L’intelligence économique et l’Afrique : de la performance à la souveraineté

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Les Etats africains peuvent-ils avoir le contrôle exclusif des domaines dits stratégiques de leur économie en suivant les principes de l’intelligence économique ?

L’intelligence économique telle qu’imaginée, notamment, par les pays occidentaux, avait pour objectif d’accroître leur performance économique tout en s’assurant le contrôle exclusif de certains secteurs clés de l’économie à partir de la maîtrise totale de l’information. Il est vrai que cette activité fut au départ celle du monde des entreprises, elle devient de plus en plus un enjeu d’Etat en développant « les fondements d’une politique de sécurité économique » induisant un patriotisme économique régi par des politiques publiques d’IE. Celles-ci se manifestent, notamment, par « une politique de sécurité économique qui protège le périmètre stratégique de l’économie nationale » selon Carayon 2003.

Après les deux guerres mondiales, les inventions et autres innovations suscitées par le développement des marchés et la mondialisation ont permis l’éclosion de dispositifs d’IE spécifiques à chaque pays, au regard de leur histoire, leur culture et leur potentiel économique.

Le patriotisme économique et non protectionnisme induit la mobilisation de l’Etat, des collectivités locales et des entreprises dans le but de développer ou de renforcer la compétitivité de celles-ci dans le contexte actuel de mondialisation et de durcissement des rapports concurrentiels. Ainsi, Les Etats africains peuvent-ils avoir le contrôle exclusif des domaines dits stratégiques de leur économie en suivant les principes de l’intelligence économique ? sachant que, par ailleurs, le flux des investissements en Afrique est majoritairement l’apanage des multinationales qui, par une manipulation des prix de transferts des bénéfices se soustraient à payer leur juste part d’impôt. Une évasion fiscale qui fait perdre à l’Afrique entre 40 et 80 milliards de dollars annuellement.

En France la politique offensive des entreprises a permis de développer plusieurs groupes privés servant les intérêts de l’Etat qui se concentre sur les dispositifs de protection contre les investisseurs non nationaux.

C’est là où le bât blesse en Afrique car si l’Intelligence économique devait se développer sur le continent, c’est essentiellement en intégrant cette dimension sécuritaire qui relève de la souveraineté. La mise en place d’une démarche stratégique comme l’Intelligence économique améliorerait certainement les performances des entreprises africaines si celles-ci évoluent dans un environnement qui protège le périmètre stratégique des économies nationales ;

Aussi, la mise en œuvre et l’organisation d’une démarche de l’IE en Afrique serait l’un des défis stratégiques pour l’émancipation des pays africains. C’est cette orientation qui permettrait à l’Afrique de contrôler son économie à l’instar de la Chine durant les deux dernières décennies. Pour exemple, la sécurisation et la diffusion de l’information économique dans le secteur des ressources naturelles doivent se faire par les Africains eux-mêmes en suivant une logique souveraine.

L’Intelligence économique, concept de développement économique, ne recèle-t-elle pas pour les pays africains, dans la guerre économique que se livrent aujourd’hui les nations, une chance de poursuivre la dynamique émancipatrice amorcée depuis les années 2000 au regard d’une légitime aspiration pour le développement d’une stratégie africaine inclusive ? Il s’agit alors de repenser les alliances et les partenariats avec les différents blocs et puissances internationales. Un enjeu capital pour l’Afrique de demain dont le destin, en intelligente collaboration avec les partenaires, ne peut se conjuguer qu’avec et pour les Africains.

Hichem EL PHIL, Ingénieur

Membre de CAVIE Tunisie

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