Africa Global Ratings (AG Ratings) a été agréée le 25 novembre 2021 par le Comité Exécutif du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF) en tant qu’agence de notation sur le marché financier régional de l’UEMOA. La demande d’agrément avait été introduite le 1er août 2021 par Roland Yago, fondateur de Africa Global Ratings, société anonyme avec conseil d’administration, immatriculée au registre de Commerce de Ouagadougou (Burkina Faso). Dans cet entretien exclusif avec Financial Afrik, le jeune financier burkinabé revient sur les motivations profondes qui l’ont conduit à créer AGR dans un marché régional dominé par Bloomfield Investment Corporation et West Africa Rating Agency (WARA).


Comment est né en vous l’idée d’une agence de notation ?

Ce projet est parti d’un constat: nous observons un déficit d’informations financières dans la zone UEMOA. De plus, la part contributive du Burkina Faso sur le marché financier est très faible comparée au poids de son économie dans l’UEMOA. Je nourrissais ce rêve depuis mes années sur les bancs de la Coventry University London Campus. J’ai effectué un Bachelor avec une spécialité économie et finance à Coventry University, puis un Master en ingénierie financière de l’IAE de Poitiers. J’effectue actuellement un MBA à Boston University à distance.
Pour moi, il est important d’être en formation continue afin de renforcer ses compétences. Je continuerai à me former à l’excellence. On ne finit jamais d’apprendre. J’ai débuté ma carrière au sein du cabinet KPMG à Paris en tant qu’auditeur financier au département Middle Market. Puis, au sein du département Financial Services Industry. Je suis intervenu sur des missions de commissariats aux comptes au profit de Total, Rothschild Private Bank, les fonds SICAV, FCP du Crédit Mutuel, de la Société Générale, Lombard Odier, et de Carmignac. Par la suite, j’ai rejoint Meridiam, fondé par Thierry Déau, qui est doté d’une puissance intellectuelle et d’une vivacité incroyable. Meridiam est un Fonds d’investissement qui est axé sur le développement, le financement et la gestion de projets d’infrastructures publiques sur le long terme. J’étais chargé du suivi du portefeuille d’investissement et de la modélisation financière d’investissements connexes au sein du Special Purpose Vehicle de Madagascar.

Quel est le rôle d’une agence de notation dans le contexte financier régional ouest-africain ?

L’agence de notation devient la pierre angulaire du système financier avec la règlementation de Bâle 2 & 3.
Bâle 2 stipule l’exigence de fonds propres (ratio de solvabilité McDonough), la surveillance et la gestion des fonds propres, la discipline du marché (transparence dans la communication financière des entités).
Bâle 3 induit un renforcement du niveau de qualité des fonds propres bancaires ainsi qu’une gestion plus stricte des risques de liquidité. Pour garantir une meilleure stabilité financière, Bâle III se renforce au travers les 3 piliers suivants:


-Premier pilier : les fonds propres réglementaires.

Le niveau des fonds propres requis a été renforcé, imposant ainsi aux banques de réduire leur total de bilan ou d’augmenter leur capital. Et là nous observons que le marché financier régional est la voie idoine pour une augmentation de capital via une OPV (offre publique de vente) qui permettra de mobiliser des ressources supplémentaires pour le développement des activités des banques, d’élargir l’actionnariat à de nouveaux investisseurs de référence et d’accroitre davantage la notoriété auprès du grand public.


Deuxième pilier : l’effet de Levier.


L’effet de Levier mesure le rapport entre le total des actifs et les fonds propres de la banque. S’il est trop important et que la valeur des actifs s’effondre, comme ce fut le cas durant la crise financière de 2008, les banques peuvent être tentées de les brader, ce qui accentuera la spirale des pertes.


Troisième pilier : Les ratios de liquidité

Ils permettent d’évaluer la solvabilité d’une entreprise à court ou à long terme. Un ratio de liquidité insuffisant peut déboucher sur une crise majeure ; par exemple si une banque n’a pas assez de dépôts pour faire face à des retraits d’argent massifs en temps de crise.
Aussi, nous avons besoin des agences de notation afin de permettre aux investisseurs de se rassurer sur la qualité de la signature des entreprises et à celles-ci de se rassurer sur leur mode de gestion en interne. La notation est aussi un indicateur de gouvernance pour les entreprises publiques, et privées en surliquidité, qui n’aspirent pas forcément à emprunter sur le marché.
Enfin la notation des SGI (sociétés de gestion et d’intermédiation) permettra aux épargnants de mesurer la qualité et la solvabilité des SGI qui gèrent l’épargne publique. Aujourd’hui tout épargnant veut se rassurer que son épargne soit entre de bonnes mains.

A quand exactement remonte la création de l’agence AG Ratings ?

Nous avons juridiquement lancé AG Ratings en 2020 en allant dans un premier temps sur le terrain. Comme le dit un grand Général, c’est le terrain qui commande la manœuvre. Le tissu économique national ne compte que 3 sociétés cotées. Moins de 10 entités sont notées. Il a fallu une approche de terrain pour sensibiliser les premiers responsables des entités privées et publiques sur la nécessité de l’utilisation de cet instrument. Au terme de ce travail de terrain, nous avons construit un pipeline d’entités à fort potentiel de croissance avec un chiffre d’affaires supérieur ou égal à 4 milliards.
Ces entreprises à fort potentiel de croissance ne peuvent pas continuer à grandir avec les fameux trois comptes financiers : un pour la banque, un pour les impôts et un pour elles-mêmes. Nous les emmenons à évoluer dans un processus qui comprend le passage devant un commissaire aux comptes agréé par le CREPMF puis nos analyses de KYC (know your customer) avant l’étape de la notation. Nous pouvons refuser d’émettre des notations une fois les KYC terminés. Nous veillons à ce que nos clients adoptent des dispositifs de gouvernance. Ils se matérialisent par la mise en place d’un contrôle interne, d’un conseil d’administration, d’un comité d’audit et d’un comité des risques, de sorte à emmener les dirigeants vers le cercle vertueux de la bonne gestion.
En principe, toute entreprise doit survivre à son dirigeant. Or, en Afrique, les entreprises disparaissent souvent avec leur fondateur. Nous nous sommes fixés pour objectif d’éviter ces expériences à nos clients. Notre credo chez AG Ratings est de permettre aux entreprises de survivent à leurs fondateurs.
Nous avons au moins une dizaine de sociétés qui aspirent à se faire coter en bourse. Nous avons l’intime conviction que ça se fera, mais ça prendra un peu temps. Les dirigeants ont compris qu’ils peuvent trouver dans ce marché de quoi financer leurs développements tout en étant d’excellents élèves en matière de bonne gouvernance et de transparence. Nous avons fait énormément de pédagogie dans le tissu économique.

Donc, votre cible privilégiée ce sont les PME mûres ?

Pas forcément. Le terrain commande la manœuvre, Il faut s’adapter au tissu économique régional. Il ne s’agit pas pour nous de noter pour noter. Il faut que les entreprises y trouvent leurs comptes. Nous menons aussi une pédagogie de terrain en incitant les sociétés où les Etats de l’UEMOA disposent des parts majoritaires à aller en Bourse. C’est aussi un levier pour financer les besoins des Etats.


Votre agrément du CREPMF a-t-il été obtenu au premier coup ou après recours ?

Nous pouvons dire avec soulagement que c’est un tako Kélé , (rires…, un coup KO en langue dioula, terme utilisé par le Président Roch Marc Christian Kabore lors de sa campagne présidentielle). La constitution du dossier de demande d’agrément a été faite minutieusement et nous avons pris le temps nécessaire pour le constituer dans le strict respect de la règlementation en vigueur. Le CREPMF est très exigeant et très pointilleux en matière de règlementation tout comme la BCEAO. C’est l’une des nombreuses qualités de ces institutions que nous saluons.
Notre agence de notation comprend des talents, des profils de qualités exceptionnelles en termes de parcours académique et d’expériences professionnelles. Au niveau de notre Comité des Normes, et de notre conseil d’administration, nous avons Monsieur Damo Justin Barro, ancien gouverneur de la BCEAO, Léopold Ouédraogo, qui a géré l’antenne Burkinabè de la BRVM jusqu’à son départ à la retraite, Léné Sebgo qui a eu à siéger comme Président du CREPMF, Président Institut Francophone de la Régulation Financière (IFREFI), Directeur Général de la coopération multilatérale puis comme membre suppléant au conseil des gouverneurs du MIGA et de la BID, Ky Oumar, qui a été directeur général de l’ensemble des filiales francophones de la BSIC, Directeur Général de la BSIC Sénégal, Togo, Burkina. Ce sont des personnes de qualité qui siègent en notre board et qui ont été reconnues sur le plan international pour leur qualités professionnelles et humaines.
Notre service de rating compte des collaborateurs qui viennent d’agences de notation américaines, de la SFI (membre du groupe Banque Mondiale) de Citi bank Dubaï.

Quel est votre capital de départ et quels sont vos actionnaires ?

Nous avons démarré avec 250 millions de FCFA détenus majoritairement par le PCA.

Maintenant que vous êtes agréé au niveau du marché financier de l’UEMOA, quelles sont les prochaines étapes ?

La prochaine étape est de jouer pleinement notre rôle au sein du marché financier régional et au-delà. Nous avons des bureaux de représentation à Singapour et Paris ainsi qu’une filiale à Londres. Nous pensons qu’il ne faut pas craindre d’être présent sur ces marchés afin promouvoir les entités notées. Chez AG Ratings, nous osons innover, inventer l’avenir et surpasser nos limites. Il est important de noter que notre objectif n’est pas la concurrence mais plutôt pousser le métier d’agence de notation vers la saine émulation avec des livrables d’excellente qualité.

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