Ambassadeur itinérant en charge des stratégies économiques et de l’attraction des investissements internationaux,  Samba Goumba Thiam aborde dans cet entretien les conclusions des réunions de printemps de la Banque Mondiale et du FMI.  Pour ce haut cadre rompu aux questions économiques avec, dans le compteur, 28 années au service du Fonds Monétaire International dont la majeure partie en tant que Représentant-Résident dans plusieurs pays et, notamment, au Sénégal, en 1994, la Mauritanie doit tirer à profit d’une diaspora bien formée avec des ressources humaines de qualité.    

Vous venez d’assister aux Réunions de printemps 2022 du FMI et de la Banque mondiale qui se sont tenues à Washington. Qu’est ce qu’il faut retenir de ces rencontres en ce qui concerne la Mauritanie ?

De manière générale, ces réunions de printemps qui reprennent après près de deux années d’interruption du fait de la pandémie Covid-19, ont été l’occasion d’aborder et de traiter directement avec les gouverneurs représentants leurs pays (dont le nôtre), les grandes questions qui concernent les 189 pays membres. Ces questions de manière ramassée concernent la relance post Covid 19, la crise Ukrainienne et ses possibles impacts sur les circuits et les valeurs du commerce international. Notamment, et au centre des préoccupations de tous les décideurs, l’impact inflationniste mondial qui avait déjà débuté par les effets induits de la pandémie sur les chaines d’approvisionnement, et devenu exacerbé par le conflit Ukrainien. Bien entendu, les questions environnementales et la préparation de la future COP 27 n’ont pas été occultées. Enfin, du côté spécifique du FMI et dans le contexte de nos pays, l’introduction prochaine d’une nouvelle facilité (RST en anglais) ou Fonds de Soutenabilité a la Résilience, basée sur le renoncement volontaire de leurs quotes-parts par certains pays développés, a été au centre des discussions. Ce fonds alimenté à hauteur de 100 milliards de dollars attendus sera géré par le FMI qui en fixera les conditions d’accès.

D’une manière plus spécifique pour notre pays, la délégation ministérielle (économie et finance) et celle de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) ont pu rencontrer l’ensembles des partenaires avec lesquels notre pays coopère pour échanger sur des thématiques plus précises, notamment sur le soutien au pays à travers un nouveau programme (FMI), l’assistance pour juguler les effets de la crise multidimensionnelle que tous las pays traversent à cause du conflit en Ukraine (hausse des prix, disruption de la chaine d’approvisionnement en produits alimentaires, céréaliers en particulier etc.)

L’économie Mauritanienne est parmi les plus impactées par la crise de COVID-19 et actuellement par la guerre Russie-Ukraine. Quelles pourraient être les voies de relance économique les plus efficaces ? 

Il est vrai que la Mauritanie, à l’instar d’autres comme je l’ai dit plus tôt, est durement impacté par la rupture de l’approvisionnement en produits céréaliers en provenance d’Ukraine. De même, étant un pays importateur de produits énergétiques, la forte hausse des prix du pétrole nous touche directement. Ce conflit a révélé sans que beaucoup le sachent l’ampleur de notre dépendance vis-à-vis de l’Ukraine. Et nous ne sommes pas les seuls. La voie de relance, de mon point de vue, passe par le développement de nos potentialités internes et le fait savoir compter sur nos propres ressources d’abord.

Nous devons penser pour maintenant et sur le moyen et long terme, à asseoir une politique solide et renforcée de l’offre grâce à l’implication directe de l’État et des acteurs privés par des réformes structurelles innovantes au niveau du secteur réel.

• Proposer et repenser des politiques de résilience différentes au niveau des secteurs pour lesquels le pays est doté d’avantages naturels réels et qui impactent la majorité de la population et qui de surcroit ont un potentiel d’emplois non négligeable : l’eau, l’agriculture, l’élevage et la pêche.

• Proposer les voies pour renforcer une politique d’investissements publics d’accompagnement.

• Explorer les voies les plus adéquates afin que l’État puisse initier les réformes nécessaires et impliquer le secteur privé.

La pandémie de la Covid a permis à notre pays de moderniser ses infrastructures et de développer une politique de résilience plus soutenue dans le secteur de la santé. Les efforts mis en place par le gouvernement et soutenus par les citoyens et autres bonnes volontés et la communauté internationale ont permis de réaliser des résultats tangibles. Le taux de couverture vaccinale Covid en Mauritanie est l’un des plus élevés en Afrique, et les programmes de filets sociaux ont permis d’atténuer fortement l’impact négatif de la pandémie sur la population, essentiellement sur ressources propres.

Le potentiel socioculturel et économique de la diaspora Mauritanienne en Europe, aux USA, en Asie, en Afrique et au Moyen Orient peut jouer un rôle essentiel dans le développement du pays. Aujourd’hui, quel schéma l’État doit-il proposer pour attirer et encourager le retour de ces Mauritaniens au pays ? 

La volonté des autorités mauritaniennes de donner plus de visibilité à sa diaspora a été réaffirmée récemment, et vient répondre à une volonté de part et d’autre de tirer profit des expertises des cadres expatriés pour contribuer au développement économique du pays. Il s’agit plus précisément d’œuvrer pour une meilleure organisation de la diaspora mauritanienne en vue de son implication plus forte dans les efforts de développement et de la construction nationale, à travers la valorisation du capital humain économique et social de la diaspora ; l’amélioration de la communication entre le gouvernement et la diaspora, et le renforcement de la protection et de la défense des intérêts des Mauritaniens à l’extérieur. La diaspora à travers ses différentes structures dont le Collectif des cadres mauritaniens expatriés (CCME) a fait des propositions en ce sens.

La présence de nombreux mauritaniens qualifiés au sein des institutions internationales et multinationales représente un atout stratégique dans la mise en œuvre de la politique nationale de développement. La diaspora fonde de l’espoir sur les nouvelles attributions de tutelle du Ministère des Affaires étrangères, et la prise en compte des » Mauritaniens de l’Extérieur » et appelle à la mise en œuvre réelle de celles-ci.

C’est en cela que le Forum de la diaspora qui est prévu au cours de l’année 2022 apparait comme un cadre de très haute importance qui permettra aux pouvoirs publics, à la diaspora, et au secteur privé d’échanger sur des sujets novateurs et de proposer des solutions aux préoccupations des Mauritaniens de l’extérieur en vue d’améliorer et d’accroître l’impact de ses actions sur le développement socio-économique du pays en lien avec les grands chantiers définis par les nouvelles autorités.

Afin de permettre aux entreprises locales de mieux saisir les opportunités dans la chaîne de valeur pétro-gazière, le gouvernement doit mettre en place des lois appropriées. Aujourd’hui, à la veille des premières exportations du gaz issu du projet GTA, qu’est ce qui a été fait et que reste-t-il à faire ?

De nombreux pays ont intégré dans leurs stratégies de développement, la nécessité d’impliquer d’avantage le secteur privé local afin qu’il puisse profiter des retombées positives du développement de leurs industries d’hydrocarbures naissantes. Ces stratégies visent à favoriser l’emploi local et de s’appuyer sur le tissu des entreprises de biens et services nationales, plutôt que de recourir aux importations pour tous leurs besoins. La Mauritanie n’est pas en reste et a récemment initié l’élaboration d’une stratégie de développement d’un contenu local dans le secteur pétrole et gaz.

Cela dit. Il n revient pas à l’État de tout faire. Les entreprises elles-mêmes doivent être plus proactives et se préparer à cette mutation à venir de notre économie.  Bien entendu dans le domaine du contenu local pour favoriser ces entreprises, l’État a déjà consenti des efforts importants….

Les ressources pétrolières et gazières constituent une richesse nationale pour laquelle l’État s’est engagé à assurer une gestion efficiente et équitable. D’ailleurs le gouvernement a mis en place un Fonds National des Revenus des Hydrocarbures, quelles seraient les perspectives de croissance économique de la Mauritanie durant les prochaines années ?

Vous savez, gérer l’abondance peut soulever des défis de gestion économique très importants. L’afflux massif de ressources non maitrisées peut perturber la politique économique d’un pays en créant une inflation sévère qui érode le pouvoir d’achat, à la suite de politiques fiscale ou monétaire expansionnistes et non maitrisées. L’erreur à ne pas commettre est d’asseoir une politique de dépenses permanentes sur des ressources volatiles par nature, aussi bien par le volume que par les prix. Nous mauritaniens ne devons pas penser que demain nous serons de riches rentiers du gaz et du pétrole. Ces ressources à venir doivent être gérées de manière rationnelle et supporter la politique d’investissement et de création d’épargne pour les générations à venir. C’est pourquoi le 9 février dernier, le gouvernement a adopté un projet de décret réinstituant le Comité Consultatif d’Investissement (CCI) du Fonds National des Revenus des Hydrocarbures (FNRH) dont je suis membre. Ce Fonds a été créé en 2006 à la suite de la mise en exploitation du premier champ pétrolier Chinguetti. Ce fonds d’investissement pétrolier (gazier au futur), est un dispositif important dans la gestion et pour la transparence dans l’utilisation des ressources tirées de l’exploitation (future) du gaz (en commun avec le Sénégal) et du pétrole quand les champs potentiels seront mis en exploitation.

1 COMMENTAIRE

  1. Les réunions de printemps de la Banque mondiale sont avant tout des rencontres axées sur la communication des actions, politiques, réponses de la Banque sur les sujets, défis majeurs dont sont confrontés ou susceptibles de faire face les pays développés ou non.
    La voie de développement des pays en quête maîtrise des outils, facteurs, stratégie de leur développement ne constitue pas le thème de ces réunions.
    Les ressources des bailleurs devraient servir d’appui alors que les stratégies, plan et processus de développement devraient provenir des pays tenant compte de leur Ressources (minières, naturelles, humaines, stratégiques etc), de leur contexte, de leur diplomatie, de leur volonté de transparence, de bonne gouvernance.
    Il serait intéressant d’investir sur nos ressources humaines en orientant les capacités vers la maitrise de la chaine de production, de gestion, de transformation des Ressources naturelles dont le pays est doté.
    Egalement, aller vers une orientation de la monnaie nationale dans une dynamique de stratégie d’implémentation d’une politique monétaire, le pays dispose assez de ressources prisées par les Economies des pays développés et en voie comme pouvant servir de garant et garantie à la valeur de la monnaie nationale.
    Les activités de relance au niveau micro économique avec l’implication des Banques privées mauritaniennes dans le soutien à l’économie informelle avec des prêts encadrés.
    La mise à niveau des statistiques afin d’accompagner le suivi des transactions et opérations à prioriser et soutenir.
    Les renforcements de capacités permanents axées sur la formation des formateurs.
    La maîtrise et orientation d’une politique budgétaire. Cet outil ne doit pas être réservé seulement aux pays développés.
    Eviter de mettre la charrue avant le bœuf (en s’engageant dans des chantiers peu créateurs de valeur ajoutées et impactant moins d’un % de la population). Etc. ….
    Tout devrait se faire par étape grâce à une planification stratégique.

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