France-Algérie : le général Saïd Chengriha relance la guerre des mémoires

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Saïd Chengriha.

Oublié le rapport Benjamin Stora sur une possible communion entre Paris et Alger autour d’une mémoire commune sur la guerre d’Algérie. Au sein de l’armée algérienne, la vieille garde attise le feu, prenant en otage le conciliant président Abdelmajid Tebboune, plutôt favorable à de nouveaux rapports avec la France. Mais il va falloir convaincre la nomenklatura. A l’image du chef d’Etat-Major, le général Saïd Chengriha, véritable homme fort du régime, qui évoque des «millions de martyrs» tombés face à la France. Pour le patron de l’Armée algérienne, le mouvement Hirak serait téléguidé par Paris.

Lors d’un séminaire sur la « mémoire et l’unité nationale » organisé le 17 mars, le Général a comparé les positions du peuple algérien à celles des montagnes, « immuables et inébranlables, puisqu’elles s’inspirent de notre doctrine nationale et de notre glorieuse révolution de libération, scellée par le sang de millions de chouhada » (martyrs) ». Le puissant général qui a mis l’armée au pas suite à des arrestations spectaculaires comme celle du général Wassini Bouazza, ancien patron de la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), condamné à 16 ans de prison ferme, oriente ses discours contre l’ex-puissance colonisatrice. Se faisant, Saïd Chengriha rallie la vieille garde révolutionnaire, les nationalistes de tout poils et les islamistes, tout en coupant court aux vents du changement portés par le Hirak et des historiens favorables à un examen dépassionné de l’histoire.

En attendant, la ligne de démarcation tracée par Saïd Chengriha semble bien fonctionner comme le montre les récentes déclarations de Abdelmadjid Chikhi, directeur général des Archives nationales algériennes: « Je n’ai pas d’évaluation pour le rapport Stora. J’estime que ce rapport est un rapport français demandé par un président français à un citoyen français afin qu’il lui donne un avis sur ce qu’ils nomment “la mémoire apaisée”. Ancien combattant, l’historien préconise une posture radicale vis-à-vis de l’Hexagone. « Il faut s’éloigner de l’école française dans la recherche historique en adoptant une véritable approche d’analyse permettant de lever le voile sur toutes les vérités », conseille-t-il à ses condisciples selon des propos rapportés par l’agence de presse officielle APS. Dans ce contexte, la proche visite du Premier ministre français Jean Castex en Algérie s’annonce compliquée. AU delà des crispations sur l’histoire, les deux rives présentent beaucoup de convergences en économie, la France restant premier fournisseur et deuxième client de l’Algérie.

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