Rencontre avec Adadé Tomety et Jacques Colibert de FICADEX-tate & associés

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« Il est planifié une installation très prochainement dans la plupart des pays où le réseau n’est pas représenté.» 

Dans une interview accordée à Financial Afrik, les principaux responsables de la Fiduciaire de Coordination, d’Audit et d’Expertise Comptable tate & associés, un cabinet d’expertise comptable, d’audit, de conseil, d’études et formation basé à Lomé, évoquent le parcours de la société et de son réseau mère, et leurs différentes perspectives. La société vient de commémorer les 25 années de ses activités.


Vous êtes associés-gérants de FICADEX-tate & associés basé à Lomé. Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

Adadé Tata Tomety : FICADEX-tate & associés est créé le 1er décembre 1993 sous la forme d’une structure légère composée de trois associés à savoir : Moi-même, Tomety Adadé Tata, M. Da Sylva Serge et M. Benissan Alphonse. Nous étions appuyés par une équipe technique très légère de trois personnes. Mais très rapidement de 1993 à 2000, la structure a connu une évolution à son rythme qui lui a consacré une reconnaissance internationale des institutions et bailleurs traditionnels de l’Afrique. Une reconnaissance qui a toujours été marquée par l’accès à de nouveaux marchés.

En 2003, le cabinet s’est ouvert à l’extérieur du Togo avec l’entrée au capital de M. Jacques Colibert ici présent, expert-comptable français, coordonnant la gestion de plusieurs cabinets en France et principalement ceux de Caen et de Paris. L’intégration au réseau FICADEX dont sont fondateurs M. Jacques Colibert et M. Falilou Diallo de Dakar a renforcé la notoriété de Tate ainsi que sa reconnaissance auprès des bailleurs de fonds internationaux auprès de qui notre cabinet était déjà répertorié.

A ce jour, FICADEX tate & associés est dirigé par un associé-gérant secondé par un directeur technique, également associés. Le cabinet compte à ce jour 3 experts comptables diplômés associés, 2 experts comptables diplômés partenaires, 14 collaborateurs techniques, 5 assistantes et 2 chauffeurs coursiers. Il faut noter par ailleurs qu’en raison de son appartenance à l’ordre du Bénin également, FICADEX-tate & associés étend son domaine d’intervention à ce territoire voisin ave une équipe permanente dirigée par un expert-comptable diplômé régulièrement inscrit au tableau de l’ordre.


Quelles sont, en un mot, vos différents domaines d’intervention ?

Adadé Tata Tomety : Traditionnellement comme la plupart des sociétés d’expertise comptable, FICADEX-tate & associé a pour domaine d’intervention l’audit, le commissariat aux comptes, l’expertise comptable, le conseil, le syndic des procédures collectives, l’étude et formation. Toutefois, il importe de noter que FICADEX-tate & associés se distingue par de nombreux travaux touchant les domaines de développement notamment les assurances, les banques, les institutions de microfinance, les projets, programmes de développement et des ONG internationales financées par la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds Mondial, le PNUD, l’ACBF, la Banque Islamique de Développement, l’USAID, l’Union Européenne, la BOAD, la BIDC, etc.


Vous opérez au Togo depuis 1993, mais FICADEX existait bien avant, M. Colibert.

Jacques Colibert : Effectivement. La société FICADEX même a été créée en 1980 suite à l’apport du cabinet qui comptait à peu près trente (30) salariés. A l’époque, le cabinet était régional.


Et quelles ont été les grandes étapes de son développement ?

Jacques Colibert : Face à mon développement qui manifestement devait conduire vers l’international, suite à des formations que j’avais dispensées dans différents pays qui étaient notamment européens et également le Maroc. Après avoir reçu des étudiants dans mon cabinet, l’idée m’est venue de créer un cabinet international. Ainsi, la société s’est élargie avec l’implantation d’un premier cabinet au Maroc. Le premier associé fut M. Benzinac qui a su ouvert d’autres cabinets à Marrakech et à Casablanca. Son association avec la société FICADEX a accumulé déjà 30 ans de collaboration.

Un peu plus tard, dans les années 1999-2000, FICADEX s’est associée avec un cabinet français du nom de Marc Lerick. Ensemble, nous avons développé nos structures. En parallèle, d’autres structures ont vu le jour en Pologne, en Bulgarie, en Albanie et en Hongrie suite à des missions que nous avons eues et qui ont été financées par la Communauté Européenne. Le 1er cabinet a été créé en Pologne entre 1997-1998 suite à des formations que nous avons faites sur place pour encadrer les auditeurs. Ainsi, nous sommes le premier cabinet français à nous installer sur place et à nous inscrire légalement en tant qu’auditeurs. Et par la suite en Albanie où nous avons également encadré avec la Communauté Européenne des auditeurs albanais fonctionnaires qui désiraient devenir indépendants.

L’Afrique aussi a été très importante pour nous en ce sens que suite à des rencontres avec nos collègues M. Diallo Falilou du Sénégal, M. Diaye Ibrahima de la Mauritanie et M. Samuel Gue du Cameroun, pour ne citer que ceux-là, nous avons eu cet intérêt commun de développer l’Afrique francophone principalement. Et bien entendu, avec Adadé Tata Evariste Tomety qui a été le bond important, puisqu’il avait une stratégie de développement en Afrique. Sa rencontre a été fondamentale et très importante. A à ce jour, nous développons ensemble actuellement dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, bien sûr le Togo et peut-être d’autres pays avec lui puisqu’il a une envergure internationale. C’est quelqu’un de très précieux pour le Réseau. Son accueil récent nous a montré sa capacité de développer le Réseau en misant sur le capital humain et nous pensons qu’il est à la hauteur de cette mission.

Aujourd’hui, le réseau regroupe 23 pays en Afrique, ce qui nous permet d’être proches des PME et PMI et de pouvoir satisfaire également les exigences des filiales de groupes. Nous avons eu l’occasion de suivre les filiales des grands groupes tels que DHL et l’ORÉAL par exemple, des groupes qui sont quand même significatifs.

Mais nous sommes aussi très proches du secteur public. Nous avons généré un livre qui s’appelle LES NORMES IPSAS ET LE SECTEUR PUBLIC qui parle des normes internationales devant s’appliquer au secteur public et surtout dans la mouvance de l’écriture comptable. C’est le seul ouvrage qui existe en France puisque nous pensons que l’Administration a des besoins au niveau de ses structures comptable. Mais ceci étant, nous ne sommes pas reconnus malheureusement à ce niveau.


Et quelle sera la prochaine destination dans votre agenda ?

Jacques Colibert : Le Réseau continue de fouiller d’autres horizons et le continent américain constitue sa nouvelle destination. Des rencontres sont prévues dans les prochains jours avec des homologues américains, des expatriés français dans certains cas pour voir dans quelle mesure créer d’autres filiales avec eux à New York et à Miami aux Etats-Unis, à Montréal au Canada et aussi à Mexico en Mexique. Se rapprocher des petits groupes nous permettra de dynamiser notre image. La force du Réseau est effectivement à travers les associés. Ces associés qui ont beaucoup contribué et qui montent pierre par pierre les édifices pour avoir une belle maison par la suite. Nous croyons que c’est la philosophie que nous nous sommes tracés aujourd’hui. Tout repose sur des associés, des collaborateurs, des assistants, bref sur le capital humain.


Quelles sont vous, vos perspectives sur les court, moyen et long termes chez FICADEX-tate & associé ?

Adadé Tata Tomety : A court terme, nous allons procéder à une restructuration organisationnelle et au renforcement de nos outils et méthodes de travail pour une meilleure satisfaction de la clientèle. Nous allons renforcer notre stratégie de communication. Nous pensons renforcer notre stratégie de communication via notre site internet, les réseaux sociaux, les courriers de présentation du cabinet ainsi que de nos services envoyés à nos clients futurs. Nous avons l’intention également de mettre en place une revue technique permettant de donner notre avis sur des sujets et thématiques précises, afin toujours d’accompagner nos clients dans leur quotidien. Cette revue technique sera publiée sur notre site internet bimestriellement ou trimestriellement.

Nous allons aussi relever le défi du numérique. En fait, face à la révolution digitale et à l’automatisation des tâches, nous allons élargir le champ des prestations de FICADEX en proposant de nouveaux services. Nous allons également renforcer notre offre d’accompagnement à la tenue de comptabilité des entreprises en mettant en place une plateforme en ligne permettant à nos clients de ne plus avoir à se déplacer pour déposer leurs factures et permettant que tout le processus de tenue de comptabilité y soit géré et suivi en temps réel par nos clients.

A moyen terme, nous allons relever le défi stratégique de notre profession : proposer aux dirigeants d’entreprises de nouveaux outils de reporting et de gestion afin qu’ils puissent prendre conscience de leurs responsabilités en matière de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), proposer de nouveaux services de conseil, et renforcer par la même occasion notre offre de conseil par la mise en place d’une activité conseil en organisation, gouvernance, risque et contrôle interne.

A long terme, nous souhaiterions une fois que notre restructuration organisationnelle est effectuée et que nos nouveaux métiers de conseil sont bien en place, renforcer notre implantation en Afrique francophone notamment dans la sous-région UEMOA dans un premier temps et pourquoi pas plus tard en Afrique centrale CEMAC.


Justement, vous êtes déjà présent au Bénin depuis bientôt 10 ans. Pourquoi avoir fait le choix de ce marché comme première destination à l’international ?

Adadé Tata Tomety : C’est juste pour réponde à cette volonté de représentation du réseau dans la plupart des pays en Afrique qu’il nous a paru nécessaire de s’intéresser au pays le plus proche qui est le Benin. Mieux, mon appartenance aux deux ordres à savoir l’ordre du Togo et celui du Bénin nous impose de fait une installation formelle dans ces deux pays afin de pouvoir exercer dans la plus grande légalité nos activités. D’ailleurs, dans la plupart des pays où le réseau n’est pas représenté, il est planifié une installation très prochainement.


Quels sont selon vous les différents défis de l’expert-comptable de nos jours ?

Adadé Tata Tomety : Le défi du numérique est le plus incontournable dès maintenant et surtout demain. L’expert-comptable numérique, c’est maintenant qu’il faut se préparer pour demain. L’expert-comptable à l’ère de la transformation numérique est confrontée en fait à un défi des plus essentiels, puisqu’il est question ni plus ni moins de sa pérennité. Informatisation, automatisation de nombreuses tâches, algorithmes des logiciels de comptabilité conduisent à repenser son modèle pour continuer d’exister.

Face à la révolution digitale et à l’automatisation des tâches, l’élargissement du champ des prestations des cabinets apparait comme l’une des priorités pour la profession. Il nous faut conquérir des marchés et pour ce faire, nous devons innover, nous adapter. Le numérique apparaît comme un outil formidable qui peut nous y aider. Nous devons développer de nouveaux services et cela dans des domaines où nous étions jusqu’alors peu présents, voire absents, comme l’accompagnement de nos clients dans le domaine de l’informatique (audit des systèmes d’information, mise en place d’outils informatique de reporting, audit de la sécurité informatique, etc.).

En effet, grâce à la digitalisation de ses prestations, l’expert-comptable peut s’ouvrir à de nouveaux profils de clients, issus de la génération numérique, et répondre aux nouveaux besoins de ses clients historiques, ayant le désir d’évoluer. Nous devons renouveler nos outils mais aussi et surtout remettre l’homme au cœur de cette évolution.

Par ailleurs, le défi social lié à la mission d’intérêt public des Experts-Comptables essentiellement l’accompagnement du secteur informel. Leur obligation d’accompagnement et de soutien aux entreprises en difficulté et aux PME du secteur informel afin d’en faire des entreprises compétitives, créatrices de richesse et d’emplois durables est une commande publique, voire un devoir social, adressée aux Experts-Comptables dont ils doivent s’acquitter dans le cadre de leurs missions de service public au profit de l’intérêt général.

L’expérience réussie au Benin de la promotion du « statut de l’entreprenant » taillé sur mesure par l’OHADA pour les entreprises du secteur informel et l’expérience en cours en Côte d’Ivoire visant à faire adhérer les acteurs économiques du secteur informel au visa de l’Expert-Comptable sur les Etats financiers, montrent bien que les Experts-Comptables peuvent sortir de leur zone de confort (les grandes entreprises) pour devenir des alliés de taille du secteur informel.

Il faut aussi relever le défi organisationnel et celui de a communication. Le défi organisationnel fait, lui, référence à la structure et l’organisation des cabinets. Les Experts-Comptables doivent revoir par rapport aux différents métiers de conseils (informatique, RSE, ingénierie financière, etc.), l’organisation à mettre en place, et les ressources (humaines, matérielles et financières) adéquates à déployer dans ce sens.

Coté communication, je pense que Experts-comptables de demain doivent améliorer leur stratégie de communication. Ils doivent renforcer leur visibilité sur le marché afin d’acquérir du trafic, obtenir de potentiels clients et valoriser leur domaine d’expertise. Ils doivent chercher à développer une proximité et une relation de confiance avec les clients, garant de la qualité de leur expertise. Les Experts-comptables doivent développer leur notoriété par le biais de moyens digitaux et chercher à optimiser leur prospection grâce à leur présence sur le web.

En fin de compte, l’Expert-comptable de demain se doit de moins en moins comptable et de plus en plus marketeur et communiquant. Tout cette démarche et dynamique dans le but d’acquérir de nouveaux prospects et ainsi d’améliorer son activité.


Des mots pour conclure cet entretien ; Messieurs Tomety et Colibert.

Adadé Tata Tomety : Après vingt-cinq (25) ans d’existence, beaucoup mais peu au vu des objectifs que nous comptons atteindre en vue de garantir la pérennité de cette entreprise, la commémoration de ce jubilé d’argent dont les festivités ont été marquées trois jours par la confrontation des idées sur la vie du cabinet, son niveau de développement, des débats autour du thème « les défis de l’expert-comptable de nos jours », et les perspectives d’avenir du cabinet qu’on vient d’évoquer. Des facteurs qui peuvent nous amener à dire que le chemin reste assez long pour assurer à FICADEX-tate& associés toute la grandeur souhaitées dans cette famille de professionnels indépendants.

Jacques Colibert : Nous sommes heureux de contribuer encore une fois au développement du Réseau à travers l’Afrique car nous croyons que c’est indispensable à la mondialisation. Nous ne pouvons se détacher de l’Afrique qui est un monde indispensable encore une fois.

L’objectif aujourd’hui c’est de développer l’Afrique à travers l’industrialisation et nous pensons que nous devons être présents pour faciliter le rôle économique des entreprises françaises voire étrangères en Afrique pour qu’ils développent l’Afrique, qu’ils créent du travail, une potentialité et de la valeur ajoutée. Nous ne cherchons pas à nous enrichir mais c’est plutôt d’apporter notre modeste contribution pour le développement du savoir-faire de l’Afrique.

Nous gageons sur l’avenir et le développement de FICADEX encore une fois pour que nos entreprises étrangères puissent garantir encore un travail, une évolution en Afrique et cela reste indispensable pour qu’il puisse y avoir un bon développement et que chacun puisse y trouver sa place.

Propos recueillis par Nephthali Messanh Ledy

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