Syndrome du Mali: les africains sont-ils schizophrénes ?

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Le président de la transition malienne, Dioncounda Traoré, et son homologue français, François Hollande. Huit ans après, le Mali n'est toujours pas sorti de l'auberge.

L’on connaissait le syndrome de Stockholm, cette tendance de l’otage à adopter le point de vue de son ravisseur. Mais qui connaît le syndrome de Mali ? En janvier 2013, à l’appel du gouvernement de Bamako, en proie à une avancée Jihadiste sans précédent et alors que les armées de la CEDEAO appelées en rescousse, rivalisaient dans une sorte de course de lenteur qui ne dit pas son nom, l’armée française intervenait de justesse. C’était suite à la demande du président de la transition malienne, Dioncounda Traoré, adressée à l’ONU et lue par Susan Rice au cours d’une réunion d’urgence du conseil de sécurité. Il était temps.

Konna s’était soumise sans combat livrer. Kidal, tombée comme une mangue mûre. La millénaire Tombouctou n’a pas opposé résistance. Gao s’était couchée. Le drapeau de l’Etat de l’Azawad flottait au Nord et avançait dangereusement vers la boucle du Niger avec la promesse de la Charia et de la loi du Talion à tous, la lapidation et le jet de pierres aux femmes adultérines. Les forces armées maliennes (les FAMA) reculaient, perdant pied sur 70% du territoire de ce vaste pays. L’alliance entre le MNLA, Ansardine, les factions de Al Qaïda et le narco-banditisme triomphait. Toute l’Afrique d’alors, des panafricanistes aux lumumbistes, des sankaristes aux Nasséristes, en passant par les Nkrumistes modérés et les mobutistes durs (partisans de l’authenticité) attendaient cette intervention française car il était évident que les armées de la CEDEAO, comme du reste celles du G5 Sahel d’aujourd’hui, n’étaient pas prêtes.

Bref, l’opération Serval fut une sorte de seconde libération pour le Mali. Le 2 février 2013, le président Français, François Hollande, est accueilli en héros à Tombouctou puis à Bamako, 22 jours seulement après le début de l’opération Serval. « C’est le jour le plus important de ma carrière politique », s’exclame le socialiste, surnommé « Papa Hollande » pour la circonstance. «Monsieur le Président du Mali, vous venez à l’instant de remercier la France à travers ma personne, à travers le gouvernement ici représenté. J’y suis sensible. J’en suis fier. Mais à mon tour d’exprimer au peuple malien toute ma gratitude pour son accueil exceptionnel. Tout au long de cette journée commencée à Mopti, poursuivie à Tombouctou, se terminant ici à Bamako et partout les mêmes clameurs, la même ferveur pour dire « Vive la France et vive le Mali !». Et François Hollande d’enchaîner sous les hourras: « oui, c’est vrai, j’ai pris une décision grave le 10 janvier d’engager les soldats français avec les soldats maliens. C’était l’appel que m’avait lancé le président TRAORE. C’était le devoir de la France qui agissait au nom de la communauté internationale avec le soutien des pays européens dans le cadre des Nations Unies ».

Et de finir son discours par cet avertissement qui a valeur de prophétie : « mais je vous l’ai dit, le combat n’est pas terminé. Les groupes terroristes sont affaiblis, ils ont subi de lourdes pertes mais ils n’ont pas disparu. Alors qu’avons-nous à faire ? Continuer, poursuivre. Et la France restera avec vous le temps qu’il faudra c’est-à-dire le temps que les Africains eux-mêmes prendront à travers la MISMA pour nous suppléer, pour nous remplacer. Mais jusque-là, nous serons à vos côtés, jusqu’au bout, jusqu’au nord Mali. » Le président français insiste particulièrement sur ce point : « Mais je vous l’avoue aussi, parce que c’est le respect que je vous dois, la France n’a pas vocation à rester ici au Mali, parce que ce sont les Maliens eux-mêmes, les Africains qui assureront la sécurité, l’indépendance, la souveraineté. C’est ainsi que je conçois les relations entre la France et l’Afrique. Le respect, la démocratie, la transparence. C’est vous maintenant qui allez porter votre destin ».

Plus de 8 ans après, le qui Mali n’est toujours pas tiré d’affaire a entrainé le Burkina Faso dans la spirale et menace le Niger. L’armée malienne qui a réussi deux coups d’Etat en dix ans n’arrive pas à se reconstituer. Les gradés paradent à Bamako oubliant le Nord. La faute à la France ? Les initiatives de la CEDEAO sont restées des voeux pieux à l’exception notable de celles du Tchad et d’autres pays symboliquement présents sur le terrain. Quant au G5 Shael, il est passé progressivement d’une coalition militaire très attendue en une sorte d’organisation inter-gouvernementale en quête de fonds pour le financement des projets structurants. Foin de combats mais des tables rondes à foison.

Les Djihadistes sont toujours là, revigorés, rêvant de l’Azawad voire, au delà, de Bamako et d’Abidjan. Mais alors que les maliens et les africains ne font pas leur introspection, se demandant pourquoi leurs armées, budgétivores, n’arrivent pas à être opérationnelles, voilà que par une sorte de démagogie l’on désigne l’ennemi extérieur, bouc émissaire idéal en ces temps de triomphe du populisme par les réseaux sociaux. « France dégage », lancent des activistes qui ignorent sans doute que sans le dispositif Barkhane et l’intervention étrangère, Bamako serait depuis longtemps aux mains du Iyad Ag Ghali qui ne rêve ni plus ni moins que de ramener cette cité « infidèle » au temps de la bataille de Badr. N’est-ce pas donc de l’incapacité des armées africaines, nigérianes, sud-africaines et autres à venir en secours au Mali qu’est venue l’idée de solliciter la France, l’Europe et l’ONU ? Le bouc émissaire idéal permet à coup sûr d’innocenter les dirigeants. Le populisme repousse l’exigence du diagnostic précis des causes de la faillite de l’Etat du Mali aux calendes grecques ? La théorie du complot voulant que la France a emménagé des pistes d’atterissage pour évacuer or et pierres précieuses gagne du terrain, éloignant la jeunesse africaine des vrais défis du continent.

En définitive, le syndrome du Mali est cette propension à vouloir le tout et son contraire. A Bamako, c’est demander secours à la France et se plaindre de sa présence. A Casablanca, c’est fustiger la présence française et se ruer vers les lycées français, Descartes et Lyautey qui, face au succès, ont adopté les tarifs les plus chers au monde. Même constat à Alger, pays qui a payé sa libération par 1 million de martyrs et dont quasiment toute l’élite a une nationalité française et un compte en banque dans ce pays. Au Vietnam, le lycée Jean Jacques Rousseau et Marie Curie sont les plus recherchés par des parents d’élèves qui sont motivés par le seul intérêt de vouloir donner à leurs progénitures une chance dans des marchés de travail compétitifs. Il est clair que le syndrome du Mali est répandu dans beaucoup d’anciens pays colonisés. Ce syndrome nait, semble-t-il, d’un conflit entre la fierté et la nécessité, l’affirmation de son indépendance et la nécessité de doter à celle-ci de moyens économiques, techniques et sécuritaires sans lesquels toute liberté est compromise. Aussi, les mêmes peuples qui exigeaient la présence française à Bamako réclament aujourd’hui son départ sans rien demander aux FAMA. Face au danger djihadiste, la nécessité avait fait loi. Aujourd’hui, sentant le danger s’éloigner, la fierté est de retour. Une aubaine pour les dirigeants, civils et militaires qui ont tout intérêt à pointer du doigt la France pendant qu’ils continuent à affaiblir les armées et les institutions pour leurs propres intérêts, celui de rester perpétuellement au pouvoir.

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