Gisèle Ndoye : «l’inclusion financière dans l’UEMOA dépasse le taux de 57%»

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En marge  de la deuxième édition de la semaine de l’inclusion financière en zone UEMOA,  du 18 au 23 novembre 2019, la directrice de l’inclusion financière de la BCEAO, Mme Gisèle Ndoye, a accordé un entretien exclusif à  Financial Afrik.

Quel bilan tirez-vous de cette semaine de l’inclusion financière ?

Nous sommes effectivement à la deuxième édition de la semaine de l’inclusion financière. Et, pour le moment, je tire un bilan positif parce que nous avons réussi à réunir  tous les acteurs de l’écosystème des services financiers pour échanger sur les problématiques de l’heure, notamment  la digitalisation des paiements d’une manière générale par les Etats et  les entreprises.Nous allons par la suite, échanger sur la problématique de l’éducation financière. Parce que nous savons que ces populations que nous servons doivent être protégées et disposer d’outils leur permettant de prendre des décisions optimales pour les services qu’elles utilisent.

Quelles sont les perspectives et évolutions  de la stratégie de l’inclusion financière  dans la zone UEMOA?

Nous avançons bien. A ce jour, 3 pays ont adopté  leurs stratégies nationales d’inclusion financière. Il s’agit du Niger, de la Côte d’ivoire et  du Burkina Faso. Le processus est presque bouclé au Benin et au Togo. Pour sa part, le Mali va probablement  adopter sa stratégie en 2020 et ce sera ensuite autour de  la Guinée Bissau.
Nous avançons donc et nous avons mis en place un dispositif institutionnel,   en l’occurrence  le comité régional de pilotage, présidé par le gouverneur de la BCEAO, laquelle est l’organe d’orientation.
Le comité devra incessamment adopter son programme d’activité et son budget de l’année prochaine. Mais également passé en revue toutes les actions qui ont été mises en œuvre. Et celles qui sont programmés l’année 2020.
Au niveau national, les 8 pays membres ont mis en place des comités nationaux  pour le suivi de la mise en œuvre de la stratégie.
D’autres pays ont déjà adopté des décrets pour la mise en œuvre des groupes de travail sur l’éducation financière. Nous ciblons toutes les catégories, le monde rural, les opérateurs, les entrepreneurs  etc. Et aussi, les jeunes, les starupters, les PME et les femmes à travers  les Fintech, les PME…
Pour nous, il est important  à un moment de  l’année de s’arrêter, de réfléchir ensemble sur ce qui a été fait, ce qui a marché et ce qui n’a  pas  marché.

Pouvez-vous revenir sur l’évolution de la réglementation du secteur financier dans la zone UEMOA ?  

Ce point constitue l’axe numéro 1 de la stratégie de l’inclusion financière  de la  BCEAO. La Banque Centrale a adopté  des  textes, l’année dernière dont ceux portant sur la finance islamique. En ce moment, nous sommes entrain de procéder à une révision totale de la loi bancaire et de la loi sur les institutions de la microfinance. Je pense que bientôt  les acteurs seront convoqués à une concertation  pour échanger sur ces projets de textes élaborés par la banque centrale.

Quid du secteur informel dans cettenouvelle stratégie de la BCEAO ?

Premièrement, nous avons  le programme d’inclusion régionale  financière. Je pense qu’à travers ce programme,   nous allons surtout cibler le secteur informel  qui contribue  beaucoup  aux services financiers numériques.
Nous  travaillons en collaboration  avec  les acteurs de l’écosystème,  les banques, les institutions de micro finance et les établissements  de monnaies électroniques, qui sont eux même des  filiales de sociétés de téléphonie mobile.
Nous savons qu’aujourd’hui pour parler à une certaine frange de la population, il faut utiliser les réseaux sociaux.Nous  savons  qu’il y a beaucoup de travail à faire  mais nous avons des consultants  qui vont nous accompagner  pour identifier  les besoins. Une enquête de référence portant sur les 8 pays est prévue en 2020 et devra qui étudier l’offre et la demande.

La BCEAO  a annoncé prochainement  l’interopérabilité du système financier dans la zone UEMOA. Où en est-on, exactement ?

Le  projet  qui a été initié  depuis 2017, est très avancé. Ce n’est pas facile parce que nous avons 140 établissements dans notre zone. Et nous avons 8 pays.Nous avons retenu l’option d’écouter tous les acteurs pendant 6 mois, de janvier à juin 2019. Nous nous sommes réunis avec tous les acteurs et tous les types de structures qui existent dans la zone.
On a réfléchi   ensemble et défini  les spécifications techniques opérationnelles  de cette infrastructure que nous allons mettre en œuvre  l’année prochaine. Donc, cela a été fait  lors d’une concertation organisée au mois  de septembre. Un plan de déploiement  a été mise en œuvre.  Bientôt nous allons lancer un appel d’offre international pour acheter la solution qui permettra  aux populations de l’Union de faire  des transactions dans les 8 pays  de l’UEMOA.

Pouvez-vous  donner le taux d’inclusion financière entre 2018 et 2019 ?

Nous n’avons pas encore  toutes les statistiques 2019. Donc,  je pourrais juste vous donnez  le taux  d’inclusion financière de 2018 qui  se chiffre à 57,1%.Nous savons que dans notre zone,  nous avons ce défi  de multibancarité  et il nous faudra avoir des outils pour identifier chaque personne grâce à l’identification numérique.Ce taux  d’inclusion financière englobe le secteur de la microfinance  et le secteur des services financiers via le téléphone mobile. Ces deux secteurs  ont fortement  contribué  au relèvement de ce taux d’inclusion financière.

La BCEAO projette un taux d’inclusion financière de 75 %  d’ici 2020. Pourra-t-elle atteindre cet objectif ?

Peut-être !  On avait  projeté 2020  puisque les documents ont été adoptés en 2016. Mais il a fallu 2 ans pour  mobiliser toutes les ressources pour entamer la mise en œuvre  de la stratégie régionale d’inclusion financière.
Donc, nous disons qu’à partir de l’année dernière, où les instances ont été mises en place et les stratégies adaptées, nous pensons qu’à  l’horizon de 5 ans,   nous atteindrons ce taux d’inclusion financière  de 75%.
Nous sommes aujourd’hui à 57, 1%  avec tous les projets  que nous avons présentés  et qui sont en cours de déroulement au sein de la Banque Centrale et des Etats. Nous pensons que ce taux sera atteint.

Quelles sont les contraintes majeures que la BCEAO rencontre dans sa stratégie d’inclusion financière ?

Je dirais qu’il faut de la stratégie régionale d’inclusion financière. Les contraintes majeures, c’est surtout la coordination, la mobilisation des acteurs  et des parties prenantes.
Je profite de  cette occasion pour lancer un appel à tous acteurs au niveau des Etats, de toutes les structures étatiques. Durant la conférence, il a été question des ministères chargés  du développement  des  infrastructures, de l’énergie et de la télécommunication.
Sans la télécommunication, nous n’aurons pas de services financiers via la téléphonie mobile.Nous avons été Interpellé durant cette conférence par le secteur agricole qui doit être impliquée dans les travaux en cours  au niveau des pays.
Je pense que si nous  réussissons le pari de la mobilisation et de la coordination des activités, nous aurons un mouvement d’ensemble  de l’UEMOA pour atteindre les objectifs assignés.

La feuille de route de la BCEAO pour 2020 ?

2020, sera l’année de mise en œuvre du projet d’interopérabilité  du système financier. Nous pensons que  les premiers services seront  les transferts et les paiements.
Nous avons également  la mise en œuvre du programme régional  de l’éducation financière. Et le troisième volet portera sur les enquêtes de références au niveau des 8 pays de l’UEMOA ainsi que sur le cadre réglementaire  qui doit  connaitre des réformes  majeures.

Propos recueillies par Ibrahima Junior Dia

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