Covid-19: un impact lourd sur le secteur des médias

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Isabelle Dana estime qu'après tout la crise née du covid-19 peut ouvrir de nouvelles perspectives pour la presse.

Par Isabelle Dana Bilal, Relations Publiques Medi1TV

C’est un paradoxe! Alors que le monde des médias occupe un rôle essentiel en ces temps de crise pour informer les citoyens des développements de la pandémie du Covid-19 et des mesures vitales à appliquer, il est le secteur le plus affaibli par la crise économique mondiale. Un décryptage de la presse internationale le confirme, les médias dans le monde entier sont touchés de plein fouet par le Covid-19: chute libre des commandes publicitaires, annulation de campagnes de communication … Face à une récession économique inévitable, il est prévisible que le marché publicitaire soit le premier touché par les coupures budgétaires.

Cependant, on note aussi que les audiences explosent, que la consommation des médias en ligne dépasse tous les records, que la télévision redore son blason et que les géants du web ressortent renforcés de cette crise sanitaire mondiale. Ainsi, le monde des médias vit plus que jamais un bouleversement et un tournant de son histoire, entre crises et opportunités.

La presse écrite vit sa pire crise …

Le journal français Le Monde titrait, le 27 mars, “La presse écrite navigue à vue” alors que le New York Times et The Atlantic relataient l’effondrement des journaux locaux aux Etats-Unis. La crise que la presse écrite traversait déjà depuis plusieurs années est plus que jamais amplifiée.
“Alors que la France entrait en quarantaine, les ventes de quotidiens en kiosque ont baissé de 24% le lundi 16 et de 31% le mardi 17 mars”, précisait le Figaro dans un article du  28 mars. Le quotidien Le Parisien annonçait pour sa part des mesures de chômage partiel pour une partie de ses employés, notamment ses rédacteurs des rubriques sport et culture.
Au Royaume-Uni, The Guardian nous informe que City AM suspend son édition papier. Radio Canada se penche aussi sur cette crise des médias et nous apprend que le quotidien Le Soleil de la ville de Québec a licencié 31 employés et suspendu l’impression de son journal, à l’instar de nombreux supports de presse à travers le globe. Aucun pays n’est épargné. En Australie, 60 titres vont suspendre également l’impression de leur journaux.
Même son de cloche au Maroc où la suspension des supports papiers par le Ministère de la Culture risque de mettre à l’arrêt des centaines d’employés. Dans un article de Tel l’hebdomadaire marocain Quel daté du 25 mars, les patrons des groupes Eco-Médias et du groupe Le Matin expriment leurs inquiétudes, notamment sur les problèmes de trésorerie auxquels ils vont devoir faire face dès le mois prochain.

Face à la chute des commandes publicitaires, les directeurs de publication de journaux appellent leurs lecteurs à s’abonner en ligne pour soutenir ce secteur vital qui traverse aujourd’hui une crise sans précédent. Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du Temps, le premier quotidien francophone suisse, publiait ces lignes il y a quelques jours sur les réseaux sociaux : “Nos papiers sur le coronavirus sont en accès libre, notre audience explose mais la pub s’effondre. C’est aussi la réalité de cette crise pour la presse”.
Voici le paradoxe qui découle du Covid-19 pour le secteur des médias: plus d’audience et moins de rentrées financières. Ainsi, le besoin de repenser le “business model” de la presse écrite crée à nouveau le débat parmi les professionnels du secteur.

… le digital plus que jamais renforcé

Le World Economic Forum analyse les conséquences immédiates du Covid-19 sur plusieurs industries comme l’événementiel ou encore les médias. En prenant l’exemple de la Chine de ces deux derniers mois, plusieurs tendances sont visibles, notamment le redéploiement des budgets offline (TV, presse écrite) vers les budgets online (supports digitaux) et la consommation croissante des applications mobiles (jeux, divertissement, news etc.).
Avec le confinement d’un tiers de la population mondiale, les médias en ligne continuent leur ascension en doublant ou en triplant leurs audiences. Le Journal du Net nous apprend que les quotidiens français le Figaro et le Parisien réalisent “deux à trois fois plus d’audience que d’habitude” et multiplient par quatre et par cinq leurs nouveaux abonnés.
La publicité baisse, mais pas la recherche d’information. C’est face à ce constat que de nombreux supports de presse misent sur le digital et les abonnements payants. Face à la crise de la publicité, on s’attend à à ce que les supports digitaux de la presse écrite généralisent le “paywall”. En effet, Le Journal du Net titrait en début de semaine: “Moins de ventes, moins de pub : les médias d’info à la conquête des abonnés numériques”.
Cette crise va entraîner un nouveau phénomène: payer pour lire des articles, une tendance qui deviendra avec le temps la norme et seuls les journaux qui arriveront à séduire les lecteurs survivront.

La télévision : média le plus fiable en temps de crise

Le Covid-19 c’est le retour en force de la télévision traditionnelle. Les taux d’audience ont explosé sur les chaines de télévision depuis le début de la pandémie. Au Royaume-Uni, la BBC annonce le 16 mars une augmentation de 10% d’audience d’une semaine à l’autre. En Inde, on apprend que les audiences TV ont augmenté de 8% la première semaine de confinement. En France, Médiamétrie révèle, lundi 30 mars, que les chaines d’information en continu BFMTV et LCI réalisent en mars 2020 le meilleur mois de leur histoire.
Les télévisions sont considérées comme les médias les plus sûrs selon Kantar, leader mondial des études et du conseil, qui publiait le 25 mars une étude sur l’impact social et économique du coronavirus menée dans l’ensemble des pays du G7.
Lorsqu’il s’agit de la source d’information la plus crédible pour les citoyens, l’étude révèle que la télévision arrive en tête : “Concernant les sources d’information (médias, professionnels de santé, politiques, famille/amis), les journaux télévisés sont considérés comme la source d’information la plus fiable pour fournir des informations sur le coronavirus en France (33%), en Allemagne (31%), en Italie (37%), au Japon (46%) et en Grande-Bretagne (28%).” Les télévisions confirment ainsi leur statut et leur rôle central dans un secteur en plein bouleversement.
Cependant, les médias gratuits qui vivent essentiellement de la publicité seront en première ligne face à la crise. Les annonceurs vont réduire de façon drastique leur budget publicitaire dans les mois qui viennent et les télévisions ne seront pas en reste. Libération fait un zoom sur les télévisions françaises qui seront directement impactées, précisant que TF1 va revoir à la baisse ses objectifs financiers en vue de l’annulation en masse des campagnes. Le quotidien français Les Echos explique aussi que “les professionnels craignent une chute de 50 à 80 % de la publicité à la télévision … Mais ils espèrent une reprise rapide”.

Les géants de la Silicon Valley, possibles vainqueurs de la crise du Covid-19

Facebook vient à la rescousse des médias américains. Le réseau social le plus influent au monde a en effet annoncé lundi 30 mars qu’il allait soutenir les médias affectés par la crise du coronavirus à l’aide d’un fonds de 100 millions de dollars. Ce sont ces mêmes géants du web qui depuis plusieurs années prennent des parts de plus en plus importantes des budgets publicitaires traditionnellement alloués aux médias classiques, qui arrivent aujourd’hui en sauveur. Un autre paradoxe à retenir de cette crise.
“Alors que la crise sanitaire du Covid-19 se transforme en crise économique et sociale, comparable à celles de 1929 et 2008, les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), pourraient tirer leur épingle du jeu”, écrit le quotidien britannique The Daily Telegraph. Le New York Times partage aussi ce point de vue. Les habitudes des consommateurs vont durablement changer avec davantage de digitalisation même après la crise, ce qui profitera aux géants du web. Il est vrai que le trafic sur Facebook et Youtube n’a jamais été aussi élevé. Cependant c’est aussi sur ces plateformes digitales qu’on retrouve le plus grand nombre d’infox, un point noir qui affaiblit leur rôle en temps de crise.

Le Covid-19 : une crise salutaire pour les médias ?

Pour le Figaro, la crise actuelle représente une opportunité, celle de “refonder la confiance des gens dans les médias”. Le quotidien La Libre Belgique pense quant à lui que cette crise sanitaire nous rappelle “l’absolue nécessité” des médias traditionnels qui ont permis de relayer les messages des experts de santé au public belge, alors qu’ils auraient été noyés dans le flot des “fake news” qui abondent les réseaux sociaux.
Selon une étude conjointe d’Axios et d’IPSOS parue mi-mars, pour s’informer sur le virus, la moitié des Américains n’ont pas confiance dans les informations et les conseils de santé qui circulent sur les réseaux sociaux et font davantage confiance aux médias traditionnels.
Avec la crise du coronavirus, les citoyens redonnent de la valeur à l’institution du journalisme. L’heure n’est plus au scoop mais aux informations crédibles pour les lecteurs et les téléspectateurs. Face à la perte de confiance des citoyens dans les médias traditionnels ces dernières années et face au fléau des fake news sur les réseaux sociaux, une niche s’ouvre et un modèle est à réinventer pour les professionnels du secteur des médias.

Source: Medi1TV

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