Qualifiée au deuxième tour des présidentielles françaises qui aura lieu dimanche 24 avril 2022, Marine Le Pen explique dans cette tribune sa vision des relations franco-africaines. A lire jusqu’au bout pour comprendre ce que la candidate nationaliste pense de l’Afrique francophone, du Franc CFA et de la Françafrique.


France-Afrique : bâtir ensemble une relation fructueuse et adulte

La France et l’Afrique ont un passé commun d’où sont nées un sentiment, parfois des passions et toujours des attentes mutuelles. J’ai la ferme conviction que nous méritons et devons, soixante ans après les indépendances, atteindre ensemble les rivages d’une relation apaisée et de trouver enfin le ton juste, car ce qui nous unit est plus important que ce qui nous sépare.

En tant que candidate au second tour de l’élection présidentielle française, je veux proposer au continent, et en particulier aux pays francophones auxquels nous unissent une histoire et une culture, ma vision de notre relation. Celle-ci récuse aussi bien les repentances infondées que les nostalgies d’antan.
D’ailleurs, étant la candidate de la souveraineté et de l’indépendance de mon pays, comment pourrais-je ne pas percevoir et partager moi-même cette aspiration des peuples et des Etats africains à prendre en main comme ils l’entendent leur modèle de développement et leurs alliances dans le concert des nations ? Ainsi, même si je pense que le franc CFA constitue, encore aujourd’hui, une garantie de stabilité pour les économies de la zone franc, c’est d’abord aux Etats africains de décider s’ils entendent poursuivre cette coopération monétaire avec la France. La responsabilité du choix en revient à nos partenaires et à eux seuls.

Avec la même conviction, je récuse l’inscription de la relation franco-africaine dans un cadre multilatéral globalisant, désincarné par nature, qui cherche à imposer au continent des modèles politiques et économiques qui sont à l’opposé de son génie propre.

Entre la Françafrique qui ne peut et ne doit plus exister et l’utopie d’une relation aseptisée par la médiation d’un multilatéralisme anonyme d‘inspiration anglo-saxonne et ultra-libéral, j’ai la conviction qu’il y a la place pour créer entre nos pays une relation adulte, fondée sur la prise en compte des réalités et des intérêts légitimes, à commencer par la recherche de la stabilité du continent.

Sécurité et stabilité constituent en effet la condition sine qua non du développement de l’Afrique. Cependant, au moment où la situation internationale requiert une présence raffermie des armées françaises sur le théâtre européen, le maintien ad aeternam de nos forces dans les espaces sahéliens n’est pas une option stratégique que je considère. La France a payé le prix du sang au Sahel dans une guerre sans perspective de victoire qui n’a empêché ni les coups d’Etat, ni la progression du terrorisme islamiste, mais qui a alimenté la montée d’un sentiment anti-français inédit dans toute l’Afrique. J’entends mettre un terme à cet enlisement mortifère. L’implication éventuelle de l’armée française en Afrique doit répondre à des objectifs politiques et stratégiques clairs, se faire dans un cadre limité dans le temps et avec un horizon de retrait clairement défini.

J’entends aussi que cessent les incohérences diplomatiques qui alimentent l’incompréhension des populations africaines à notre égard. La France ne peut pas à la fois accepter la situation institutionnelle créée au Tchad après la mort du président Idriss DEBY, tout en condamnant le Mali d’Assimi Goïta et en reconnaissant la junte du colonel DAMIBA au Burkina Faso. Il existe pour y répondre une voie simple, celle de la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains. Dans cette logique la politique de monsieur Le Drian depuis dix ans aura été totalement illisible et on attend toujours de connaître qu’elles ont été ses actions pour régler le problème des prisonniers politiques dans certains pays qu’il soutenait par ailleurs, comme au Congo-Brazzaville.

L’autre grande réalité à laquelle je tiens, c’est à la promotion de la francophonie qui trouve en Afrique un cadre de développement naturel. La Francophonie n’est pas, à mes yeux, la roue de secours de l’influence française sur le continent. En rêver, c’est la condamner à disparaître plus tôt que tard. Comme le disait Léopold Sédar Senghor, la Francophonie est «un mode de pensée et d’action », un canal naturel de dialogue, d’échanges, de prospérité pour les pays ayant le français en partage et pour près de 300 millions d’hommes et de femmes de par le monde, dont beaucoup vivent sur le continent. Je pense également à cette jeunesse africaine, vivier puissant de créativité et moteur indispensable du dynamisme économique des sociétés africaines qui doit trouver dans la francophonie ce cadre nécessaire à l’émergence de nouvelles opportunités et perspectives. Siégeant le jour venu avec les chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français en partage, je ferai en sorte que le grand dessein de la francophonie devienne utile, en particulier à la jeunesse africaine qui porte par son nombre l’avenir de la langue française. J’entends, grâce au français, promouvoir les coopérations scientifiques et impulser de prometteuses dynamiques Sud-Sud, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’agronomie et du changement climatique qui sont au cœur des défis globaux que doit affronter l’Afrique.

Enfin, je souhaite une politique de coopération française rénovée et réorientée vers une contribution à la réduction des tensions démographiques, migratoires et environnementales en Afrique. J’entends en particulier dépasser la notion d’aide au développement, qui demeure trop étroitement financière, pour promouvoir celle d’investissements pour le développement en promouvant l’industrialisation, le soutien ciblé aux activités agricoles, un aménagement concerté du territoire par des infrastructures majeures et la montée en gamme technologique de l’Afrique. Je le dis clairement, le continent n’a pas vocation à mes yeux à demeurer éternellement un pourvoyeur de biens primaires pour le reste du monde. Pour accompagner cette orientation, j’entends redonner à la France la maîtrise de son aide au développement qu’elle a abandonnée à l’Union européenne en créant un secrétariat d’Etat du codéveloppement qui assurera la tutelle effective de l’AFD et donnera des impulsions dans le cadre d’une loi d’orientation adoptée par le parlement. J’ai la conviction qu’une coopération française de terrain, ouverte et partenariale, permettra de mieux répondre aux attentes des acteurs économiques africains et aux populations qui l’attendent avec espoir. Préparons-nous déjà à faire face ensemble à la violente crise alimentaire qui se profile à l’horizon et qui constitue pour moi un motif de profonde inquiétude.

Comme le disait le président de la Paix Nelson Mandela « aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès ». C’est ensemble, mes chers amis africains, que nous écrirons ces nouvelles pages de notre avenir commun.

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