidement grâce à un marché vaste. Les Etats sont conscients de l’enjeu économique, politique et social que représente une autosuffisance en médicaments mais leurs actions manquent encore de concrétisation. Peut-être faudrait-il regarder du côté de certains acteurs privés qui entendent révolutionner cette industrie sur le continent.

Une dépendance extérieure excessive

TURK İlaç, l’une des plus importantes entreprises turques spécialisées dans la production de produits pharmaceutiques, notamment de vaccins et de sérums, a présenté son ambition de construire sept usines de production intégrées en Afrique, similaires à celles qu’elle a déjà réalisées avec succès en Turquie. Elles seront installées en Angola, au Bénin, au Congo Brazzaville, en Guinée, en Mauritanie, au Nigeria et au Sénégal, suite à des accords avec les gouvernements respectifs de ces pays. « Le développement de ces sept unités de production à travers l’Afrique est d’une importance capitale pour le développement durable, non seulement de l’Afrique, mais aussi de l’économie mondiale dans son ensemble », a déclaré Mehmet Berat Battal, président de l’entreprise. Ce projet qui est prévu se réaliser entre 2022 et 2024, ambitionne de réaliser les objectifs de développement durable des Etats africains notamment d’atteindre l’autosuffisance en médicaments. 

On n’en parle rarement, mais la situation est alarmante. Au XXIème siècle, l’Afrique croule encore sous la dépendance des médicaments fabriqués et importés (originaux ou contrefaits) des autres régions du monde. Même pour une maladie tropicale comme le paludisme, première cause de mortalité sur le continent selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le continent n’a pas encore réussi le pari de produire suffisamment de produits pharmaceutiques dans les laboratoires africains.

De plus en plus sollicités par les pouvoirs publics comme une alternative aux systèmes, parfois défaillants, d’approvisionnement et de distribution des médicaments, des acteurs et investisseurs privés, comme TURK İlaç, s’engagent à investir sur le continent. Les acteurs publics et privés comprennent qu’ils doivent impérativement travailler ensemble. C’est le cas notamment des coopérations entre le groupe français Proparco qui a prêté, en 2019, 10 millions de dollars à Africure Pharmaceuticals, un fabricant et un distributeur indien de produits pharmaceutiques génériques présents en Afrique subsaharienne. Ce prêt visait à accroître les capacités de production de cette entreprise en Afrique en lançant deux nouvelles usines en Côte d’Ivoire et en Éthiopie.

En Afrique du Sud, le Ministère des Technologies a investi en 2020 dans la recherche et la production de vaccin contre le COVID-19. Ce travail s’est fait en collaboration avec Biovac Institute, une entreprise biopharmaceutique sud-africaine, qui est devenue l’un des seuls producteurs africains de vaccin anti COVID-19.

Même si les exportations africaines de médicaments ont augmenté, passant de 0,2 milliard de dollars en 1998 à 1,4 milliards de dollars en 2018, il est clair que la balance commerciale est en défaveur de l’Afrique,d’environ 18,6 milliards de dollars. C’est un véritable manque à gagner. Il faut passer à l’action en investissant dans la production locale.

Le lancement ambitieux de ce projet de construction de sept usines en Afrique par TURK Ilaç, vient comme une réponse à ce manque à gagner et intervient à la suite du 3ème sommet Afrique-Turquie qui s’est tenu à Istanbul en décembre 2021. Interglobe IEG, une société américaine spécialisée dans la recherche d’opportunités d’investissement en Afrique pour les compagnies étrangères,a accompagné TURK Ilaç à obtenir ces accords avec les Etats africains. Après la signature de cet accord, le président exécutif du groupe Interglobe IEG, Bunmi Jinadu, a déclaré : “Il est assez  préoccupant que les échanges commerciaux entre pays africains ne représentent que 18% du commerce mondial. Nous croyons fermement que soutenir le développement d’une industrie pharmaceutique durable en Afrique est une contribution puissante à la réalisation des Objectifs de développement durable.”

Fortement engagé et aligné avec les objectifs l’AFCFTA, Bunmi Jinadu a ajouté “La zone de libre-échange continentale africaine (AFCFTA) est un outil essentiel qui permettra d’accélérer et renforcer les échanges entre pays africains et entre l’Afrique et les autres continents et servira de catalyseur du développement durable en Afrique pour les générations futures.”

L’ambition de l’entreprise Turque, il faut encore le rappeler, répond au besoin d’apporter au continent africain son expérience, son expertise et son savoir-faire pour contribuer à l’émergence d’une industrie pharmaceutique africaine. Le plan d’action de TURK Ilaç pour le continent est axé sur quatre domaines-clés : l’investissement dans le secteur pharmaceutique en Afrique; le transfert de technologies avancées et de meilleures pratiques en Afrique ; la promotion de l’emploi des femmes et la recherche et le développement.

Ce type de coopération avec de grandes firmes internationales apportera de la compétitivité sur le marché pharmaceutique africain, le transfert de connaissance qui permettra de développer la recherche et le développement scientifique, une donne qui demeure jusque-là une véritable faiblesse pour cette industrie pharmaceutique africaine.

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