COVID-19, de nouvelles menaces sur les économies africaines : regard croisé sur l’économie togolaise

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Par Kwami Ossadzifo WONYRA, Economiste et Enseignant Chercheur à l’Université de Kara.

Alors que l’économie mondiale voit de meilleures perspectives en termes de coopérations internationales, des échanges commerciaux, des échanges financiers ; alors que les institutions internationales se battent jour et nuit pour accélérer la croissance et réduire les inégalités entre Etats et entre les couches sociales, alors que les Etats asiatiques se battent pour changer l’ordre économique mondial, alors que les Etats africains quasi indépendants économiquement se battent pour se hisser au rang des nations émergentes, alors que le Togo s’est doté de son plan national de développement (PND) avec comme cheval de bataille l’attractivité des investissements directs étrangers, vint COVID-19, un anti mondialisation, un  anti village planétaire, une remise en cause des systèmes sanitaires les plus performants.

Le monde entier est bouleversé, du pôle Nord au pôle Sud ! Les plus forts se voient de plus en plus moins forts. Les plus faibles résument leur sort à une main invisible pour une auto régulation de la situation sanitaire. Adam Smith n’est pas mort pour les africains… ou est-il devenu plus africain qu’il ne l’a jamais été ! Dans une situation chaotique de crise sanitaire due à ce virus de COVID-19 les pays à système sanitaire confirmé dénombrent par milliers les pertes en vies humaines. L’Afrique, pour l’instant demeure-t-elle moins touchée ou fait elle face à la défense naturelle ? La vulnérabilité économique des pays à faible revenu avec très souvent plus de 50 % de leurs populations vivant en dessous du seuil de pauvreté s’aggrave-t-elle ? Cette réflexion se veut d’être une analyse socioéconomique sur les impacts de la pandémie de COVID 19 sur l’économie togolaise à l’image de nombre d’économies africaines.

Togo : une économie fortement ouverte ou fortement dépendante économiquement du reste du Monde ?

Le Togo reste une des économies les plus ouvertes de la sous-région ouest africaine. Cette ouverture se justifie par l’étroitesse de son marché national. Mais alors une ouverture suppose se préparer aux chocs négatifs venant du reste du monde.  Suivant les données de 2017, les principaux pays de destination des exportations des produits togolais sont ceux de la CEDEAO en majorité : Benin 16,7%, Burkina Faso 15,2%, Niger 8,9%, Mali 6,7%, Ghana 5,5%, Côte d’Ivoire 5.4%, Nigeria 4,1%. Les importations sont estimées à 1,999 milliards USD venant des pays comme la Chine (27,5%), France (9,1%), les Pays Bas (4,4%), le Japon (4,3%). Le solde de la balance commerciale est estimé à -383 millions USD en 2017. Ceci dénote de la dépendance vis-à-vis du reste du monde.

Dans cette analyse, les exportations sous-tendent un gain de revenu d’exportation et un gain de revenu pour les producteurs locaux. Les importations sous-tendent des recettes douanières pour le financement des dépenses publiques inscrites au budget 2020. A ce titre, vu que la pandémie ne ralentit pas encore totalement les activités dans les pays de la CEDEAO, on peut supposer que le Togo souffrirait donc relativement peu de la baisse des exportations tant que la crise ne dure pas plus de de quatre à six mois et que la relance économique s’observera. Les producteurs des produits de rente vers les pays asiatiques et européens vont en souffrir si l’économie mondiale peine à se relever par l’entremise d’une baisse de la demande mondiale et donc une baisse du niveau des prix mondiaux. Cependant, les importations de biens vont baisser et suivront une tendance baissière tant que la crise va perdurer.

Un plan national de développement (PND) mis en mal !

Le titre de cette section se justifie sans une analyse approfondie. Le Togo recherche près de 65 % du budget PND auprès du secteur privé et on le sait bien du secteur privé étranger. Les IDE sortant de l’Afrique étant rares, le Togo ne comptait donc en majorité que sur les investissements directs étrangers (IDE) hors Afrique. Dans ces conditions, rien ne peut présager une opportunité pour l’économie togolaise. A ce titre, la révision des prévisions reste un impératif ! le Togo, une économie de services, est-il épargné ? Non. L’aéroport de Lomé reste une vitrine de l’économie togolaise en termes de trafics et de revenus générés. Les activités du port autonome de Lomé (PAL) vont certainement en souffrir si cette pandémie continue. Les services étant au centre de l’activité économique, il s’en suit naturellement que l’économie togolaise puisse en souffrir. Le degré des effets néfastes dépendra de la durée de vie de la pandémie. Pour preuve, les prévisions de croissance sont revues à la baisse. Le Ministre togolais de l’Economie évoque d’ailleurs un taux de croissance économique entre 2,1 et 2,5 % soit la moitié du taux moyen de croissance du Togo sur au moins les cinq dernières années. Si les meilleurs scores de croissance économique du Togo entre 4 et 5 % sont faiblement pro pauvres, qu’en sera –t- il alors avec le ralentissement de l’activité économique. Les inégalités vont encore se prononcer, l’incidence, la profondeur et la sévérité de la pauvreté gagneront en point de pourcentage. Le Chef de l’Etat dans son discours du 1er Avril 2020 évoquait le risque de paupérisation avec cette pandémie sapant ainsi les efforts de structuration et de réduction de la pauvreté au Togo sur les dix dernières années.

Et nos projets d’agropoles pour près de 70 % de la population togolaise ?

Le PND du Togo mise sur la transformation structurelle de l’économie togolaise en mettant l’accent sur le potentiel de son secteur agricole. L’Axe stratégique 2 : développer des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives prend bien compte le potentiel du secteur agricole. La situation sanitaire actuelle constitue une entrave à ce rêve de plusieurs manières. La recherche de financement étranger est ou sera handicapé. La recherche de débouchés pour les produits va être une menace réelle dans ce contexte de revue à la baisse des prévisions de croissance et donc de ralentissement de l’activité économique. Vivement qu’au réveil, ce virus décide de se ranger par un auto confinement ou par une main invisible.

Vers une simulation des effets COVID 19 sur le bien-être des populations

En période de crise sanitaire mondiale et vu le caractère d’expansion incontrôlable du COVID-19, les populations togolaises sont/ seront touchées par plusieurs canaux. Du côté de l’offre, la flambée des prix observée tant par une spéculation que par le mécanisme de fils d’attente reste un coût à supporter par les consommateurs nets de ces biens. Le rôle de contrôle de prix et des mécanismes de régulation des prix ultime. Bravo au ministère du commerce et à l’ANSAT. Mais alors, et si la crise sanitaire se prolongeait ? Nous prions donc ! Abstraction faite de toutes les théories économiques… Que faut-il faire ? Mise sur marché des stocks : mécanisme de stock régulateur. L’ANSAT a mis des stocks sur le marché. Est-ce moment ? Et si la crise continue ? Elle devrait attendre la montée significative des prix sur le marché avant d’agir. Nous recommandons vivement au Ministère du commerce de continuer à veiller à éviter flambée des prix ; à l’ANSAT d’évaluer son stock et d’intervenir au moment opportun pour éviter des hausses considérables des prix des céréales. Le système d’information et de veille des prix doit être mobilisé à cette fin.

Du côté de la demande mondiale. L’économie togolaise est tout aussi basée sur les cultures de rente, notamment le coton, le café, le cacao, l’anacarde, etc. Quel serait l’impact de la baisse de la demande mondiale sur les ménages producteurs de ces cultures de rente ? Un étudiant togolais au premier cycle de sciences économique nous dira que l’offre de ces biens devenant excédentaire, le niveau de prix va baisser. Et alors, la baisse du niveau des prix de ces biens à laquelle feront face les producteurs conduit à une perte de revenu agricole et donc à une perte de leur niveau de dépenses à savoir alimentaires, de santé, d’éducation, etc. Quid des effets de la baisse des transferts de fonds des migrants aux ménages togolais ?

A l’image des effets de crise financière et économique de 2008, les transferts reçus par les ménages togolais vont connaitre une baisse. Cette baisse va entrainer une perte de bien être des ménages puisque les dépendant des transferts de fonds des migrants verront leur dépense de consommation baisser les rendant ainsi plus vulnérables. Mais alors les transferts du gouvernement togolais annoncés aux ménages ont-ils pu aider à amoindrir les chocs négatifs ? D’ailleurs, par quels mécanismes ? Les mêmes que ceux du transfert monétaire ? Il urge pour une réponse rapide, de mettre en place un mécanisme d’identification impartiale et rigoureuse des ménages vulnérables par un système de géolocalisation pour une intervention efficace…Les 400 milliards de f CFA, près du tiers de la moyenne du budget togolais ces 5 dernières années, pourraient constituer un début de solution.

Cependant, nous ne devons pas perdre de vue la relance de l’économie par des mesures de soutien au secteur privé, comme annoncé par le Chef de l’Etat. Le débat est tout aussi actuel aux Etats. L’économiste Paul Romer semble appuyer Trump dans sa logique de ne laisser l’économie américaine, je veux dire le secteur privé, trop s’enfoncer dans les abimes de cette crise sanitaire. L’exemple de la reprise chinoise quoique surprenante doit nous interpeller. UN FONDS D’APPUI aux entreprises, une solution pour la viabilité de l’économie Togolaise !

Remise en cause des systèmes sanitaires africains : COVID 19 donne la voie à suivre

Des efforts de la communauté internationale (et du gouvernement togolais) à rendre accessibles les services de santé à la population togolaise ne sont pas à négliger. Mais le système sanitaire togolais et les investissements dans la recherche dans le secteur de santé

peuvent-ils résister au choc COVID ? David contre Goliath ? A l’analyse, rien que des leçons à retenir ! Des systèmes de santé les plus performants, Etats Unis, Europe, Chine ont souffrent dans ce combat. Nous autres, devons poser des vrais diagnostics et réorienter nos efforts d’investissements. L’impression que l’état du système sanitaire du Togo et des pays africains donne, demeure celle de la méconnaissance du rôle du capital humain dans le développement économique. La réponse de la Chine fasse à COVID peut inspirer. Des efforts des chercheurs togolais et des équipes COVID sont à louer. Mais tout le système et son financement sont à revoir. Nombre de collègues enseignants chercheurs ont conduit et continuent de conduire leurs recherches sur le système sanitaire togolais. APRES COVID ou AVEC COVID, une équipe multidisciplinaire doit être mise en place pour proposer des solutions efficaces et pérennes. Je rêve que le secteur de la santé soit un poumon de l’économie togolaise ! La maitrise du commerce des services devra nous éclairer sur les enjeux du développement du secteur des services. Rien qu’à voir le nombre de médecins de Cuba en Europe actuellement, on peut comprendre que le commerce des services de santé est une grande opportunité de développement économique. Evaluons les importations des services de santé et voyons. Les dépenses des citoyens togolais pour se faire soigner au Ghana, en France, et ailleurs et nous comprendrons ! Et si les autres venaient se faire soigner chez nous parce que nous avons suffisamment de médecins et de personnels soignants qualifiés et des centres hospitaliers de références. LE TOGO PEUT FAIRE DE SON ECONOMIE UNE ECONOMIE DES SERVICES !  Cette analyse vaut pour le système d’éducation ! Le système financier, etc. !

Difficiles réponses pour les économies à fort secteur informel : le Togo n’échappera

L’heure a sonné pour des mesures endogènes et non des réponses copiées collées non arrangées de concert avec certaines institutions de développement en Afrique. De nos jours, les politiques de filets sociaux sont celles déjà implémentées en Amérique Latine. Et le cas COVID, les exemples chinois, Asiatiques, Européens, Américains ont montré leurs limites. Peut-on demander un confinement à plus de 50% de la population vivant au jour le jour ? La capitalisation du mécanisme d’identification des acteurs du secteur informel de la DOSI, les programmes d’ANADEB, et autres peuvent être un début de solutions d’identification des ménages vulnérables.

Des solutions d’inclusion ou d’exclusion ?  

Les mesures de soutien annoncées : 12 250 FCFA pour les femmes, 10 500 FCFA pour les hommes comme une aide mensuelle. En faisant une analyse de la pauvreté monétaire, partant des données de 2011, un citoyen togolais est déclaré comme pauvre s’il dépense moins de 276 000 FCFA par an soit 23 000 FCFA. Toute proportion gardée, en tenant compte du niveau d’inflation, il est évident d’estimer à ce jour, le seuil autour de 30 000 FCFA. Nous comprenons donc que l’appui du gouvernement « NOVISSI » ne peut aider les plus pauvres qu’au tiers de la ligne de pauvreté. Si cette crise dure d’ici trois mois encore, l’aide de l’Etat peut-il continuer ? Que deviendront les ménages pauvres avec des coûts mensuels de loyer qui dépassent la moitié du montant d’allocation ? Une des conditions d’accès, la carte d’électeur. Pourquoi ne combinons-nous pas la carte d’identité et la carte d’électeur ? 

Un secteur bancaire et financier mis à contribution

Aux premières heures de l’attaque COVID-19 dans la zone CEDEAO-UEMOA, la BCEAO et la BOAD ont réagi avec des mesures de soutien au secteur financier et au gouvernement. Bonne chose ! Mais, en sortant du débat COVID, pourquoi de pareilles solutions ne sont pas souvent mobilisées vu la situation d’urgence et de précarité dans laquelle nos pays baignent depuis leur indépendance. L’état du système éducation et du système sanitaire devrait préoccuper les autorités monétaires depuis. Dit-on souvent, quand c’est urgent, c’est trop tard ! Prions, sortant du rationnel ! L’irrationnel devient il la solution ? La monnaie doit financer l’économie et donc les politiques publiques. Le combat actuel du FCFA, hommage mérité au Professeur Kako Nubukpo et tous les autres chercheurs, reste d’actualité ! Après le COVID-19, nous chercheurs et praticiens économistes devront continuer à explorer les moyens à mobiliser pour faire de nos systèmes sanitaires et éducatifs des secteurs contribuant à la relance des économies de la sous-région. UN ETAT D’URGENCE SUR LE FINANCEMENT DES ECONOMIES (SECTEURS SOCIAUX) DE l’UEMOA doit être organisé !

Un système éducatif non digitalisé mis à mal par le COVID-19

La digitalisation n’est plus une variable inconnue aux pouvoirs publics. Depuis l’Accord sur les Télécommunications de Base (ATB) de 1997 à la suite de l’accord général sur le commerce des services de 1994, le secteur de télécommunications a connu une explosion en Afrique avec un taux d’utilisation plus accrue. Dans les pays de la CEDEAO et au Togo, les télécommunications sont considérées désormais comme des services universels. MAIS que s’est-il passé ? Le secteur éducatif va-t-il du mal à suivre la cadence ? Le PND UK, document stratégique de l’Université de Kara fait de la digitalisation, un axe phare. Mais le COVID sabote les efforts de la digitalisation tant du le Ministère de l’Economie Numérique et des autres départements ministériels. Mieux vaut tard que jamais. AVEC LE COVID et SANS LE COVID, faisons de la digitalisation un autre puissant de développement. Et si l’état d’urgence sanitaire se prolongeait, l’année académique et scolaire se résumerait à quoi ? Et si les consultations sanitaires sont digitalisées, allons-nous venir rapidement à bout de COVID ?

Aux citoyens togolais de se mettre aux pas des mesures barrières : des efforts du gouvernement et des spécialistes de la santé salués !

Entre tâtonnement et réalisme, le monde entier viendra à bout de cette pandémie qui fait taire tous les problèmes politico économico sociaux ! Et oui, il faut juste comprendre que le plus important actuellement c’est se sauver de ce COVID-19, que le COVID-20 ne voit jamais le jour ! A ce stade nous devons faire preuve d’élèves attentifs et appliqués les mesures barrières. Du couvre-feu controversé pour réduire les contacts au respect des consignes les plus élémentaires, nous nous en sortirons ! Le gouvernement, à coup sûr, se chargera des mesures d’accompagnement tant pour les couches les plus vulnérables, tant pour les entreprises informelles que pour le secteur privé tout entier. LA MEILLEURE SOLUTION ! C’EST LE CONFINEMENT TOTAL… MAIS DE QUOI VIVRE ? ET LES RECETTES DE L’ETAT ? Adam Smith, ta théorie de la main invisible va s’opérer pour le continent africain et le monde entier pour une disparition une fois pour de bon ce COVID-19 !

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