La livre libanaise s’effondre et provoque des émeutes

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Riad Salamé, gouverneur de la Banque Centrale du Liban. Porté aux nues à la fin des années 90 pour avoir mis en place un mécanisme stable de change fixe avec le dossier, le banquier est aujourd'hui la principale cible des manifestants.

Les libanais sont sortis du confinement en colère contre l’inamovible Riad Salamé, gouverneur de la Banque du Liban (BDL) et leurs autorités en général pour la perte de leur pouvoir d’achat, la montée du chômage (un taux de 35%) et la pauvreté qui concerne 45% des habitants.

La chute spectaculaire de la livre libanaise (LL), qui s’échange à 6000 unités le dollar contre un ratio de 1500 pour 1 USD qui n’a pratiquement pas bougé depuis son indexation au dollar en 1997, est en accélération depuis avril, poussant les rues de Beyrouth et Tripoli à s’enflammer. Le gouvernement a mis les forces de sécurité en branle, chargées d’interpeller ceux qui se livreraient à la manipulation du taux de la livre libanaise. Entre également sous le coup de la loi, toute diffusion de rumeurs ou informations mensongères portant atteinte à la monnaie nationale libanaise.

Selon le site lebaneselira.org, cité par l’Orient-Le-jour, le taux moyen pratiqué par les agents illégaux évoluait, le 10 juin, entre 4 700 livres le dollar à l’achat et 5 000 livres à la vente, une fourchette bien plus élevée que celle enregistrée un jour plus tôt et qui se situait entre 4 400 et 4 600 livres en moyenne.

Nourrie par une diaspora éparpillée aux quatre coins du monde, la monnaie de ce pays aux trois confessions ( sunnite, chitte et chrétien), dépendait pour beaucoup des transferts de fonds, quasiment asséchés. La rareté du dollar sur le marché a entrainé une restriction sévère des retraits bancaires en devises étrangères. En obligeant les agents de transfert à convertir les montants transférés en devises en monnaie locale, à un taux fixé (3 200 LL pour 1 dollars), la Banque Centrale a plutôt provoqué l’effet inverse: la fuite des devises.

Le nouveau gouvernement porté au pouvoir au début de cette année après que des manifestations monstre aient fait tomber le précédent a opté pour l’option du défaut de paiement (mars 2020) suivie de négociations avec le FMI. A cette équation complexe de la monnaie, en chute de 70% depuis octobre 2019, s’ajoute la menace de sanctions américaines selon une nouvelle loi, prise le 17 juin par Washington et qui punirait tout gouvernement soutenant le régime de Bachar Al Assad, au pouvoir en Syrie, voisine du Liban, en proie à une guerre sanglante depuis neuf ans. La banque centrale du Liban (BDL) qui a perdu jusqu’à 70 milliards de dollars depuis le début de ce cycle infernal a-t-elle les moyens d’injecter continuellement des dollars sur le marché pour ramener la confiance ?

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